PRÉJUGÉS FRANÇAIS
rhétorique d'un collège libre de ce travers do renseignement secondaire, en France; je lui exprimais ma franche indignation contre le développement de l'esprit critique dans des âmes de seize ans, et je mettais d'autant plus de verdeur dans mes paroles qu'elles trouvaient un écho plus sjrmpathique dans mon interlocuteur.
« — Cette tendance à la critique prématurée est telle, me dit-il, que nos études littéraires elles-mêmes en sont envahies. Dans les examens, ce sont toujours des analyses critiques qu'on demande aux candidats. Et moi qui suis tenu de les faire réussir, savez-vous à quoi je me vois réduit? A les soumettre à une sorte d'entraînement. Je passe les deux premiers mois de Tannée de préparation à enseigner à mes élèves un formulaire de critique, et je consacre les huit derniers à leur apprendre la méthode de s'en servir. »
Quelle aberration dans la pédagogie! L'en- Cant doit croire : la nature lui en a donné
rinstinct ; le jeune homme est fait pour 1 admiration : il est à Tâge de l'imagination et de l'enthousiasme; laissons à Thomme le rôle sévère, et difficile de la critique : juger est le droit d'une raison mûre, maîtresse d'elle-même, capable de résister à l'enthousiasme comme de s'affranchir de ses propres préjugés.
L'infliruction religieuse dans les programmes d^enselgnement secondaire. — Les Allemands en ont compris la nécessité. — Elle est méconnue en France. — Craintes patriotiques sur Tavenir d'une génération élevée sans croyance. — Ressources du génie français, indiscipline & la surfoce, docilité dans le fond.
Tandis que Tiiistruction religieuse est peu à peu effacée des programmes en France, elle est soigneusement maintenue en Allemagne comme un élément indispensable des gymnases et de tout renseignement secondaire. Qu'on lise le diplôme de maturité délivré à Télëve du gymnase qui a convenablement subi sa der-
nifere épreuve ; le premier mot est celui-ci : « Nous attestons que Félève de confession catholique, ou évangélique, est instruit dans la doctrine religieuse. » On ne demande pas à un cerveau de dix-huit ans de se prononcer en critique sur les grands problèmes religieux, et d'avoir une opinion personnelle, mais on exige de lui qu'il connaisse les enseignements traditionnels de la foi de ses pères.
Voici du reste ce qu*on peut lire dans la circulaire des ministres de l'instruction publique, en Prusse, relative au plan des hautes écoles : « L'instruction religieuse comprendra : 1** l'histoire biblique de l'Ancien et surtout du Nouveau Testament; 2** le catéchisme, avec les passages les plus nécessaires des versets sacrés et de la tradition servant à l'interpréter; 3"* de l'année ecclésiastique, et connaissance de mémoire des principales hymnes ; 4"* connaissance des principales choses contenues dans l'Écriture, surtout le Nouveau Testament (lecture de divers passages choisis dans le texte original) ;