CHAPITRE XV
ISUITE:. L,R LIBRE KCHAWGE ET NES EMBUCDEN.
La France est le pays par excellence de rengouement ; c'est aussi, mais après de dures déceptions, le pays où Ton revient assez vite des erreurs de l'esprit, des folies de l'imagination.
La France, a-t-on dit, épuise l'erreur pour revenir à la vérité. 11 eût été plus heureux de pouvoir dire d'elle qu'elle étudiait l'erreur pour rester dans la vérité. Mais Dieu, dans ses desseins, s'est servi de la France pour apprendre au monde à quel degré un {peuple tombe ou s'abaisse lorsqu'il s'éloigne de sa mission en violant les lois qui ont fait sa force et sa grandeur.
L'une des erreurs les plus fatales à la France a été , sans contredit, l'adoption par ses philosophes, ses penseurs et ses hommes d'État du xvni^ siècle, des formules gouvernementales de l'Angleterre. Ils n'ont vu que l'extérieur, sans descendre au fond des choses. Les meilleurs esprits s'y sont trompés; mais que de maux, réparables sans doute, n'ont pas engendrés leurs tristes aberrations!... Après avoir jeté les yeux sur le mécanisme constitutionnel de ce royaume, ils ont cru qu'il suffisait de daguerréotyper cette forme et de la coller sur nos murs en nous disant : « Tels sont les u Anglais, tels doivent être les Français. Rien n'est admi-
«c rablc comme le jeu des institutions britanniques! La li- « berté règne partout, en haut comme en bas. Le peuple, «i la presse et les cliambres marchent dans une admirable « harmonie. Le pouvoir règne et ne gouverne pas. La partie «^ mâle et prépondérante de l'autorité est dans la haute « chambre qui a des tiroirs pour tous les caprices exté- «i rieurs et intérieurs, sans atteinte pour son autorité collec- « tive. Le parlementarisme, dont elle est la plus magnifique «t expression , est le chef-d'œuvre des organisations politi- « ques; imitons-le. »
Et là-dessus, tous nos politiques ont renchéri, tous ont invoqué l'imitation, tous ont appelé une constitution coulée sur le moule anglais. Comme eux, nous avons eu deux chambres, une haute et une basse ; nous avons eu des parlementaires ; nous avons eu une constitution dans laquelle le pouvoir a été enfermé pour y périr ; nous avons eu un roi pour régner selon la formule empruntée, et non pour gouverner.
Nous n'avons pas compris que les constitutions ne s'empruntent pas, que les mœurs ne se dénaturent pas , que les institutions ne s'inventent pas, ne se colportent i)as sans façon d'un peuple à l'autre; que le génie d'une nation ne prend pas les empreintes que des rêveurs voudraient lui imposer, et qu'une contre-façon gouvernementale est la plus vaste des folies.
Chaque peuple a ses traditions comme son soleil et son climat. On ne dévêt pas un peuple impunément. On l'a fait cependant, on a osé le faire; et nous savons tout ce que nous a coûté raffublement de cette robe de Déjanire... Nous avons eu une chambre haute, et pas d'aristocratie; nous avons eu Thérédité de cette chambre, et pas de consis-
tance territoriale pour elle ; nous avons eu les parlementaires, et pas d'oligarchie; nous avons eu la royauté séparée du peuple par le monopole , séparée du gouvernement par la formule importée, séparée de l'autorité par notre parlementarisme bâtard, sans influence et sans racines... Nous avons eu la confusion, la ruine, le chaos, là où, profitant de l'expérience des siècles, nous aurions dû trouver la lumière qui éclaire et le chemin qui conduit. Et la France, aux institutions essentiellement représentatives rappelées dans cette belle formule : «t Lex fitconsensu populi et constitiUione régis, » s'est abîmée dans le gâchis parlementaire importé de la Grande-Bretagne. Pour rcconnaîtrelcs vices radicaux de cette situation nouvelle, les quinze années delà Restauration n'ont pas suffi. Il a fallu une période nouvelle de dix-huit ans pour donner à la France l'occasion d'imitations, de déclamations nouvelles en faveur de la révolution de d688, en oubliant que la légitimité anglaise (s'il est permis de se servir ici de ce mot) n'est pas dans la royauté, principe abstrait pour le parlementarisme , obélisque de marbre , de fer ou de bois, greffe où s'enregistre ce qu'iY veut comme ce qu'e//e ne veut pas, paravent mais non paratonnerre; machine passive, parce que l'activité exclusive est ailleurs; borne, parce que le parlementarisme se l'est imposée ; tout et rien, clinquant pour l'extérieur et fétiche pour l'intérieur, etc., parce que la légitimité'anglaise , la force gouvernementale , je le répète, est dans l'aristocratie, dans l'inamovibilité de celle-ci, dans sa fortune territoriale, qui lui permettent, parce qu'elle est encore féodale, de changer de souverain quand bon leur semblera sans compromettre le fond de leur situation morale et politique ^ ' « En Angleterre , la prérogative royale ne craint point de faire les con-
L'engouement français pour l'anglicanisme, en 1789 comme en iSlo, s'est épuisé dans une expérience courte, il est vrai, au regard de la vie d'une nation, mais trop longue pour les peuples qui souffrent.
