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LE PATRIOTISME

un sentiment vague, c'est une force en mouvement vers un but grandiose et précis. On tel but ne laisse indifférent personne, il ne choque aucune croyance; il demande le sacrifice de certains particularismes, l'abdication de Tautonomie militaire et douanière de plusieurs petits États; mais il attire par sa lumière et sa puissance magnétique, sans distinction de foi et de race, tous les Germains.

Voilà où est la grande unité allemande.

Une énergie attractive pousse les Allemands les uns vers les autres et travaille lentement à agglomérer autour d'un même sceptre, sous une même constitution, dans les mêmes intérêts, États, peuples, races de langue allemande. Gomme la féodalité, en France, s'est peu à peu transformée en monarchie par l'ascendant que sut conquérir le plus puissant des seigneurs, la Gonf édération germanique a été métamorphosée en empire par la prééminence que la Prusse a su acquérir à force de persévérance, d'habileté, d'intelligence politique et de violence.

Celte aspiration vers IWité remae au plus protond la conscience populaire. Elle est le nerf du patriotisme.

Nulle vie nationale n'est possible pour un peuple, s'il ne s'éprend, un jour, de quelque grand idéal à poursuivre.

Pourquoi TAngleterre est-elle si vivace, si puissante ?

— Elle veut la colonisation du monde et l'empire des mers.

Pourquoi la Russie elle-même^ malgré tant de causes de ruine, marche-t-elle vers un si grand avenir ?

— Elle rêve l'unité d'une race vigoureuse, les Slaves.

Pourquoi l'Italie a-t-elle grandi jusqu'à la taille d'un royaume de premier ordre, malgré la révolution qui gronde en elle?

— Elle a la passion de son unité Pourquoi la grande République d'outre-mer,

l'Amérique, étonne-t-elle Tancien monde par une activité indomptable?

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— Elle a tout un continent à remplir et à féconder.

Pourquoi TAutrielie, malgré l'autorité de ses traditions, est-elle si inquiète, si incertaine de son avenir?

— Un grand but lui manque. Elle a perdu Thégémonie de rAUemagne, et elle hésite à devenir une puissance orientale.

Pourquoi l'Espagne se débat-elle vainement dans des convulsions intestines?

— Elle n'a plus une v^'onscience nette de son rôle, comme peuple, dans le concert européen.

Pourquoi la France e^Velle livrée aux agitations sans fin ?

— Sans doute il faut l'attribuer en partie aux transformations politiques, sociales et religieuses dont elle est le théâtre ardent; mais plus encore à l'absence d'un grand but national qui rallierait dans l'unité tous les Français, quels que pussent être la diversité de leurs opinions et l'antagonisme de leurs intérêts.

L'hégémonie dans la fédération des puis-

sances européeimes a été lavie à la France avec ImtéCTÎté de son territoire : depuis lors, son actÎTité tnibolenta se dépense follement, à l'inteneur, en luttas de partis et de sectes. La Tolonté de reconquérir nos provinces n'a pu prévaloir contre nos discordes; et nous consumons le meilleur de nos forces à nous entredéchirer.

Je n^oublierai jamais mes indignations et mon angoisse en lisant, en Allemagne, les journaux de France. J^ai trouvé souvent dans les colonnes de certaine presse plus d'injures contre mon pays que dans les volumineuses gazettes berlinoises prises ensemble.

Le véritable esprit national dans les peuples se développe sous l'influence d'une destinée grandement comprise. Il n'est, en effet, que l'esprit primitif de la race, modifié dans ses idées, ses volontés, ses passions, ses entraînements et ses mœurs, selon les exigences du but à dlteindre.

