LE TITRE DE DOCTEUR
Les étudiants avertis ont à choisir les cours quïls veulent suivre ; ils viennent à la questure se faire inscrire et payent de leurs deniers le maître qu'ils ont préféré. Ils n'ont plus qu'à se présenter à lui, au moins une fois, pour faire signer leur livret. Il ne tient qu'à eux désormais d'être infidèles ou assidus.
Les huit semestres du stage universitaire ont pour couronnement la thèse, l'examen et le titre de docteur. Ceux qu'une telle gloire tente trouvent dans cet attrait le stimulant d'un travail d'autant plus louable et fécond qu'il est plus libre.
Le doctorat n'a qu'une valeur scolaire ; mais ce qui ajoute à l'éclat de ce titre, c'est justement qu'il est facultatif. S'il facilite l'entrée dans la plupart des carrières professionnelles, il n'est pas une condition nécessaire. Purement honorifique de sa nature, il n'est de rigueur que pour la médecine ou le professorat. Il est simplement le grand signe dont l'université marque ceux qui, initiés par elle au savoir supérieur,
appartiendront désonnais à raristocratie inlelleotuelle du pays. Vrai titre nobiliaire, le moindre des fils du peuple peut le porter aussi fièrement que le fils d*un baron, d'un comte ou d'un duc porte le sien.
Voilà un trait de saine et grande démocratie. Nul ne pourra se défendre de l'admirer, pour peu qu'il répudie les castes fermées, et sache placer l'intelligence à son vrai rang, au-dessous de la vertu, sans doute^ mais au niveau et bien au-dessus de la naissance, de la fortune, et des choses les plus vantées parmi les hommes.
C'est un des meilleurs fruits de la civilisation moderne en Allemagne que la considération accordée par l'opinion publique à tous les serviteurs reconnus de la vérité et de la science. Ils ne sont ^olus seulement le luxe des cours, les Mécènes d'un Auguste, une sorte de mandarinat chinois * ils appartiennent au pays même, ils sont les membres indépendants d'une classe indépendante et populaire.
Une telle liberté serait-elle un péril pour la