L'UNIVERSITÉ DE BERLIN S
de la majesté, dès que la conscience et Thonneur les consacrent.
J'ai dû presser, à mon tour, cette main étrangère, car j'ai compris qu'au-dessus des frontières et des nationalités, les hommes peuvent, sans les méconnaître, se retrouver dans la paix, dans le culte de la vérité. La science est une; elle est comme Dieu, universelle ; elle ne connaît ni les Alpes, ni les Pyrénées, ni le Rhin. Quiconque la sert, travaille du même cœur et du même bras à la grandeur de sa propre patrie et à l'évolution de la race humaine. Un coup d'épée, fût-il glorieux comme le soleil d'Austerlitz, peut avoir des lendemains sinistres; un pas de plus vers la vérité est toujours un bienfait. Je ne veux pas d'un patriotisme étroit, pétri d'égoïsme, de rancune et de haine. Je ne veux que d'un patriotisme contenu par la justice, dévoré par les seules ambitions que la justice approuve, et se consumant non pas à haïr ses adversaires, mais à défendre et à glorifier la patrie. L'un est un vice et un
fléau, Tautre une vertu. Si, dans le rëgne animal, à Theure de la lutte pour Fezistence, la force donne le triomphe, dans le règne humain, Tintelligence et la conscience seules assurent tôt ou tard l'empire aux nations.
J'eus la curiosité d'ouvrir, un jour, le catalogue officiel de l'université de Berlin, afin de lire le nom des étudiants inscrits : je n'y pus voir à regret que quatre noms français.
Toujours casaniers, nous avons de la peine à sortu* de chez nous. L'étranger, Anglais, Russe, Italien, Américain, Allemand, court le monde et cherche à connaître les autres peuples; le Français, à force de ne voir que lui, finira par ne plus se connaître lui-même. Mais je n'ai pas le cœur d'insister sur ce reproche ; j'ai trop expérimenté ce qu'il y a de douloureux à franchir, même par amour pour la vérité, certaines frontières, à entendre ie pas lourd des liioldats qui nous ont vaincus^ à passer au pied des monuments de leurs vie-