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ALLEMAGNE ET FRANGE lit

convient pas que Tamour de la patrie amoindrisse en nous le culte du foyer.

D'ailleurs, nous le répétons, l'intérêt national de la France est l'intérêt du monde entier. En travaillant pour elle, elle fait l'œuvre de tous.

Quelle victoire ne remporterait pas la France si, fidèle à l'esprit de justice et de liberté qui la remue, elle apparaissait, enfin, dans le monde moderne, comme la nation prédestinée qui a su briser pour jamais les jougs, les cbatnes, le règne obstiné de la tyrannie.

Que ceux qui tressaillent à la pensée d'une telle gloire oublient leurs dissidences et se rapprochent ; qu'ils dominent les minorités turbulentes et sectaires ; qu'ils s'imposent au respect de tous par leur équité, leur largeur de vue et leur tolérance ; qu'ils régnent, enfin.

L'Allemagne a son orgueil national ; ayons le nôtre. Son épée épouvante ceux mêmes qu'elle protège ; que la nôtre rassure tout le monde, tes faibles et ]es forts : l'épée du chevalier ne doit épouvanter que les oppresseurs.

Si

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Davenir une nation libre où Tindividualité, garantie par les lois, jouisse de sa plus grande expansion ; être dans ce monde encore courbé sous tant de servitudes la première née des nations libres : voilà certes un idéal qui sied bien à notre peuple, lui qui a jeté le cri le plus poignant de la liberté, au point d'en ébranler la terre.

Lorsqu'on interroge la patrie, lorsqu'on Texamine dans sa vie morale et nationale, avec amour, comme le médecin, penché sur le malade, en fait Tauscultation, cherchant à découvrir les forces qui peuvent vaincre le mal, il est impossible de ne pas surprendre plus d'un signe de vitalité et d'avenir. L'espérance des vrais patriotes s'en empare, et ces signes deviennent le motif de viriles espérances.

Le premier symptôme de vie, c'est notre indomptable foi religieuse.

A travers tout ce qui a été tenté pour la réduire, et même pour Fanéantir, la foi résiste et s'enracine. La fausse science est loin d'avoir

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éteint la forle race des croyants. On en retrouve encore partout des rejetons vigoureux : chez les laïques et chez les prêtres, parmi les ignorants et parmi les savants.

La croyance au Christ et en son Église est comme une forteresse investie et battue en brèche. Les travaux de défense humaine peuvent être çà et là démantelés, et les engins de la politique terrestre réduits à Timpuissance ; mais la citadelle est debout sur le roc divin, inébranlable. Les soldats ont vu leur nombre décroître, mais les cadres de Tannée se sont élargis ; et, dans la hiérarchie des chefs, on ne vit jamais unité plus inviolable. La science humaine, qui s'était mise au service de la foi, a vieilli; mais la foi est restée jeune. Les piivilèges politiques ont disparu, faisant place souvent à la persécution ; mais la foi sait vivre de liberté et, au besoin, d'épreuves.

Le premier trésor d'un peuple est sa croyance religieuse; or la France montre une opiniâtreté sublime dans le courage que déploient

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un grand nombre de patriotes pour la conserver dans son intégrité et son honneur.

L'Allemagne a vu surgir une nouveUe secte chrétienne : la France a gardé intacte l'unité de sa foi. La politique seule a pu diviser les chrétiens, et il y a tout à espérer de l'heure où, cette division écartée, ils se retrouveront dans l'harmonie qui a toujours préparé les victoires; de l'heure où, mis en accord, ils sauront inspirer, par leur modération, leurs vertus et leur foi, la sympathie que l'opinion française n'a jamais refusée à tout ce qui est franc, légal, respectueux d'autrui, et désintéressé.

Le grand corps universitaire français, malgré ses lacunes, malgré ses défauts — nous avons eu le courage de les lui révéler au cours de ce travail — est resté, entre tous les corps enseignants des divers peuples, le plus spiritualiste.

Aucun n'a tenu plus haut, plus ferme, le drapeau de la forte raison. L'existence de Dieu,

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la liberté et l'immortalité n'ont nulle part trouvé de défenseurs plus éloquents. Qu'un grand mouvement vers la foi resaisisse l'humanité:

ce n'est point en Allemagne , en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Amérique, c'est en France qu'on retrouverait la meilleure préparation évangélique. Les grands génies de la Grèce — Socrate, Aristote et Platon — retrouvent en France leur vraie postérité.

Tout peuple a ses passions nationales.

La France en a deux : la passion de l'égalité et la passion de la liberté.

Pourquoi leur refuserais-je une sympathie profonde?

A cause de leurs écarts et de leurs violences ?

Elles gardent dans la grande masse du peuple français leur noblesse et leur générosité.

Que d'espérances ne contiennent pas ces forces vives, à la seule condition d'être tempérées les unes par les autres, et mieux gouvernées I

La passion démocratique deviendrait un des plus puissants stimulants de la civilisation mo*

deme si, moins ApremeDl égalitaire, elle <>'ogcupait plutôt à grandir, à fortifier les petiK» et les faibles qu'à diminuer les grands et les forts. ^

La passion de la liberté serait une des gloires de notre peuple, si elle était sous Tempire de la justice, toujours respectueuse du droit d'autrui, au lieu d'être la complaisante et lâche servante des mécontents qui ne savent pas obéir, et la menace perpétuelle des autorités qui ne savent pas commander.

La passion démocratique est d'essence égalitaire; livrée à ses instincts, sans contrepoids, elle va au nivellement, c'est-à-dire à la médiocrité. La passion libérale est son frein. La liberté est, au contraire, d'essence hiérarchique, puisque donnant un plein essor à toute individualité, elle lui ménage son rang vrai dans la grande vie nationale et sa vraie place dans la hiérarchie naturelle, fondée non sur des conventions arbitraires, mais sur le mérite et la vertu.

De telles passions sont la richesse morale d'un peuple.

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