‹ Les alliances de la FranceChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

8VITE. — BEVOLIJTIOIVS Qn AVORTEnOIVT TOUJOURS.

Il y a des peuples qu'une destinée porte fatalement a l'insurrection.

J'ai tort d'énoncer ainsi ma pensée. Je devrais dire que la force brutale opprime des contrées, en Europe, pour le seul plaisir de les asservir, lorsqu'un sentiment de justice générale devrait conseiller une autre conduite. Mais les couronnes obéissent rarement à ce sentiment.

C'est ainsi que le Russe opprime le Polonais, le Turc opprime le Grec, l'Autrichien opprime l'Italien et le Hongrois, le Napolitain opprime le Sicilien, l'Anglnis opprime l'Irlandais, le gouvernement fédéral opprime le Sunderbund, etc. D'où dérivent ces irritantes situations? Presque toutes de la même cause, de la violation du principe moral et du principe de liberté.

La Pologne a été lâchement asservie et dénationalisée, l'Italie placée sous le joug comme un bétail pour grossir un troupeau, la Sicile livrée au royaume de Naples comme un appoint; et l'Irlande est, comme catholi<jue, conspuée par l'Anglais, qui la verrait avec bonheur s'engloutir au milieu de l'Océan.

Un peuple acceplc diflicilcmciit une Icilc condilioii. 11

ALLUKCLS. 10

guette, il épie les mouvements de son bourreau, et quand il croit pouvoir le renverser, il se lève avec la torche et le fer à la main pour s'affranchir. Malheureusement, aussi, le plus souvent il ne prend conseil que de sa souffrance, de son énergie ou de son audace ; il lutte avec désespoir pour rentrer bientôt dans un asservissement plus dur que celui qu'il voulait briser.

Tel a été le sort de la Pologne après 1830 ; tel a été le sort de la Sicile et de la Hongrie ; tel aussi le sort de cette si intéressante péninsule italique.

Il faut le dire, et le dire bien haut, à toutes ces nationanalités compromises : en l'état où se trouve l'Europe, jamais révolution continentale, quelque juste qu'elle soit, ne triomphera. Pour qu'un changement désiré réussisse, il faut à la fois le concours et l'ascendant de la France. Ce concours et cet ascendant ne peuvent exister tant que l'Angleterre représentera le concert européen; tant que l'Angleterre, plus riche et plus puissante, aura, plus que tout autre peuple, des moyens de corrompre et d'exciter; tant que l'Angleterre, guidée par la seule passion de son intérêt mercantile, soufflera le vent d'une fausse liberté, surexcitera les ardeurs trop légitimes des peuples trompés par elle, pour les abandonner ensuite et profiter exclusivement d'es perturbations et des désordres qu'elle a ainsi enfantés dans l'esprit du plus atroce comme du plus infâme machiavélisme; tant que l'Angleterre n'aura pas reçu le châtiment que la Providence réserve toujours à l'orgueil qui descend aux calculs les plus dégradants, sans s'en émouvoir, pourvu qu'il y trouve le salaire attendu par ses perfidies; tant que l'Angleterre ne sera pas entrée dans l'application des lois éternelles de Dieu et de sa justice ; tant que l'Angleterre, enfin , devenue vulné-

rable comme toutes les autres nations, n'aura pas expié les forfaits inouïs d'une politique sans exemple dans les annales du monde...

Je n'entends certes pas justifier les excentricités ou les folies des démagogues modernes. Si je n'avais à apprécier que les insurrections des Kossuth, des Mazzini et des Garibaldi, je me hâterais de dire que la France, fût-elle ce que je désire et ce qu'elle est appelée à devenir un jour, ne prêtera jamais son influence morale ou le secours de ses armées à des tentatives aussi déplorablement perverses que celle d'un Mazzini, ou à des levées de boucliers aussi irréfléchies que celle de Kossuth.

Ce que je soutiendrai, c'est l'élan de la France vers cette Pologne si lâchement sacrifiée par Louis XV, c'est l'élan de la France vers cet Orient où nous avons tant d'intérêts religieux, moraux et matériels à proléger, c'est l'élan de la France pour l'Italie, dégradée par une oppression qui paralyse le génie de l'un des peuples les plus intéressants de TEurope...

En l'état du concert européen, tel qu'il est constitué, rien n'est possible. Et tant que nous ne sortirons pas des errements où nous sommes engagés, tous ceux qui soufi'rent souffriront; et s'ils font le moindre effort pour briser leurs liens, ils les verront resserrer au lieu d'en amoindrir le j)oids.

