‹ Les allemandsChapitre 75 sur 89 · L'UNIVERSITÉ DE FRANCE · texte numérisé non relu

L'UNIVERSITÉ DE FRANCE

Allemagne. Mais rinstitution projetée serait une lettre morte si, comprenant enfin sa hante fonction, l'État ne renonçait ane fois pour toutes à l'attitude doctrinale qu'il a toujours gardée jusqu'ici. 8on devoir, dans nos sociétés si divisées d'opinions, est de se maintenir dans une sage et équitable neutralité, et d'assurer ainsi la libre exposition des doctrines. L'État n'a pas de compétence pour juger les doctrines ; mais il a la mission directe de protéger les personnes.

L'Université de France a fait du rationalisme spiritualiste une sorte d'orthodoxie, et elle s'est vue peu à peu battue en brèche : à droite par l'Église, à gauche par les partisans de doctrines plus radicales. De là, incontestablement, la guerre sans trêve qui a sévi longtemps et sévit encore entre l'Eglise et l'Université. De là, cette déconsidération qui, dans le public,a fini par frapper les doctrines spiritualistes régnantes au sein 4e l'Université. Qu'est devenu l'écleclisme de Cousin, le rationalisme déiste des philoso

d'il y a vingt ans? L'enseignement public n'a été trop souvent qu'un outillage que les partis et les sectes ont réussi à s'approprier. Ce n'est pas ]e progrès de la science universelle qui a été le stimulant des réformes ministérielles, c'est plutôt le progrès d'une science de parti. Si les idées de la neutralité de l'État ne prévalent pas, les institutions d'enseignement puidic, au lieu de préparer l'union des esprits, seront à tout instant menacées de devenir l'instrument de triomphe d'une opinion privée et d'une coterie politique.

Je veux nourrir de meilleures espérances.

Une sorte de logique immanente préside à l'évolution des forces dans les peuples comme dcms les individus. Tout lui obéit à son heure : la politique, les intérêts matériels, l'âme même des nations. Et puisque la patrie réclame la pacification, elle trouvera bien l'organe nécessaire pour la préparer.

Quand on considère, du reste, les progrès

L'UNIVERSITE DE FRANCE 27i

de renseignement public en Franci*, on voit qu'ils ont toujours été inspirés par un sentiment, une passion, une idée nouvelle.

Qui a donné l'essor à l'instruction populaire?

— La passion démocratique.

Qui a déterminé la bifurcation des études secondaires, et multiplié les grands établissements où l'élément scientifique prédomine?

— L'attrait de la science allumé en notre siècle par de prodigieuses découvertes.

Qui a provoqué les grandes luttes dont renseignement à tous les degrés était l'objet?

— L'idée religieuse et la passion de la liberté.

Qui a contribué à donner dans nos programmes une part si privilégiée à l'élément littéraire?

— Le culte du Français pour la forme et l'éloquence.

Qui a imprimé à tout l'enseignement public, depuis plus de soixante ans, un caractère si franchement spiritualisle?

— L*ailrait naturel de notre race pour la grande philosophie qui proclame la liberté humaine et la personnalité de Dieu.

Or, un immense hesoin de paix et de fraternité travaille aujourd'hui les consciences. On est las des luttes fratricides ; après un siècle de divisions et de haines, on aspire à une trêve, à un armistice, au respect mutuel des droits. Voir la science et la foi vivre en harmonie, rÉtat et les Églises ne plus s'entre-déchirer, les opinions se tolérer : voilà le souhait ardent des ftmes honnêtes. Les partis politiques, je le sais, s'agiteront longtemps encore ; mais, en dehors et au-dessus d'eux, est-il donc si difficile à un gouvernement de fermer Toreille aux clameurs des sectaires, d'écouter la voix de la conscience nationale, de devenir le gardien jaloux des droits de tous?

Or, il s'élèverait à ce rôle sublime, en instituant au faîte de notre enseignement supérieur le Collège universel de France.

On criera peut-être à une Babel des esprits,

Page 1