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ALSACIENS ET POLONAIS

qu'il croit, a tort peut-être, n'avoir rien à y prendre.

£d envahissant de la légion de ses maîtres, de ses marchands, de ses employés, la frontière slave , il n'a garde d'y aller perdre sa langue, sa civilisation et sa supériorité; il demeure germain, il parle germain ; et son individualité dévorante cherche à absorber ce qu'il traite de peuple inférieur.

Qu'il veille pourtant I Les Slaves sont à peine entrés dans le mouvement de la civilisation moderne. Nul ne peut dire où s'arrêtera la marche de ce colosse enfant, dont s'inquiétait le grand œil de Napoléon, et ce que deviendrait l'Allemagne si, un jour, elle se trouvait enserrée comme dans les mâchoires d'un étau formidable entre les nations de Latins qu'elle accuse de sénilité, et les Slaves qu'elle se complaît à considérer comme des barbares et des incultes 1 Elle pourrait peut-être alors se repentir du crime d'avoir fait de la mutilation de la France une condition de paix et de sécurité pour son

avenir, et d'avoir empêché, par cette violente politique d'annexion, Tharmonie de deux grands peuples. Les Français d^ Alsace et les Slaves de la Pologne démembrée retrouveront un jour leur race et leur nationalité : la violence n'a jamais rien créé de durable. Tout ce qui a vécu de conquête et d'annexion a péri démembré.

L'histoire n'a pas enregistré un seul démenti à cette loi. Le fameux décret prophétique qui troubla le festin de Balthazar est écrit à nouveau, de siècle en siècle, par la même main invisible, lorsqu'une même politique, grisée des mêmes triomphes, se livre aux mêmes orgies et appelle les mêmes vengeances. Si lointaines que soient de telles perspectives, le patriote vaincu peut y puiser un ferme, un viril espoir; car la justice a, tôt ou tard, ses légitimes et saintes revanches.

Encore de renseignement secondaire. — Son caractàre pré' paratoire sagement conservé en Allemagne. — Outillage littéraire et scientifique. — Trois préjugés français qui altèrent l'enseignement secondaire : faux positivisme, irréligion, esprit critique et culture précoce. — Origine du dernier préjugé. — Sa désastreuse conséquence.

L'enseignement secondaire, dans les gymnases et les écoles réaies d'Allemagne, a un grand mérite : il a gardé nettement son caractère préparatoire.

L'élève qui, après les sept ou huit années scolaires, subit son examen final (jabsolutorium)

n'est pas censé connaître, mais simplement en état de connaître. Le lauréat porte avec fierté ses insignes : la casquette et Técharpe aux couleurs du gymnase ou de Técole réale d'où il est sorti. On ne le distingue plus des étudiants qu'à son allure, à ses joues vierges encore de cicatrices, — il ne s*est pas battu en duel, — à une sorte de gaucherie qui rappelle Tair emprunté des jeunes recrues. En quelque estime qu'on tienne l'examen de maturité, il n'est pas un brevet de science, mais un simple témoignage attestant qu'on est mûr pour la science. La science ne peut exister que dans renseignement supérieur réservé aux esprits qui, par leur âge et une culture appropriée, sont capables d'être initiés à la philosophie des choses.

Les inconvénients d'un appel prématuré à la raison personnelle sont graves. L'esprit a, comme le corps, sa loi normale de développement; et si l'on ne peut, sans péril pour la santé

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