‹ Les allemandsChapitre 27 sur 89 · L'INSTRUCTION RELIGIEUSE M · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION RELIGIEUSE M

Qu'espère-t-on obtenir d'une race sans foi? et quelle foi pourra jamais remplacer FÉvangile dans nos sociétés élevées par lui à un idéal de justice que nulle autre religion, — sans en excepter la juive — ne saurait satisfaire?

Lorsque l'homme, dans sa maturité d'esprit, s'éloigne du dogme, il garde la morale de sa foi détruite; il emporte, malgré lui, dans sa critique implacable sa conscience encore palpitante telle que l'éducation et l'instruction religieuse Font faites : il coupe l'arbre, il garde le fruit. Mais si l'arbre même n'a pas eu le temps de grandir, si on Ta tué dans son germe, que reste-t-il?

On le verra, tôt ou tard, quand aura grandi et multiplié, sous nos yeux, la race des êtres sans conscience et sans idéal.

La science peut nous enseigner ce qu? est terrestrement utile, elle ne nous donnera pas l'habitude du sacrifice, ni l'inflexibilité du devoir. Nous pourrons encore faire des lois, nous

n*aurons pas la force d obéir; et les lois elle»» mômes pécheront toujours par défaut de justice ; car elles seront plutôt l'expression dïdées sectaires que la formule de Tintérêt général.

On se plaint partout de l'indiscipline qui signale le Français entre tous les peuples ; à entendre certains détracteurs, l'incapacité d'obéir serait en lui un vice constitutionnel. Pour ma part, je n'en crois rien. Je connais mon sang, le sang de mes compatriotes : il est généreux, capable de tous les élans et des plus mâles vertus ; mais il faut se garder de le vicier. Je n'ai rencontré nulle part, même dans cette Allemagne dont on vante l'obéissance passive, de plus dociles natures, et plus faciles à enrégimenter, nulle part une abdication plus complaisante , quelquefois plus totale de l'indépendance personnelle, en politique comme en religion! Mais cette docilité a ses racines dans le sentiment et le cœur plus que dans la tête et la raison ; or le sentiment est fragile, capricieux, la raison seule est ferme et conséquence.

L'INSTRUCTION RELIGIEUSE ft

Qu'on n'égare et qu'on n'énerve point notre raison française ; elle est le frein nécessaire d'une nature trop facile à s'enflammer et à se livrer. Or, s'est-on demandé si on ne la pervertissait pas, en l'empoisonnant, dès l'adolescence, du venin de la critique, du scepticisme, de l'irréligion ?

Qu'on me pardonne ces griefs *à l'adresse de ceux qui mènent dans ces voies néfastes l'opinion du pays. Ce n'est pas seulement une foi blessée qui me les inspire , c'est l'ardeur d'un patriotisme clairvoyant. La violation, la seule méconnaissance des lois essentielles de la nature humaine dans la direction d'un peuple finit par le tuer. Quand la passion de secte arrive à diviser les citoyens, à inspirer les lois, à dominer les institutions mêmes, ce w'est plus seulement la guerre civile des esprits, c'est la prochaine, l'inévitable décomposition.

.La culture faktellectnene d'un pays dépend de renseignement supérieur. — Universités allemandes, foyers de science universelle. — Leur nombre et leur vitalité. — La ville universitaire. — L'étudiant : le laborieux, le viveur. — Le maître. — La fête des corporations d'étudiants dans la ville universitaire. — Le mouvement intellectuel. ^ Uen des uniYersltés. — Débats des professeurs.

La valeur d'un pays se mesure au degré de culture intellectuelle où il est parvenu, et rien ne révèle mieux ce degré de culture que Tétai de renseignement supérieur. Consulter les livres et les programmes, interroger quelques hommes du métier, quelque professeur ourec-

teur, quelque jeune ou vieil étudiant, c'est peu pour apprécier avec justesse la vitalité de cet ensei^ement; il faut encore voir de ses yeux le jeu des institutions où il se cultive.

Ces institutions, en Allemagne, s'appellent les universités.

On ne connaîtra jamais ce pays, si l'on n'a pas vu ces puissants foyer3 de science universelle où se forme Félite des penseurs et de la jemiesse lettrée, et d'où sortent les idées qui remuent l'opinion. C'est sous l'empire de ces préoccupations que j'ai parcouru l'Allemagne

J'ai visité la vénérable université saxonne de Leipzig, fondée en 1409, où le néo-luthérianisme a construit le boulevard de son orthodoxie. Tout près de Leipzig, l'université prussienne de Halle montre encore avec orgueil les écoles fondées par Francke et Lange. C'est là que l^ piétisme le plus ardent et le rationalisme engagèrent leurs luttes passionnées. Le rationaliâitic , malgré la popularité de Wolfi, ne prévalut point. Halle a recueilli 1» succession

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