AVANTAGES DES ASSOCIATION
T Travailler autant que possible à supprimer le duel.
Le patriotisme y on le voit, n'a rien perdu de sa flamme ni le goût des armes de sa vivacité ; la religion demeure en honneur; et la science ne s'est fait une plus grande place que pour inspirer de nouvelles ardeurs et un culte nouveau.
D'aucuns, peut-être, trouveront cela nidf et archaïque ; mais avec quoi remplacera-t-on jamais la patrie, la religion, la science, Tesprit martial? Lorsque la religion s'en va, les négations, rindifférence et le scepticisme la remplacent ; la science peut grandir encore, mais ses lumières terrestres ne sauraient éclairer le vide laissé par la disparition de Dieu. Au patriotisme énervé succèdent les passions politiques dissolvantes, et à l'esprit martial, les mœurs efféminées.
Les hommes qui ont travaillé à l'unité allemande, qui ont mis au service de cette cause toute leur âme, toutes leurs forces, tout leur
génie, furent membres du compagnonnage allemand universel.
Il m'a semblé utile de l'apprendre à mes concitoyens, et de décrire le berceau dans lequel ont grandi nos ennemis/les hommes supérieurs de rAllemagne — et dans lequel grandissent encore ceux qui aspiref^ à rec^ieillir leiur hérita£;e.
Pour comprendre la haate puissance des uniTersités, en Allemagne, il faut savoir ce qu'est renseignement supérieur. -^ L'enseignement supérieur implique la science universelle. -~ Ce qu'il était au moyen ftge, ce qu'il est danâ le monde moderne. — Institutions modernes de l'enseignement supérieur: hautes écoles «t universités.^ Prédominance des hautes écoles.— Leur double caractère: spécialisnie et tUilitarisme, — Les universités, asiles do science universelle et désintéressée. — Nécessité des deux institutions. — Exemple de l'Angleterre. — Danger pour les pays où les écoles spéciales prospèrent et où las universités déclinent
On ne comprendra bien la haute puissance civilisatrice des universités, en Allemagne, qu'à la condition de se faire une idée exacte de
l'enseignement supérieur, dans le monde moderne , et des institutions où il se forme et se communique.
L'enseignement supérieur embrasse TuniversaMté de la science ; il s^étend à tout le savoir humain, quel qu'en soit l'objet : aussi bien à la nature, dont la raison expérimentale observe les phénomènes et formule les lois, qu'à l'homme intelligent, libre, actif, et à Dieu même, que la raison métaphysique et le sens intime nous révèlent et nous démontrent. La théologie et la philosophie, la métaphysique et les sciences positives, les systèmes et les faits, la doctrine et l'histoire, la littérature et les langues, les individus et les sociétés : tout entre dans son domaine essentiellement encyclopédique. Il y a mieux; certains arts d'ordre plus idéal ou plus nécessaires à la vie humaine et dont l'exercice suppose souvent des esprits de premier ordre : la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique, l'agronomie, la
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glierre sont encore compris dans le royaume sans limites de renseignement sapérieur, tel qu'il est cultivé dans nos sociétés civilisées. A vrai dire, ce royaume renferme tout co qui sert à former les grands cerveaux.
Il est l'atmosphère de clarté d'où sort Télite deThumanité pensante : le travailleur qui remue la terre et la féconde, endigue les fleuves et les mers, creuse les tunnels ou perce les isthmes, crée des mers intérieures ou couvre le désert de palmiers, supprime les distances et rapproche les peuples ; le savant qui sait calculer, mesurer, peser les forces, qui fouille le sol ou dévoile le mystère des cieux, formule la grande loi de révolution de l'univers, surprend les secrets de la vie et le moyen d'en guérir les misères ; l'historien qui fait revivre le passé et en décrit la figure oubliée ; le philosophe qui connaît de mieux en mieux les lois immanentes de Tesprit et du vrai, de la liberté et du bien, de Testhétique et du beau, interprète les croyances de l'humanité et les arcanes de Dieu ; le légiste qui
cherche la justice éternelle dans les rapports humains ; les grands artistes eux-mêmes, qui, par rharmonie et la lumière, traduisent à l'oreille ou à Fœil de l'homme les émotions dont l'idéal l'enivre et l'exalte.
Le moyen âge, dont la culture était beaucoup plus restreinte, parce qu'il n'avait qu'une faible conscience de l'immensité de l'univers et de la puissance donnée à l'homme pour le maîtriser, le moyen âge avait entrevu le caractère universel de l'enseignement supérieur. Le programme, l'organisation des universités en fait foi.
Tout, pour lui, se résumait dans lés quatre facultés dont la synthèse formait le grand univers de la science : la faculté des arts, la faculté de théologie, la faculté de droit, la faculté de médecine. La première avec son fameux trivium et quadrivium ^ est une loin-
1. Le irimum comprenait : la grammaire, la rhétorique, la dialectique.
Le quadrivium: Farithmétique, la musique, la géoraétriei rastronomie.
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laine esquisse de toutes ces sciences multipleSy variées, complexes, qui ont germé peu à peu dans le champ fécond et toujours plus vaste de l'intelligence. La grammaire est devenue la philologie grecque, latine, sanscrite, zende, persane, arabe, hébrcûque, chaidéenne, éthiopienne, égyptienne, française, allemande, anglaise, etc.. L'arithmétique est devenue Talgëbre, le calcul différentiel et intégral ; la géométrie s'est complétée par la trigonométrie ; et Tastronomie, élevée à la fonction superbe de mécanique céleste, ne se contente plus de voir passer les astres au méridien, elle les pèse et détermine leur trajectoire à travers l'immensité. La musique s'est complétée par tous les grands arts qui sont du domaine de l'esthétique et auxquels l'humanité cultivée demande les plus nobles émotions. La médecine, depuis les grandes découvertes de la vie, est devenue tout un monde encore inexploré que nos pères ne soupçonnaient pas ; la théologie elle-même, qu'on serait tenté de croire
immobile, s'est élargie en des proportions presque surhmnaines. Essentiellement dogmatique au moyen âge, elle a dû devenir d'abord exégétique, depuis la naissance de la philologie qui a éclairé d'un jour tout nouveau la lettre des Écritures sacrées, et ensuite historique, depuis la rénovation de l'histoire qui, en pénétrant la vie des peuples et de l'humanité, a mis en lumière le phénomène universel et perpétuel de la religion.
Rien ne montre mieux le progrès de la culture des esprits que ce simple coup d'œil comparatif de l'enseignement supérieur chez les anciens et chez les modernes. Ici et là, il se donne comme universel ; mais quelle différence dans l'universalité! Ici, c'est comme un lac dont les rivages délimités peuvent être aisément explorés ; là, c'est un océan sans rives : plus on s'y enfonce, plus son étendue se révèle. Le
génie n'est plus un phare allumé sur les bords ; c'est une étoile, au-dessus des écueils, en plein ciel: il ne dit plus où il faut aborder et jeter