ALLEMAGNE ET FRANCE
divkions aggravées par la lutte dos partis et U guerre religieuse, nulle part la liberté n'a suscité plus de passion. L'intérêt général reste toujours une des plus hautes visées de notre peuple. 11 inspire nos savants et nos écrivains ; il tient sa place dans les combinaisons de nos hommes d'affaires et même de nos hommes d'État.
La France ne sait et ne peut vivre pour elle seule, elle veut encore vivre pour les autres.
C'est son honneur, d*ètre une nation humanitaire.
Cet honneur est pour elle une primauté que nulle nation, et l'Allemagne prussienne moins qu'aucun autre peuple, ne saurait nous ravir. Cet honneur résiste à tous les désastres. La France ne le porte pas seulement à la pointé de son épée victorieuse, il tient à son génie même, à ses qualités de race mélangée et croisée. Il semble que notre territoire ait été préparé de Dieu pour être un vase choisi, dans lequel l'humanité entière viendrait verser un peu du sang qui coule dans les veines
de ses principales races du Nord et du Midi, de l'Occident et de TOrient. . Il n'est pas jusqu'à notre langue, à la fois si claire, si ferme et si souple, — cette langue maternelle du bon sens et de l'intelligibilité universelle^ comme l'appelait Henri Heine, — qui n'accuse, elle aussi, la prédestination de notre peuple à son grand r61e humaine Ce rôle est si profondément dans la conscience nationale qu'il arrive parfois jusqu'à nous faire perdre de vue notre vie propre, nos intérêts patriotiques. C'est l'écueil de toutes les natures généreuses. Que de fautes, que de prodigalités, dans notre politique d'Amérique, d'Asie et d'Europe en ce siècle mèmel II n'est pas un peuple vivant, l'Allemagne comprise, qui n'ait fait, à son profit, l'épreuve de la générosité et de l'abnégation françaises.
U ne faut pas cependant que l'idée de l'humanité éclipse l'idée de la patrie; comme il ne