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L'ÉTUDIANT A L'UNIVERSITÉ IH

Les partisans du régime de tutelle universitaire ne comprennent guère cette école de la liberté germaine, et pourtant on y voit grandir les plus dociles étudiants que j'aie jamais reiH contrés.

Autant j'aime et admire l'indépendance de lesprit et du caractère dans l'homme qui, à force de travail et de maturité, de lumière et de vertu, s'en est rendu digne, autant je trouve sot et funeste ce voltairianisme précoce qui fait les critiques et les révoltés de vingt ans. Ces affranchis de la première heure, ardents à tout juger et à briser tous les jougs, ont bien vite jeté leur gourme ; il n'est pas rare alors de les voir, allanguis, tourner à la fausse sagesse de ces croyants sans sève, qui ont peur de penser, et de ces citoyens sans courage qui appellent l'ordre l'abdication aux mains d'un pouvoir absolu.

Tous les grands savants ont été d'abord disciples ; ils ont su croire à un maître que leur génie parfois a dépassé. Tous les grands carac-

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tères ont mis leur fermeté et lew* fidélité au service d'une noble et sainte cause ; ils ont su obéir.

^ L'étudiant est chatouilleux quelquefois sur le

chapitre du patriotisme. Un jour, à Berlin, un professeur de philosophie faisait sa legon sur Ihistoire de l'instruction en Prusse. Il parlait, avec l'impartialité qui est le premier devoir de rhistorien, de la parcimonie d'un roi de Prusse, et il le blâmait d'avoir, pendant son règne, trop allégé le budget de l'instruction publique. Quelques rumeurs s'élevèrent, discrètes. Le professeur, ralentissant sa parole, les yeux tournés vers les mécontents, continua d'un ton impassible. La leçon finie, la masse des étudiants — ils étaient plus de deux cents — lui fit une ovation bruyante pour protester par ses applaudissements contre l'intolérance et 1« chauvinisme, en faveur de la liberté et de la science impartiale.

Le maître, à l'université, ne se contente pas

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de ses leçons publiques ; il a soin encore de réunir autour de lui les étudiants les plus laborieux, en société plus intime. Ces groupes d'élite n'ont plus seulement pour objet l'enseignement de la science, mais la méthode de la science même. Il ne s'agit plus de connaître les résultats acquis, mais de se former à Tinyestigation scientifique et à la pratique de l'enseignement. Dans ces groupes de travailleurs, qui prennent ordinairement le nom de séminaires {seminar), le maître laisse parler Télève ; il lui apprend, s'il s'agit d'histoire, à déchiffrer lui-même lès anciens documents et, s'il s'agit de vieux français ou de vieil allemand, à interpréter lui-même les textes. C'est, on le voit, l'application à toutes les branches du savoir de ce qui se passe chez nous pour la physiologie, l'anatomie ou la chimie ; c'est le maître ouvrant son laboratoire ou son hôpital à quelques disciples préférés, et les initiant de plus près à ses méthodes de recherche, et aux procédés de son génie personnel.

L'étudiant relève non seulement pour sa formation intellectuelle, mais pour sa conduite publique, de l'université. 11 est plus que le citoyen de la patrie allemande, il est le fils de VAlma Mater, Il reçoit avec le titre d'étudiant son code de discipline scolaire. S'il forligne, s'il déshonore par ses mœurs la dignité de son rang, s'il insulte ses compagnons ou ses maîtres, s'il a, en ttat d'ivresse, occasionné un scandale public, si, pendant le semestre d'étude, il s'est éloigné longtemps, sans la permission du recteur, de la ville universitaire, il est responsable devant le recteur, le syndic et le sénat de l'université.

Les punitions varient : depuis le simple avertissement jusqu'à l'exclusion formelle.

Entre ces deux extrêmes, il y a place pour une amende s'élevant jusqu'à vingt-cinq francs, pour l'incarcération, pour la menace d'exclusion momentanée.

Dans le vestibule et la salle des pas-perdus de l'université, on voit appendus aux murs

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