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Supprimez ce but : l'esprit national ue se conçoit paSy et l'histoire des peuples reste une énigme. La puissance ou la souplesse avec laquelle ils ont su accommoder leur tempérament à leur destinée est le secret de leurs succès et de leurs revers. Les vaincus sont ceux qui, souvent, à rinsu du grand nombre, ayant cessé d*étre en harmonie profonde avec leur fin providentielle, ont vu décliner leur esprit national ; les vainqueurs, au contraire, ceux où il est resté puissant. Si la vertu d'un homme consiste à se façonner selon l'éternelle loi morale, la vertu d'un peuple est d'être, selon cette même loi, en conformité pleine avec le rôle qu'il ambitionne. Tant que le fatalisme religieux livre les masses arabes aux mains de leurs prophètes, et que l'esprit guerrier les arme d'un glaive irrésistible, les masses arabes sont un peuple puissant ; elles entrent même dans une civilisation qui n'est pas sans grandeur. Mais lorsque l'esprit militaire déchoit, lorsque le fatalisme tombe, cette civilisation énervée s'effondre.

Pourquoi l*empire ottoman est-il frappé k mort et se décompose-t-il dans Fimpuissance et la sénilité? Les races, les hommes, la vigueur du sang lui manquent-ils? Non. Il a ses fiers montagnards de FÂnatolie, ses robustes Arméniens, ses Arabes indomptés. Mais nulle tète ne semble assez vaste pour concevoir un nouveau et grand rAle, aucune âme assez chaude pour communiquer l'enthousiasme et commander la victoire. C'est un corps qui n'a plus d'àme, qui n'en peut plus avoir; le cadavre est voué ^ devenir la pâture des grands vautours et des aigles*.

D faut reconnaître à l'Allemagne le mérite d'avoir su, depuis un siècle, donner un essor libre et puissant à son esprit national. Là est le secret de sa fortune.

L'unité allemande ne pouvait se réaliser sans la force ; elle impliquait de la part de la Prusse cette politique de ruse et d'audace qui consistait à préparer savamment des conflits, à se donner

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les apparences de ToITeiisé, et à joaer Tavenir sur un coup de dés de la victoire.

L'humanité suit un chemin de sang. Le meurtre et la violence se mêlent à tout : à révolution des peuples, à l'expansion des races, à la fondation des religions comme des empires.

De là, en Allemagne, ce militarisme dont nous avons décrit la formidable puissance. H fait partie de l'esprit national ; il en est même l'élément piédominant. U a été poussé si loin que l'Allemagie n'est plus qu'un vaste camp retranché. Tout Germain est soldat par le seul fait qu'il est un homme, un enfant mâle et adulte de la patrie allemande.

Mais, que de crimes, de passions, d'injustices, d'hypocrisies, de ruines, sous la rubrique éclatante de la grandeur de la patrie I

Une amëre vengeance provoquée par les victoires de Napoléon P' a couvé comme un germe; l'esprit national, dans les sables du Braudebourg. Des guerres formidables l'ont arrosé et fait grandir; et aujourd'hui l'inexo-

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rable destin pousse rAUemagne & de nou^ velles luttes plus sanglantes.

Le but n'est pas atteint : l'unité de la patrie allemande n'est que relative. Le Pangermanisme ne se contente pas de l'empire de l'Allemagne du Nord, il veut tous les Germains, sans exception.

Qui oserait croire qu'une politique pacifique pourra réaliser cette unité colossale? Qui ne voit l'Autriche invinciblement poussée au Midi, refoulée & l'Est vers les Balkans et pour ainsi dire chassée de l'Allemagne? Qui ne voit la Russie entraînée à recueillir tous les Slaves d'Europe et condamnée à un conflit inévitable avec la politique allemande, le jour où les Turcs seront chassés d'Europe, et passeront le Bosphore?

Le temple de Janus n'est pas à la veille de se fermer dans le monde moderne ; l'ère des grands combats semble s'ouvrir plus menaçante que jamais. Je souhaite que dans ce croisement des grands glaives, mon pays n'ait perdu ni la

vigueur de son bras ni la sainte passion de la justice.

Bien que le désintéressement soit plus commun parmi les individus que parmi les nations, il y a une honnêteté et une morale pour celles-ci comme pour ceux-là. L'histoire d'un peuple n'est pas nécessairement un tissu de crimes et Tesprit national une force désordonnée. De tous les peuples du monde, la France est peut-être le seul qui ait su, à de certaines heures solennelles, honorer son esprit national par la justice et le dévouement. Certains pays ont trouvé le dernier mot de leur gloire dans la lutte pour l'indépendance; la nation française a su verser le sang de ses fils pour le triomphe de la vérité et l'indépendance de nations amies.