Sans la France, je le répète, rien n'est possible. Supposez (et il n'est plus même nécessaire d'emprunter l'image d'une hypothèse), supposez que la Pologne prenne les armes. 11 arrivera ce qui s'est passé en 1851 : après des efforts inouïs, après des combats de géants, les malheureux Polonais seront vaincus, écrasés par le nombre, fusillés ou conduits sous les

glaces de la Sibérie, et le ministre du plus misérable des rois dira joyeusement: L'ordre règne dans Varsovie!... Faites la même hypothèse pour l'Italie, et vous aurez les mêmes efforts et les mêmes résultats. Elle ne pourrait pas dire aussi stupidement que l'a fait Mazzini : « L'Ilalia farà da se, » car l'Italie, en présence de l'Autriche, ne fera rien par ellemême, n'exécutera rien sans secours étranger; et ce secours ne peut venir que de la France.

Mais la France, en l'état du concert européen, n'est pas libre dans ses allures, n'est pas maîtresse de ses moyens, il ne faut pas craindre de le dire. Elle ne peut faire ni ce qui est favorable au peuple, ni ce qui est favorable h ses intérêts. Elle doit subir une volonté plus forte que la sienne, la suprématie de l'Angleterre, qui sait qu'elle ne comptera plus qu'à sa juste valeur dans le concert européen le jour où la France l'aura forcée d'être juste...

On élève ici une question de liberté pour mettre obstacle à toute intervention armée dans les affaires d'autrui.

Je réponds de suite que la Russie, la Prusse et l'Autriche n'ont pas demandé à la France la permission de partager la Pologne. Les mêmes puissances, poussées par l'Angleterre, n'ont pas demandé à la France, au congrès de Vienne en 1814, la permission de déchiqueter les États, de faire des accouplements odieux, de violer toutes les traditions, tous les intérêts, en foulant aux pieds toutes les nationalités, et de disposer de certains peuples avec le sansfaçon d'une brutalité et d'un mépris inouï dans les rapports politiques des nations. L'Angleterre ne demande la permission à personne pour intervenir en tous lieux et pour peser de tout son poids dans toutes les questions européennes et autres, etc., etc.

L'iiilervcntioii dans les affaires d'autrui est une violation du principe de liberté, seulement lorsqu'un peuple est libre de tout joug étranger. Dans tout autre cas, ce peuple peut, sans désbonneur, appeler du secours pour reconquérir des droits violés, lorsque cette conquête ne se fait pas au profit de la puissance intervenante : car, alors, ce ne serait qu'un joug remplacé par un autre pour le peuple opprimé.

Supprimez l'intervention dans ce cas légitime, et vous avez la force brutale, l'oppression, la servitude prenant définitivement la place du droit, de la justice, de la liberté.

L'intervention, dans le cas qui nous occupe, loin d'être une injure faite à la liberté, est une protestation contre la violation de sa sainteté et un hommage rendu à son culte.

Je vais plus loin et je dis :

L'intervention ou, pour mieux dire, l'agression, est commandée aussi contre toute nation qui, dans des vues personnelles et sans dominer par sa présence un territoire, se fait une habitude de tout contrarier, de tout bouleverser et, par ce moyen, de tout asservir. C'est le cas du joug le plus insupportable, d'un joug d'autant plus odieux que rien ne peut abriter de ses insolences et de sa dureté. C'est le cas du brigand qui dévalise, s'enfonce ensuite dans son antre, armé et inexpugnable, et dit à la justice sociale, toujours impuissante contre lui : «t Viens me prendre si tu peux!... »

11 n'y a donc, dans un principe d'intervention ainsi entendu, rien qui blesse les lois des nations, qui ne sont que les lois de Dieu et de sa justice.

Si l'insurrection est le plus grand des crimes (et l'insurrcclion est la consé(iucncc de toutes les manœuvres de la politi(iue anglaise en Europe), l'intervention, au profit d'un peuple opprimé, est le plus saint des devoirs.

