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RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT

croissante, la compagne éclairée de l'homme La culture générale a étendu ses limites au delà des bornes rêvées.

Quelle distance entre le programme que le grand Alcuin traçait à Charlemagne et celui qu'on impose au moindre bachelier I Dans le laps de onze siècles, que] espace parcouru!

quel élargissement de la pensée I quel envahissement de clartés dans notre monde livré à tant d'ignorance et de ténèbres 1 Quelle activité dans toutes les branches de renseignement supérieur ! Que de foyers nouveaux allumés I — Quelle savante division du travail à mesure que l'œuvre grandissante de la science a demandé des ouvriers plus nombreux et plus spéciaux!

On pourrait sans doute faire plus d'une réserve sur les mobiles complexes qui ont stimulé la diffusion de l'instruction, provoqué l'extension indéfinie des programmes, et nécessité l'institution de chaires nouvelles et d'écoles spéciales ; il n'en restera pas moins ce fait : la lumière est plus grande sur les esprits. Notre

ciel s'éclaire. La science est en ëvolaiion superbe. L'homme est pris de la passion de connaître : il a Tœil grand ouvert sur tous les horizons ; son travail^ pour pénétrer le secret de tout ce qui est, de tout ce qui vit, est prodigieux, n est armé de la vraie méthode, et pas un effort dans sa guerre contre Finconnu n'est désormais stérile.

On voit que je suis loin de méconnaître les mérites de notre enseignement public en France. Toutefois, je mentirais à mes convictions, si je ne signalais ses vices. Je regarde comine un devoir douloureux de les dénoncer.

L'enseignement primaire est sans religion.

L'enseignement secondaire est follement encyclopédique.

L'enseignement supérieur est livré au morcellement indéfini.

Ge sont là des aberrations graves. Elles produiront, et déjà elles produisent, comme tout ce qui est faux, des fruits empoisonnés. L'enfant sans Dieu ne deviendra jamais un homme.

VICES DE L'ENSEIGNEMENT 21f

L'adolescent, écrasé par un enseignement sans limites, restera le plus souvent un esprit superficiel; et le spécialiste, sorti des écoles où il aura été parqué, manquera toujours de Tenvergurc sans laquelle on ne conçoit pas une raison mâle et supérieure

Et la servitude qui fait ployer tout notre système 4'enseignement sous le joug d'inexorables programmes, que de regrets, que de plaintes n'arrache-t-elle pas à tout esprit libre ! Qu'on veuille bien y songer : le programme, en France, est une chaîne qui saisit Tenfant presque au berceau, et qui grandit avec lui, sans l'abandonner un instant, jusqu'au jour où, devenu homme, il est jugé apte à exercer une profession publique. Depuis l'école de village jusqu'à la licence, le programme est là, rigoureux, pressant, implacable. Si encore il n'enchaînait que l'élève ; mais il tient dans ses serres le maître. Or, tant que le maître n'est pas libre, l'enseignement est esclave. Plus de science désintéressée; plus d'initiative. Est-il étonnant

dès lors que y dans ce pays où les natures ont «ait de ressort et de vivacité, on arrive à perdre peu à peu le sens même de la spontanéité et ce l'originalité. Penser par soi, agir par soi, ce si^ont là des facultés maîtresses qui s'atrophient tôt ou tard, si on ne les soumet à une délicate culture.

Nous vivons encore de l'organisation universitaire créée de toutes pièces par Napoléon I". Tout le génie de cet homme s^est incarné dans son œuvre, avec ses lacunes et ses excès, son militarisme et son absolutisme.

Le^corps professoral n'est plus qu'une branche de la grande administration du pays : une sorte d'armée avec ses commandants en chef, ses généraux, ses colonels, ses capitaines et ses sergents, sous la haute autorité du ministre. Les programmes officiels en forment le code de guerre. Point d'initiative pour le professeur, point pour l'élève. L'un n'a qu'à enseigner conformément aux programmes officiels ce que l'autre n'a qu'à apprendre. Nulle autonomie

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