L'intérêt, l'intérêt personnel, l'intérêt exclusif : voilà ce qui règle la force militaire dont l'Allemagne a fait le premier élément de son esprit national.

Je n'ai jamais pu surprendre chez les Allemands d'aujourd'hui, même à l'âge le plus ouvert aux idées chevaleresques, un élan qui dépassât l'horizon de la patrie allemande. Ce but enserre le Germain tout entier. L'intérêt est sa loi souveraine. Ses grands hommes d'État ne sont que des utilitaires de génie. Leur politique égoïste, plus avide de profit que de gloire, n'a jamais soulevé, dans le pays qui en accepte les oracles passivement et en aveugle, la moindre réprobation.

Ils se font des alliés, ils ne se font pas d'amis. Ceux qu'ils enchaînent ne se laissent captiver que par l'intérêt ou la peur, toujours soucieux de l'avenir qui les attend. Comment ne pas craindre, lorsqu'on est à la merci de puissances que la justice n'inspire pas, et lorsque la force égoïste règne en souveraine?

Tant que TAlIemagne. grandira sous l'impulsion d'un tel esprit, l'Europe entière seia sur

le pied de guerre. On parlera de paix; mais

les arsenaux, de toutes parts, seront en activité

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elles nations, livrées à la loi du plus fort, seront occupées surtout à se menacer et à se tenii en échec.

La Prusse, maîtresse de TAUemagne, l'Allemagne armée, prépondérante en Europe, c'est le militarisme universel, le règne de la peur, de la force et de l'intérêt.

J'ai essayé maintes fois de découvrir chez l'Allemand une sympathie quelconque pour d'autres nations : je n'y ai pas réussi.

L'esprit national d'outre-Rhin ne franchit pas les frontières de la patrie. On ne voit pas l'Allemand s^engouer d'un autre peuple, vivant de ses idées et de ses coutumes, de sa science et de son industrie. Toujours exclusif et positif, il s'approprie en silence, à force de travail et d'application, ce qui lui parait utile : et il faut voir dans ce procédé familier au génie allemand un nouveau trait de l'esprit national.

En aucun pays d'Europe on ne cultive avec plus de soin et de suite cet esprit, &me de la

patrie. Nulle part on ne s^applique avec une sagacité plus persévérante et une conscience plus nette du but à saisir à cette pédagogie sociale et patriotique.

Elle commence dès Técole.

Une femme d'esprit avec laquelle je causais, à Gôttingen, de l'injuste annexion de l'Alsace et de la Lorraine, me regardait d'un air surpris, et, tout en s^expliquant les révoltes de mon patriotisme froissé, elle semblait ne rien comprendre aux indignations de ma conscience d'homme juste. — « Mais, disait-elle, nous étions depuis notre enfance formés à cette idée, non pas de l'annexion, mais du retour de l'Alsace à la mèrepatrie. Les Alsaciens sont des Allemands. »

Évidemment, elle avait chanté la chanson patriotique :

La patrie s'étend non seulement jusqu'au Rhin

Oit fleurit la vigne.

Mais aussi loin que la langue allemande résonne^ Et qu'elle chante , sous le ciel, ses hymnes à Dieu^.

i, Allgemeines deutsches Commersbuch, Das deulsche Vaterland, par Ernst-Moritz Arndt,

C'est à Taide de cette action insensible sur le cœur, la mémoire et les premiers rêves de l'enfant, que l'esprit national se façonne.

A mesure que Tentant grandit, et qu'il passe de l'école au gymnase, du gymnase aux universités, l'action devient plus intense; et elle atteint dans l'université son énergie totale.

