PRÉJUGÉS FRANÇAIS 8S
classiques. Et, dès lors, il fallait bien forcer les programmes^ les études, à mesure que le domaine des connaissances s'étendait; il fallait bien apprendre à l'étudiant non seulement à penser docilement, mais à penser par luimême ; il fallait bien lui eûseigner la philosophie et présenter à des adolescents qui n'ont rien expérimenté de la vie ces problèmes souvent insolubles que la conscience et la raison se posent douloureusement à la lueur des réalités terribles dont, grâce à Dieu, on n'a pas encore subi le choc, à la dix-huitième année.
Les programmes du baccalauréat sont ainsi devenus follement encyclopédiques. Us ont surchargé, jusqu'à l'écrasement, la mémoire du candidat, et n'ont réussi trop souvent qu'à préparer des esprits superficiels chez lesquels l'ignorance réelle n'a d'égale que la vanité et la prétention. Vouloir tout savoir à dix-sept ans est le sûr moyen de tout ignorer à quarante.
Ce n'est pas dans l'adolescence ni dans les collèges ou les gymnases que l'instruction supé-
rieure, c'est-à-dire la vraie science, se donne, c'est dans l'université*.
L'histoire, appuyée sur l'expérience de deux siècles, dira sans doute un jour tout ce que ce régime a produit dans les pays comme le nôtre, où il a fleuri sans rival, et on reconnaîtra, un peu tard peut-être, le péril d'une pédagogie par trop compressive et d'une initiation trop précoce de l'esprit à une science qui le dépasse.
La discipline est une chaîne, eUe doit réfréner, elle ne doit pas briser l'initiative. La philosophie est un vin généreux : ne le versez pas trop tôt dans des values mal cerclés.
Est-il assez piquant de voir ce beau pays de France, cette terre classique des internes et des beaux discoureurs philosophes de dix-huit ans, devenu le pays où certainement on obéit le moins et où la philosophie compte le plus de sceptiques I
Je causais, un jour, avec un professeur de
!• Voir à rAppendice*