INFLUENCE DE L'ENSEIGNEMENT
rhomme de leur fantaisie, et non l'homme réel, avec ses misères et ses vices, sa criminalité et son orgueil.
Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les trois rapports de MM. de Talleyrand, de Condorcet et Daunou ^ Dans ces trois documents que l'esprit nouveau inspire et où l'on sent palpiter les passions tumultueuses dont le monde était et est encore bouleversé, il n'est pas difficile de reconnaître les principes qui dominent aujourd'hui même, en France, toute l'organisation de l'enseignement moderne : l'omnipotence de l'État, l'asservissement de l'enseignement, la rupture de la grande unité du savoir, la prédominance croissante de l'élément scientifique, dans l'instruction, sur l'élément littéraire et religieux.
Que de choses seraient changées si, au lieu de l'omnipotence de l'État, nous pouvions avoir la neutralité de l'État, non pas une neutralité
i. V Instruction "publique en Vranct pendant la HéfvolU' tion^ par G. Hippeau.
qui serait synonyme d'indifférence, maïs quî se confondrait avec la justice et qui assurera le règne vrai de la liberté et Texercice du droit commun ; si nous savions reconstituer la vaste synthèse de la science universelle et remettre en harmonie les sciences expérimentales, la philosophie et les lettres, la théologie et la foi.
Je nourris volontiers cette espérance, sans oser pourtant trop y croire. Je connais la fatale immobilité des institutions publiques une fois établies ; et il n'est pas nécessaire d'avoir longtemps vécu, pour savoir à quel point, en tout pays, peut-être en France plus qu'ailleurs, 1« routine exerce un règne tyrannique.
Idées régnantes dans la jeunesse universitaire. — Pat de politique. — Amour du pays natal. — Passion de Tunité allemande. — Théologiens et soldats. — Anti-Slavei. et Ânti-Sémites. — Les mattres en philosophie. — Les trois génies qui dominent la pensée allemande. — L'histoire de la philosophie. — L'histoire appliquée à toute science. — Géographie et patriotisme. — Philologie ancienne. — Les sciences religieuses. — Leur activité. — Les croyances religieuses dans la jeunesse allemande.
n est du plus grand intérêt de savoir quelles sont, aujourd'hui, en Allemagne, et dans les universités spécialement, les idées politiques régnantes, les doctrines préférées en philosophie, les sciences de prédilection, les croyances reli'
gieuses. Un commerce assidu avec la jeunesse universitaire m'a permis de satisfaire une légitime curiosité.
Voici le résultat de mes observations.
La politique n'a aucune place dans le peuple des étudiants. On ne voit parmi eux ni socia-liste ni conservateur, ni unitaire ni particulariste, ni libéral ni clérical. — N'y a-t-il pas de partis politiques parmi vous? ai-je souvent demandé à un grand nombre d'étudiants. Ma question n'a jamais provoqué que de l'étonnement. Mes interlocuteurs semblaient ne pas comprendre.
L'Allemagne est encore bien loin de connaître les politiciens de vingt ans. Au surplus, je n'ai jamais constaté dans ce pays cette précocité maladive qui est peut-être le fruit le plus déplorable de notre pédagogie française.
En revanche, j'ai trouvé, dans la jeunesse allemande, toujours très vivace Tamour du sol