Plus j'ai étudié VAlma Mater y plus j'ai acquis la conviction qu'elle était, entre toutes les institutions de l'empire, celle qui contribuait avec une efiicacité sans rivale à faire la patrie allemande . Si l'école fait le soldat, l'université façonne les chefs. Là, on exerce le bras ; ici, la tête. Le jeune homme, à l'université, prend conscience du génie de sa race, entre en communion avec les poètes, les savants, les penseurs et toutes les individualités puissantes qui sont la personnification la plus haute de la patrie. Il se nourrit de l'histoire de ses aïeux, et recueille avec enthousiasme des lèvres de ses maîtres la prophétie des destinées glorieuses

de sa race et de son peuple : c'est là que vit palpite, grandit, se relève l'àme de TAllemagne.

On Ta bien vu en 1813.

Lorsque Napoléon P' parcourait l'Europe en victorieux et promenait en Allemagne ses armées foudroyantes, enchaînant les princes de la Confédération du Rhin à son audacieuse fortune, quelle force arracha ces princes à la fascination et à l'oppression de l'empereur?

Le patriotisme surexcité dans les universités par la parole irrésistible et embrasée des maîtres.

Fichte terminait ainsi une leçon sur le devoir : « Le cours sera suspendu jusqu'à la fin de la campagne. Nous le reprendrons dans notre patrie devenue libre, ou... nous serons morts pour reconquérir sa liberté I »

Le nationalisme enveloppe, pénètre, inspire toutes les doctrines enseignées dans les fticuK tés diverses : théologie, droit, médecine, philo-

Sophie, philologie, littérature, histoire, géographie, sciences de la nature. Toutes sont marquées de l!estampille allemande.

Les auteurs, les maîtres, les génies étrangers n'interviennent qu'en forme d'appendice et dans leur relation avec les génies, les auteurs et les maîtres de TAllemagne : ils ne servent que d aliment à ce goût d'érudition si vif au delà du Rhin. Ils ne font aucune empreinte sur les intelligences. Les Allemands apprennent les choses de l'étranger ; ils les imitent même : ils ne se les assimilent point. Le Français, plus souple, plus impressionnable, absorbe au contraire avec une singulière aisance l'élément étranger. Voilà pourquoi l'éducation nationale est plus difficile et délicate en France qu'en Allemagne. Que de jeunes Français s'enthousiasment pour un Kant, un Schopenhauer, un Hegel même, en philosophie, pour un Goethe, un Schiller ou un Lessing, en littérature I Je n'ai jamais rencontré un jeune Allemand épris de Descartes ou de Mallebranche, de Pascal ou de Bossuet. Beaucoup, il

est vraiy se plaisent à lire le vieux français : ce n'est qu'un trésor de plus dans les richesses de leur érudition.

Grâce à cette disposition naturelle, et à ce germanisme de l'éducation , le jeune Allemand sort des écoles un vrai, un pur Germain.

Une fois entré dans la vie publique, la patrie ne craint pas de le voir lui échapper. Elle Tincorpore dans la démocratique organisation de son inexorable militarisme.

L'Allemand sait que le sang qui coule dans ses veines est à la patrie, et qu'à toute heure la patrie peut lui demander de le verser pour elle.

Les associations jouent un grand rôle dans la culture et la conservation de Fesprit national. Elles sont innombrables en Allemagne. Sans parler de celles des étudiants qui forment la grande fraternité de tous les lettrés du pays, il y a en outre les associations musicales, celles des anciens soldats, les sociétés de tir, les

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sociétés de gymnase. Ces dernières compren* nent dix- huit cercles, et forment la grande deutsche Tumerschaft à laquelle sont incorporés plus de 200,000 gymnastes.

La musique, dont le rôle est universel en Allemagne, traduit partout dans ces sociétés Tamour de la patrie ; et, en lui donnant une expression harmonieuse^ elle le ravive et l'exalte.

La peinture nationale n'est point négligée non plus.

J'ai été frappé, à Berlin, de l'importance patriotique du musée créé depuis sept ans et dont la fondation remonte au 2 mars 1876.