Nous n'avons vu qu'une fois le [ivincipc de non-intervention consacré par un gouvernement français en face d'une révolution faite, chez nous, par l'Angleterre, en haine, d'une part, de notre conquête d'Afrique, comme en haine d'un ascendant européen qui allait produire la lacération des traités de 4815 et nous rendre nos limites. La non-intervention proclamée par le gouvernement de Louis-Philippe, au début, indiquait, en deux mots, la politique générale qu'il allait suivre; politique d'humiliation, d'abaissement, de honte; politique antinationale, antifrançaise. La nonintervention, posée comme base de sa conduite extérieure par son ministre Mole, était grosse de tous les événements qui allaient se succéder et où la France allait descendre à un degré de prostration qui a fait du régime de 1850 la page la plus ignoble et la plus fangeuse de notre histoire. La nonintervention était grosse du traité du 14 juillet 1840 fait sans la France, contre la France, au mépris de la France; la non-intervention était grosse du droit de visite, grosse de l'indemnité Pritchard, grosse du respect des traités de 181 5, grosse de toutes ces hontes et de toutes ces infamies qui devaient produire le coup «le tonnerre de février et porter aux gémonies les restes détestés d'une race qui, nous l'espérons, ne souillera plus le sol français...

Voilà ce que signifie, pour la France, un principe de nonintervention. C'est la France emmailloltée, la France morcelée, la France agonisante; et, à coté d'elle, c'est lorgueil britannique, l'ascendant britannique, la toute-puissance britannique dans le conseil des nations comme sur tous les continents.

Quel gouvernement, en France, oserait proclamer de nouveau un tel principe? La France peut souffrir encore et

elle souffre en effet de tout le mal qu'on lui a imposé et devant lequel un gouvernement, mais non la France, s'est incliné; mais, quant à elle, qu'elle attende avec résignation, puisqu'il le faut; elle est sûre d'aboutir aujourd'hui.

J'aime peu les digressions qui s'éloignent de mon sujet. Cep(?ndant, il m'est diflicile de ne pas répondre, ici, d'avance à des déclamations qui viendront d'autant plus facilement m'atteindre qu'elles se sont déjà élevées, nombreuses, de la part des démocrates-socialistes au sujet de l'acte d'accusation par moi dressé contre l'Angleterre dans mes Lettres fraiiques à Napoléon III. Ils ont dit et ils persistent à dire que, non-seulement la France doit rester en paix avec la Grande-Bretagne, mais encore qu'elle doit serrer, avec elle, les liens de la plus étroite et de la plus indissoluble amitié!... M. Emile de Girardin n'a-til pas dit encore dernièrement'{Voy. Gazette de France du 28 mai 1855), dans un article sur l'alliance de la France et de l'Angleterre, ce qui suit : «1 L'Angleterre est nécessaire à la France pour y em/>é- « cher la restauration de la légitimité, comme la France est «( nécessaire à l'Angleterre pour y empêcher la suppression « de la liberté, »

Je réponds d'abord aux républicains, socialistes ou non (l'étiquette me fait peu de chose), car ils sont tous les mêmes à l'endroit qui m'occupe , c'est-à-dire aussi ignorants des causes de la grandeur et de la prospérité des nations qu'ils le sont, en particulier, du génie de la France, des causes de sa grandeur d'autrefois et des humiliations qui l'ont suivie.

Ce qui frappe le plus les démagogues du continent, c'est que rAnglelerre offre, à leur tète comme à leur cpieue, une hospitalité toujours empressée, un asile toujours certain. En d'autres termes, ils bénissent l'Angleterre, parce qu'elle

leur offre un refuge et un obstacle aux poursuites dont leurs têtes pourraient être menacées. Qu'ils aient tué, assassiné, pillé, incendié ou fait faire tout cela sous le titre d'une insurrection politique, ils sont surs d'être bien accueillis et bien protégés : car, en Angleterre, l'extradition n'existe pas pour les crimes politiques ou ceux qu'on appelle de ce nom.

Cela étant ainsi, le démagogue doit être reconnaissant et prier Dieu de bénir cette philanthrope de lui sauver la vie et de lui promettre un éclatant retour, avec fusils, poudre et grenades, pour recommencer, à la première occasion, upe nouvelle carrière de désordres, à la plus grande gloire de l'Angleterre qui se dévoue et se sacrifie pour ces nobles débris des proscriptions de r Europe...

Les démocrates n'ont pas d'autre motif de leur affection pour les Anglais. Ils ont commis des crimes ; les Anglais les recèlent d'abord et les mettent souvent à même d'en commettre de nouveaux en leur promettant, en cas de revers, un asile toujours ouvert et sûr : de tels procédés doivent attacher; mais en quoi jugent-ils, je le demande, la question qui nous occupe? Les Anglais se constituent les protecteurs, les receleurs des hommes les plus coupables envers la société. Un receleur est passible, aux yeux du droit public d'un peuple, des peines les plus graves. Mais il ne peut pas en être ainsi d'un peuple qui brave ses rivaux , qui se croit invincible chez lui, et qui recèlera jusqu'à ce qu'on lui ait prouvé qu'il se trompe et que sa prépondérance est plus près de la roche Tarpéienne que du Capitole.

