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DANGER DES ÉCOLES SPÉCIALES

Telle est, selon nous, la cause première de l'essor des hautes écoles spéciales.

Or, si Ton observe ce mouvement intellectuel des sociétés contemporaines, on ne tarde pas à reconnaître qu'il aboutit fatalement à briser la vaste unité du savoir général, et qu'en poussant avec trop d'énergie aux applications pratiques de la science, il tarit peu à peu les inspirations du génie auquel seule la science théorique donne des ailes et de l'envergure.

Les grandes découvertes ne sont que l'œuvre des théoriciens hardis qui frayent la voie aux hommes d'action. Les mathématiciens comme Leibnitz et Descartes, les géomètres comme Pascal, les d prioristesy les forgeurs d'hypothèses audacieuses comme les Lavoisier, les Lamarck, les Geoffroy, les Ampère, les Claude Bernard, n'ont point été des spécialistes. Sans doute, il serait naïf de croire qu'on peut avoir une pépinière de grands hommes et les semer à volonté ; mais il est du devoir de ceux qui organisent l'enseignement de pré*

iftO LES ALLEMANDS

parer le terrain d'éclosion à ces germes que Dieu tient en réserve. Or le meilleur sol pour assurer le développement de l'esprit, c'est une instruction universelle.

Ne restreignons pas prématurément Thorizon de rintelligence : si grandement doué qu'un homme puisse être, il aura toujours une tendance à se limiter. L'œuvre qu'il est destiné à créer par son génie est comme les pyramides : large à la base, étroite au sommet: en s'achevaut, elle se resserre. Rien ne supplée à une vaste culture première ; et c'est pourquoi, à côté des écoles spécides, il faut des universités.

J'ai essayé, dans mon voyage à travers l'Allemagne, de voir comment ce pays avait su résoudre le problème de la culture intellectuelle universelle.

Voici, en résumé, le résultat d'impartiales bservations.

L'aniTersalitê du Bavoir dans les uDlversitéa d'Allemagne. — . Consenration de la vieille division du savoir en quatre facultés: théologie, jurisprudence, médecine, philosophie. — Modification de Tordonnance et de Tesprit du plan antique. — Caractère universaliste de la faculté de philosophie. — Graves inconvénients de notre division superficielle de lettres et de sciences. — Lacune dans les universités allemandes. — Nécessité d'une cinquième ftbenlté, économique.

n faut le reconnaître sans détour : en aucun

peuple du monde, parmi les plus intelligents et

les plus instruits, l'universalité du savoir n*est

cultivés comme en Allemagne, et n'est ariuée

pour son développement pratique d'institutions

mieux organisées et plus puissantes. Nulle part, les universiles ne justifient mieux leur tradition séculaire, leur grand nom de Studium générale, à^Alma Mater,

Ces œuvres d'un siècle plein d'aspirations, cer cathédrales vivantes de la science chrétienne, d'un style plus audacieux et plus grandiose encore que les cnefs-d'œuvre gothiques, le dôme de Cologne. Westminster et Notre- Dame de Paris ; cette organisation de Vomnis rei scibilis, qui avait fait de Paris même l'école du monde, sont restées debout de l'autre côté du Rhin.

La chute du moyen âge, où elles avaient pris naissance, ne les a pas entraînées dans la ruine ; et Tavènement du monde moderne les a rajeunies et agrandies. Rien n'a pu agir contre elles : ni les luttes religieuses, ni la réforme du seizième siècle, ni l'incrédulité des rois philosophes, ni le rationalisme,* ni la libre pensée, ni les progrès de géant de la science moderne, ni les transformations politiques.

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