L'engouement français pour l'anglicanisme a moins mis de temps encore à se dégoûter dune parodie de la révolution de 1G88. Dix-huit années lui ont suffi pour enfanter, pour nourrir et pour étouffer cette difformité sans principe de viabilité.
Nous voyons, un à un, tons nos engouements s'éteindre dans l'amertume et les regrets. En aurons-nous donc encore?...
Eh ! mon Dieu ! oui : l'esprit anglais est si habile h nous les procurer, et nous sommes si faciles à séduire!... Nous allons donc, encore une fois, donner tète baissée dans un piège anglais : je veux parler du libre échange.
Sans doute le pouvoir public ne sera pas, ici, directement en jeu, quoique au fond le libre échange renferme toutes les questions de vie ou de mort d'un peuple; mais il y aura en jeu les intérêts privés et collectifs, et, cette fois, nous espérons qu'on examinera, qu'on discutera, qu'on réfféchira avant de s'aventurer, et qu'on ne se précipitera pas
cessions les plus larges , parce qu'elle est défendue par des institutions que le temps a consacrées. Avez-vous un clergé riche et propriétaire ? Avez-vous une chambre des pairs qui possède la majeure partie des terres du royaume, et dont la chambre élective n'est (|u'une soile débranche et d'écoulement? Le droit de primo}çénilure, les substitutions, les lois féodales normandes, perpétuent-elles dans vos familles des fortunes pour ainsi dire immortelles? En Angleterre, lespril arislocniliqura tout pénétré... » Je réponds à l'oraleiir légitimiste de la reslauialion que tout cela est \rai, mais que lotit cela csl à détruire. Lorsque le véritable esprit de liberté aura soufllé sur la Grande- Bretagne, la France sera sauvée...
aveuglément dans ce gouffre dont les bords sont couverts des plus belles fleurs que puissent produire les trois royaumes.
Nous sommes en 1858 : c'est à celte époque que se forme une ligue, à Mancbesler , sous le titre d'Auti-corn-law^ league (association contre la loi céréale). Dans l'agitation causée par celte ligue dans des meetings successivement tenus à Manchester, Liverpool, Glascow, Edimbourg, Londres et autres lieux, brillent des hommes émincnts tels que les Cobden, les Bright, \çs Moore, les Villiers, les Fox, les Thompson et mille autres.
La cause de cette ligue était des plus graves : on sait que la loi céréale, en excluant le blé étranger ou en le frappant d'énormes droits d'entrée, avait pour but d'élever le prix du blé indigène, sous prétexte de protéger l'agriculture, et pour effet de grossir les rentes des propriétaires du sol. Cette loi céréale, dautant plus rigoureusement exécutée qu'elle touchait de plus près aux intérêts de la caste féodale, excitait depuis longtemps de graves rumeurs. La cherté du blé, la difficulté d'en avoir, les souffrances attachées à cette privation , la détresse signalée dans plusieurs régions , firent songer sérieusement, à une réunion d'hommes se constituant courageusement en dehors du gouvernement, aux moyens propres à éclairer le pouvoir et à en obtenir satisfaction.
Celte ligue mémorable, qui a continué pendant dix ans la lutte pacifique la plus infatigable, la j)lus brillante et la plus solide, nous a révélé, dans ses meetings, les faits les plus importants et les plus sérieux. Elle nous a appris que, dans la législation financière de l'Angleterre, pays grevé d'une si lourde dette et d'une si vaste administi-ation, il
y avait absence presque complète d'impôt foncier. Ainsi, en 1706, épo(iue de l'union sons la reine Anne, rimpôt foncier n'entrait dans le revenu public que pour 4,997,579 livres sterling; et, en 1841, sous la reine Victoria, la même part contributive de iinij)ôl foncier (land-tax) nétait que de Î2, 057, 027 livres sterling. Ainsi, liinpôt direct est resté le même pendant que les impôts de consonmialion ont décuplé. Et il faut considérer, ajoute un économiste français, « que, dans ce laps de temps, la rente des terres ou le revenu du proj)riétaire a augmenté dans la proportion de un à sept, en sorte que le même domaine qui, sous la reine Anne, acquitlait 20 p. c. de contributions sur le revenu, ne paye pas aujourd'liui 5 p. c. Le même auteur fait remarquer aussi que l'impôt foncier n'entre que pour i/25^ dans le revenu public (2 millions de livres sterling sur 50 dont se composent les recettes générales). J'aime à faire remarquer qu'en France et dans toute l'Europe continentale il en constitue la portion la plus considérable, si l'on ajoute à la taxe annuelle les droits perçus à l'occasion des mutations et transmissions, droits dont, de l'autre côté de la Manclie, la propriété immobilière est aiïrancbie, quoique la propriété personnelle et industrielle y soit rigoureasement assujettie.