Nous ne blâmons certes pas le droit d'asile en principe. Il est des circonstances où ce serait commettre le plus grand des crimes que de ne pas donner l'hospitalité à une grande infortune : mais ce qui est une règle pour les autres nations

du continent est l'exception pour l'Angleterre, qui reçoit tout, parce qu'elle a besoin de tout pour ses desseins pervers.

Les démocrates, dans leur admiration pour l'Angleterre, oublient ou ne veulent pas reconnaître que tous les malheurs qui nous frappent viennent de l'Angleterre; que c'est elle qui a excité contre nous toute l'Europe ; que c'est elle qui a ruiné notre commerce extérieur; que c'est elle qui nous a enlevé toutes nos colonies ; que c'est elle qui nous a fait démolir nos forteresses du Nord en i8i5; que c'est elle qui nous a fait payer à l'étranger sept cents millions d'indemnité ; que c'est elle qui voulait partager la France sur cette carte du Styx dont parle l'auteur du Génie du christianisme dans son Congrès de Vérone^ que c'est elle qui, dans l'Europe, est noire plus cruelle et plus implacable ennemie et qu'elle ne peut vivre et fleurir que sur nos ruines ! Hélas ! cette thèse n'est que trop démontrée dans toutes les pages de notre histoire ! Assez longtemps nous nous sommes abusés, nous avons fermé les yeux; mais, aujourd'hui, il n'y a qu'un imbécile ou un traître aux iuléréts de sa patrie qui puisse être capable de dire un mot de faveur, non pour le peuple anglais si l'on veut, mais pour son gouvernement, qui est bien le plus atroce et le plus infâme que le soleil éclaire!...

Mais où nous réfugierons-nous en cas de revers , disent les démocrates, si l'Angleterre ne nous ouvre pas ses portes?

Avant de tenter une révolte, messieurs, vous réfléchirez, vous pèserez, vous jugerez. Vous vous demanderez si c'est du désordre seulement que vous voulez faire, ou une révolution nationale que vous devez tenter. Vous lèverez haut votre drapeau, si le succès vous est promis, si la nation marche avec vous, et vous vous ensevelirez en cas d'échec

~ 194 — dans ce même drapeau. Quand on combat pour une cause sacrée, pour une cause sainte, on ne regarde pas derrière soi pour savoir s'il y a un chemin pour fuir. On marche en avant, on frappe ou l'on est frappé; on est victorieux ou l'on meurt... Ne vous insurgez donc, messieurs, qu'avec de tels sentiments, et vous verrez que la société gagnera à vos résolutions. Vous ne penserez plus à l'Angleterre, vous n'aurez plus en vue un refuge qui n'est qu'un rempart pour la lâcheté. Avant de -tirer l'épée, vous vous direz ce que disait cette femme de Lacédémonc à son fils auquel elle remettait un bouclier pour aller combattre : «c Aut hoc, aut m hoc!... »

Dans leurs luttes de géants, semées de tant de graves épisodes, les Vendéens, je vous le demande, allaient-ils, dans leurs revers, demander asile aux Anglais?...

Oserait-on, maintenant, parler d'alliance avec l'Angleterre? Que peut produire, pour nous, une telle alliance? Où en sont les avantages? L'Angleterre nous rendra-t-elle une seule de nos colonies, nous permetlra-t-elle de rétablir un seul débouché , nous fera-t-elle fraternellement partager avec elle la liberté des mers?... L'Angleterre nous traiterat-elle d'égal à égal , nous fera-t-elle partager son influence continentale, nous soutiendra-t-elle dans une cause juste? Non, mille fois non ! M. de Fitz-Jamcs l'a dit ; « L'alliance anglaise est un mensonge ! » Après lui , Dreux-Brézé, Chateaubriand, Genoude en ont dit autant et ne l'ont que trop justifié...

L'alliance de la France avec l'Angleterre ne peut avoir lieu qu'à la condition de nous absorber, de nous subalterniscr, de nous annihiler. Cette alliance ne peut avoir lieu qu'à la condition de perdre toute l'autorité que nous pou-

vons avoir par nous-mêmes, en augmentant l'ascendant de l'Angleterre de tout ce que nous aurions perdu. Alliance de la France avec l'Angleterre ne voudrait donc pas dire autre chose, pour nous, que faiblesse, abaissement, servitude, dégradation. Toutes les époques où l'on cite, dans notre histoire, une alliance passagère avec ce peuple, se rapportent à des temps de dégradation pour la France, que ce soit sous Henri IV, sous Louis XIV, sous le Régent ou sous Louis- Philippe. Aussi ces alliances ne peuverit point en porter le nom : car il y a entre les peuples comme entre les individus des rapports qui sont contre nature et partant monstrueux.

