DÉCRÈTE
ARTICLE PREMIER. — Il pcut être fait, dans les facultés, des cours libres par des professeurs qui n'appartiennent pas au personnel des facultés.
Facultés des lettres et des sciences.
Art. 2. — Tout docteur es lettres ou es sciences peut être autorisé à faire, dans les facultés de FÉtat, des cours libres correspondant à Tordre d'études pour lequel il a été reçu docteur.
Cette autorisation est donnée par le ministre, sur la proposition ou après avis de la faculté près de laquelle les cours seront ouverts et sur un rapport spécial du recteur.
Sont assimilés aux docteurs : les professeurs des divers établissements d'enseignement supérieur de l'État, les membres et les correspondants de Tlnstitut.
Art. 3. — La même autorisation peut être accordée, après avis conforme de la faculté, à des personnes non pourvues du titre de docteur, qui justi fient d'études spéciales sur les matières devant faire Tobjet de leur enseignement.
Art. 4. — Dans l'un et l'autre cas, l'autorisation ne peut être accordée pour plus d'une année.
Elle peut être renouvelée dans les conditions prescrites par les articles 2 et 3.
Elle peut toujours être retirée par le ministre, après avis ou sur la proposition de la faculté.
Art. 6. — Les affiches annonçant les cours libres ne peuvent être publiées que par les soins de la faculté.
Les cours libres sont assimilés, au point de vue de la surveillance et de la discipline^ aux cours de la faculté.
Art. 6, — Les cours libres sont publics ou privés. L'admission aux cours libres publics est subordonnée aux mêmes conditions que l'admission aux cours de la faculté.
Ne sont admis aux cours privés que les auditeurs agréés par le professeur. Toutefois, l'entrée des cours libres, même privés, appartient à fout membre de la faculté et de l'administration académique.
Art. 7. — Les dépenses auxquelles donnent lieu les cours libres sont à la charge du professeur ; elles sont arrêtées en commun par le doyen et le professeur, sous l'approbation du recteur.
L'autorisation de faire un cours libre ne crée aucun droit à l'emploi des instruments, appareils, etc., ni à l'emploi du personnel de la faculté.
Art. 8. — Les cours privés peuvent donner lieu, au profit du professeur, à la perception d'une rétribution payée par les auditeurs.
Art. 9. — Les cours libres peuvent être annuels, semestriels ou trimestriels. Ils doivent comprendre au moins dix leçons par trimestre.
Facultés de médecine.
Art. 10. — Les cours libres à la Faculté de méde-
cine de Paris restent soumis aux prescriptions de l'arrêté du 9 février 1881.
Chaque faculté de médecine et chaque école supérieure de pharmacie soumettra à l'approbation du ministre un règlement relatif aux cours libres.
Facultés de droit.
Art. 11 — Le présent décret pourra, par arrêté ministériel, être rendu applicable aux facultés de droit, sur leur demande.
Art. 12. — Le président du conseil, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, est chargé de l'exécution du présent décret.
Jules GRÉVY, Par la Président de la République :
Le président du conseil, miniêtre de rinstruction .publique et de^ beaux-arti^
Jules Fbrrt.
En 1784, Tacadémie de Berlin avait mis an concours le sujet suivant : « Des causes sur l'universalité de la langue française. » Rivarol concourut ; son discours eut le plus grand succès devant Tacadémie et à Paris ; mais, ce qu'on ignore généralement, c^est qu'il n'obtint que la moitié du prix, un prix partagé avec un savane allemand, M. Schwab, secrétaire du duc de Wurtemberg. Le discours de Rivarol n'est pas sans défauts; il y a trop de rhétorique dans l'exorde ; la dernière page est emphatique; au reste, on pourrait relever dans le morceau plus d'un trait de mauvais goût, des assertions légères sur l'histoire et l'origine des langues, des allusions forcées. Mais, à travers cet appareil de mauvais style académique, quelques pages subsistent, marquées au coin de l'écrivain et du penseur.
