ÉTUDIANT A L'UNIVERSITÉ
)e morceau de craie blanche seulement, ^ur servir aux démonstrations sur le tableau noir, toujours dressé à côté ou en arrière du maître. Pas de phrases. D aborde son sujet où il l'a laissé la veille, préoccupé de Tunique souci ^'instruire, de répondre à l'avidité de ceux qui Fécoutent et qui lui demandent non pas de les amuser, mais de les enseigner.
L'étudiant allemand veut des choses et non des mots. Il n'a rien de TAthénien aux oreilles curieuses. Lui, si musicien, lui qui s'enivre de l'harmonie de ses grands compositeurs, semble ne pas se douter que la parole est une mélodie. La science est pour lui une algèbre muette; elle se compose d'équations, et il ne demande au maître que de dégager l'inconnue, n applaudit quelquefois, en frappant violemment des deux pieds sur le plancher. On dirait un roulement de tambour. J'aime mieux nos battements de mains, plus éclatants et plus nobles. A voir ces jeunes hommes, par cen-
laines, courbés sur leur cahier, on reconnaît bien vite qu'ils écoutent plutôt qu'ils ne jugent, qu'ils croient à leur maître plutôt qu'ils ne le discutent. Leur esprit est docile ; ils pratiquent le mot d'Aristote :
Oportet addiscentem credere.
Il faut être du pays de Voltaire pour relever ces traits et en mesurer la valeur. Je n'ai j&mcds surpris sur leurs lèvres ou dans leurs yeu^ le moindre sourire sceptique ou railleur. Il est vrai que l'organisation des universités, en Allemagne, permet à l'étudiant de suivre les leçons du maître de son choix. U est l'élève libre d'un maître libre, de la science libre. Rien ne l'entrave dans cet apprentissage de la haute culture : ni les règlements, ni les coutumes, ni même l'argent. U va, à bon marché, faire son stage universitaire où bon lui semble, dans l'une des villes de l'empire, depuis Breslau jusqu'à Munich ou à Vienne, depuis Heidelberg jusqu'à Leipzig, et il s'assoit au pied de la chaire qui lui plaît.