11 n'y a jamais eu d'alliance entre une victime et son bourreau!...

Qu'y a-t-il de changé, aujourd'hui, entre notre situation et celle qui nous a été faite depuis 1815? Nous a-t-on rendu ce qu'on nous a pris? Ne sommes-nous pas, au contraire, dans une situation commerciale et industrielle pire? Quel est celui ([ui, lorsqu'un million d'étrangers, le fer et le feu à la main, nous traitaient en vaincus, en esclaves, nous dépouillaient, nous rançonnaient, démolissaient nos forteresses, pillaient nos arsenaux et nos musées, aurait osé dire : « Voilà nos amis, nos alliés, remercions-les, bénissonsles! » Eh bien, ce qui aurait été alors le comble de la honte et de l'ignominie aurait nnjourd'hui le même caractère, car rien n'est changé. Je me trompe : nos rivures sont un peu plus profondes, entendez-vous?

Faut-il, maintenant, répondre à l'alliance nécessaire dont parle le |)ubliciste que nous avons cité plus haut? Pour le faire, nous emprunterons la réponse d'un écrivain illustre dont les opinions font autorité toutes les fois qu'il parle des intérêts de la France. Voici en quels termes M. de Lour-

doiicix répond à M. Emile de Girardin : « Quel service de bon voisinage rAnglctcrrc rendrait à la France! M. de Girardin nous dit que la seule garantie venant de l'Angleterre qui ne soit pas douteuse, c'est la garantie de son intérêt. En partant de cette vérité d'observation, on doit donc conclure que l'Angleterre a intérêt à empêcher le rétablissement de la légitimité en France.

« Quel peut être cet intérêt? M. de Girardin ne nous le dit pas et nous le regrettons. Mais, à coup sûr, l'intérêt de l'Angleterre n'est pas que la France soit grande, prospère, prééminente au dehors; qu'elle soit livré à la plénitude et aux développements de sa puissance ; qu'elle porte le sentiment de son rang et de ses droits au-dessus des exigences et des prétentions de l'oligarchie britannique; qu'elle passe outre à sa mission quand le cabinet britannique murmure et menace ; qu'elle aille, malgré ses cris, frapper de sa vaillante épée la révolution fomentée en Espagne par le mercantilisme anglais, ou bien conquérir en Algérie deux cents lieues de côtes sur le lac français.

<c L'intérêt anglais, en 1850 et en i848, c'était que la France fût énervée, parai} sée, exténuée par les divisions intestines, par les agitations, les insurrections et les révolutions, pendant que l'Angleterre étendait ses influences, sa domination et son trafic dans le monde entier. L'intérêt anglais, c'était que la France eût besoin, à l'intérieur, d'une armée de 500,000 hommes et d'un budget de 1 ,500 millions pour comprimer le communisme. Voilà l'intérêt bien évident de l'Angleterre. Nous comprendrions que, dans cet intérêt, elle fût opposée à la restauration de la légitimité en France; mais cela ne nous expliquerait pas comment l'assistance de l'Angleterre serait nécessaire à la France.

« Nous ne comprenons pas davantage , nous l'avouons humblement, comment la France empêche y en Angleterre, la svppression de la liberté, que M. de Girardin nous a dit être si malade en France.

u Les oracles du publicisle de la Presse ont, comme ceux de la sibylle , toujours un coin mystérieux laissé à la sagacité des interprétateurs. i»

Concluons donc : Si ralliance anglaise est une impossibilité morale, une déception politique, une humiliation nationale, une abdication de nos intérêts, de notre prépondérance et de notre dignité ; si celte alliance est pour nous moins qu'une chimère et plus qu'un mensonge , c'est donc ailleurs que la France doit prendre sa place pour avoir voix au véritable concert européen.

11 est nécessaire à l'Europe que la France ait cette prépondérance qu'elle doit acquérir à tout prix...

L'Europe ne sera tranquille que lorsque la France sera à SON RANG et l'Angleterre au SIEN ! ! !

Les peuples qui s'agiteront, avant cette heure, seront écrasés sans pitié ! ! !

Il n'y a que la France chrétienne qui puisse émanciper le monde et ouvrir à l'humanité les voies qui mènent à la fraternité des peuples comme à la prospérité des nations : car elle seule a la formule sublime qui constitue les États en grandissant l'humanité.

Page 1