L'aateor sait que le privilège superbe de l'uiii* vénalité dévola à la langae française tient à des causes délicates et complexes : c'est la position de la France, sa constitution politique, l'influence de son climat, le génie de ses écrivains, le caractère de ses habitants, et l'opinion qu'elle a su donner d'elle au monde. L'idée maîtresse, c'est que le caractère des peuples et le génie de leur langue marchent d'un pas égal et que c'est l'admirable propriété de la parole de montrer ainsi l'homme tout entier. Le génie d'une langue naît d'une foule de causes parmi lesquelles il faut discerner la douceur ou l'âpreté des articulations, l'abondance ou la rareté des voyelles, la prosodie et l'étendue des mots, leurs filiations, enfin le nombre et la forme des constructions qu'ils prennent entre eux. Ces causes se lient au climat et au caractère de chaque peuple en particulier; l'union du caractère d'un peuple et du génie de sa langue se fonde sur Téternelle alliance de la parole et de la pensée.
Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et modernes, c'est Tordre et la construction delà phrase. Cet ordre doit toujours être direct : le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est Taction, enfin Yobjet de cette action. Voilà la logique naturelle à tous les hommes, voilà ce qui constitue le sens commun. Or, cet
ordre est presque toujours contraire aux sensations qui nomment d'abord Tobjet. C'est pourquoi tous les peuples, abandonnant Tordre direct, ont eu recours aux inversions. Mais que de pièges et de surpnsesdans les langues à inversion^ que d'obscurités, que d'artifices et de défaillances de l'idée ! Le français est resté fidèle à Tordre logique, comme s'il était tout raison ; la syntaxe française est incorruptible. Ce qui n'est pas clair n'est pas français. Voilà pourquoi, malgré la beauté et la richesse de sa poésie, c'est par la prose que la langue française a régné, règne et régnera toujours. La prose accuse le nu de la pensée ; il n'est pas permis d'être faible avec elle. Notre langue est donc l'expression naturelle d^un peuple qui a reçu les impressions de tous les peuples de l'Europe, qui a placé le goût dans des opinions modérées et dont on peut dire que ses livres composent la bibliothèque du genre humain. Telle est la substance du discours de Rivarol, un peu clarifié et mis en ordre, il faut le reconnaître, par la brillante analyse de M. Garo. Ce qui manque au lauréat de 1784, c'est la continuité dans Tinspiratîon,- c'est la sûreté au goût. Il n'en reste pas moins acquis que ce morceau a des qualités.de premier ordre et que rarement la philosophie du langage a rencontré un plus délicat et plus pénétrant interprète.
M. Caro compare au discours de Riyarol la compositiou de son concurrent, M. Schwab ; elle est lente d'allure, mais non dénuée de mérite. Pour M. Schwab, la cause de runivérsalité de notre langue est une sorte d'ajustement et d'accommodation naturelle du goût français à celui des autres nations de l'Europe. Tout l'avantage de ce goût pourrait bien consister dans une certaine médiocrité qui le recommande auprès de ces nations ; l'Allemagne rencontre, au contraire, un grand obstacle à la propagation de son idiome et de ses ouvrages dans l'originalité de son génie national, dont sa langue et sa littérature sont profondément empreintes. L'allemand, ajoute M. Schwab, deviendra difficilement dominant en Europe. Cependant, trois circonstances pourraient amener ce résultat : i® ou bien si la langue vient à s'altérer; 2* ou bien s'il arrive que la culture d'esprit soit négligée dans la nation qui la parle; 3* ou bien si cette nation perd son influence politique.
Nous voulons rester sur cette dernière considération, qui cache au fond, sous des pages d'apparence très simple, toute l'idée et tout l'espoir du bon patriote Schwab.
(Compte rendu de la séance de 1* Académie des sciences morales et politiques.^Extrait du journal le Temps du 27 novembre 1883*)
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