Il s'appelle la Galerie nationale. L'entrée en est gratuite* Pas un provincial du Brandebourg ou de la Poméranie qui ne vienne voir 1& les tableaux de ses peintres. Naturellement, le genre bataille domine. Ce n'est partout que scènes des combats livrés par la Prusse depuis

Les dragons français, avec leurs casques et

la queue de crin, y jouent le grand rôle... de vaincu, bien entendu.

L'art des peintres est encore jeune; on y cherche les chefs-d*œuvre ; mais Famour du pays, le patriotisme dans son âpre exclusivisme et avec ses airs guerriers semble avoir tenu tous les pinceaux.

J^observai les visiteurs, plus que je n'admirai les artistes. La plupart étaient des paysans et des gens de province. Avec quelle nsûveté ils se pâmaient devant ces batailles d'un art douteux! C'est ainsi que le peuple s'instruit : donnez-lui des images, des toiles vivantes oh. il retrouve l'auréole de ses chefs victorieux. Un grand peintre national est un maître d'école sublime. Les tableaux sont un livre oti ceux-là mêmes qui n'ont pas appris peuvent lire :

ils perpétuent, sous une forme émouvante et populaire, les héros, les vaillants qui ont su vaincre.

Une idée de haute éducation nationale et de sagace politique a présidé au choix de la col-

lection prussienne. Pas un tableau qui paisse choquer la naïveté ou l'innocence du peuple ; pas un qui n'ait pour effet de graver dans sa conscience la grandeur et Tamour de la patrie.

Il faut ajouter encore, comme moyen d'éducation patriotique, en Allemagne, les fêtes nationales : l'anniversaire de la naissance de l'empereur, des rois, des princes, et celui des grandes victoires.

Ces fêtes mettent en joyeuseté la population entière. Elles n'entendent aucune voix, aucun cri discordant. Celles dont j'ai été le témoin, et quelquefois le témoin attristé, respiraient un amour ardent du pays.

J'ai encore présent à l'esprit l'anniversaire de Sedan à Augsbourg : les oriflammes flottant à toutes les fenêtres, le peuple endimanché, partout la musique et les concerts, sur la place de l'Église, le monument funèbre élevé aux soldats tués pendant la guerre de 1870, disparais*

sant SOUS les couronnes, les lauriers et }as immortelles. -— Comme ces gens-là aiment leur patrie I me disais-je, T&me bouleversée.

Ainsi se conserve et grandit le patriotisme allemand, enveloppant toutes choses, animant toutes les institutions, rapprochant dans l'unité tous les fils de race germaine.

A nous de le coimattre ; à nous d'aviser.

Devoirs des peuples, eondltions de leur yie nationale. — Devoirs de la France : la vigilance « la force. — Militarisme et esprit militaire. -<- L'unité nationale. — Moyens d'atténuer nos divisions : premier moyen, la liberté. — Lois libérales, mœurs libérales, gouvernement libéral. — Religion^ condition de liberté. — Deuxième moyen : pacification religieuse. — Rôle international de la France, la première-née des nations libres. — Allemagne et France.

Les nations, comme les individus, ont leurs devoirs ; car s'il y aune conscience individuelle, il y a aussi Une conscience nationale.

A de certaines heures, les devoirs deviennent pressants : lenr accomplissement est pour les

peuples une question de vie ou de mort. Le plus grand malheur est moins peut-être de les violer que de les ignorer. La violation conduit à des désastres qui réveillent, à coups de foudre , les consciences endormies ; les peuples alors , épouvantés, peuvent se repentir et se sauver. Mais rignorance cause les mêmes ruines , les nations dépérissent sans que la conscience ait poussé un cri : elles meurent et ne savent pas pourquoi.

Or il est impossible à un Français de regarder vivre les nations voisines, FAllemagne surtout, de suivre même de loin le mouvement des peuples d'Europe, le jeu de leurs ambitions et de leurs intérêts, sans éprouver un tressaillement, comme si un vague danger nous menaçait, et sans prendre une certaine conscience de nos devoirs patriotiques.

La France a, en effet, des devoirs patriotiques urgents. Au milieu de tous les peuples européens en agitation, elle a son rôle à remplir; dans le tom^billon orageux des

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