L'aristocratie anglaise est donc, sans autre raison que celle de son bon plaisir et de l'autorité qu'elle exerce pour le plus grand bonlieur du peuple, exonérée de l'impôt le plus légitime, si les impôts |)envcnt (|uel(iuefois revêtir ce caractère. Elle exploite d une manière inouïe le peuple anglais. « Rien de plus fortement conçu, dit Frédéric Bastiat, de plus énergiquement exécuté que cette exploitation. La possession du sol met aux mains de l'oligarchie anglaise la
puissance législative ; par la législation elle ravit systématiquement la richesse à l'industrie. Cette richesse, elle l'emploie à poursuivre au dehors ce système d'empiétements qui a soumis quarante-cinq colonies à la Grande-Bretagne; et les colonies lui servent à leur tour de prétexte pour lever, aux frais de l'industrie et au profit des branches cadettes, de lourds impôts, de grandes armées, une puissante marine militaire. »
« Nous pouvons donc tenir pour certain, ajoute le même auteur, que l'aristocratie anglaise ravit au peuple, par l'opération de cette seule loi (corn and provisions laiv), une part du produit de son travail, ou, ce qui revient au même, des satisfactions légitimement acquises qu'il pourrait s'accorder, part qui s'élève à im milliard par an, et peut-être à deux milliards, si l'on tient compte des effets indirects de cette loi. Restait à pourvoir les cadets, après avoir engraissé les aînés. Deux sources fécondes de revenu ont été ouvertes aux cadets : le trésor public et le système colonial. A vrai dire, ces deux conceptions n'en font qu'une. On lève des armées, une marine, en un mot des taxes pour conquérir des colonies, et l'on conserve les colonies pour rendre perinanentes la iharine, les armées ou les taxes. »
C'est au milieu d'une telle situation que la ligue a soutenu la lutte la plus difficile, la plus opiniâtre, la plus grande et la plus belle des temps modernes. La ligue, il faut le dire, ne bornait pas, dans ses meetings, ses prétentions à une réforme complète de la loi céréale. Elle allait jusqu'à réclamer (résolution du conseil de la ligue, mai 1843) «( l'abolition totale, immédiate et sans condition de tons les « monopoles, de tous les droits protecteurs quelconques en u faveur de l'agriculture, des manufactures, du commerce
«c et de la navigation ; en un mot , la liberté absolue des «c échanges, » rien que cela.
De telles prétentions étaient, sans nul cloute, plus que considérables, elles étaient excentriques. Elles partaient de sentiments généreux auxquels nous serons toujours les premiers à applaudir. Les prétentions de la ligue n'allaient à rien moins qu'à demander la chute de la prépondérance aristocratique, la dissolution des liens coloniaux, c'est-à-dire une révolution complète dans la politique intérieure et extérieure de la Grande-Bretagne. A cet endroit, nous doutons que les ligueurs fussent de bonne foi. Si nous devons les en croire, ils seraient meilleurs que leur gouvernement : nous penchons vers ce dernier sentiment, et nous désirons vivement qu'il ait un jour raison; mais nous en doutons... Oui, nous en doutons...
N'importe : on sait que les efforts de la ligue ont été couronnés, en partie, de succès. On connaît la série des réformes douanières exécutées en 1842, 4845, 1844 et 1845 par Robert Peel. Mais ces réformes sont restées renfermées dans les bornes d'une question anglaise. Elles sont loin de s'être élevées à la hauteur d'une question humanitaire : L'ANGLETERRE FÉODALE ISE LE PERMETTRA JAMAIS !
Après les agitations de la ligue anglaise, ses plus ardents adeptes sont venus en Fj-ance nous prêcher le libre échange, comme naguère ils nous prêchaient la paix. Ils nous représentaient le libre échange comme la panacée universelle; ils venaient nous demander ce que, chez eux, ils n'avaient pas pu obtenir. C'était, de leur part, une consciencieuse opiniâtreté, à laquelle nous ne refuserons pas des éloges. Mais ce (jui a frappé le public français, notamment à Bordeaux, si je ne me trompe, c'est la réponse de l'honoruble
M. Cobdcn à un publiciste qui lui demandait pourquoi, en affirmant qu'en l'état l'échange était libre dans la Grande- Bretagne, nos vins n'y étaient reçus que grevés de droits exorbitants. L'interlocuteur ajoutait avec raison que l'Angleterre devait être d'autant plus facile sur cet article que son sol ne produit pas de vignes et qu'elle n'a, par conséquent, aucune protection à établir en faveur de ses regnicoles. A quoi M. Cobden répondit <i que le droit imposé «( n'avait aucun caractère de protection, mais était un pur « droit fiscal. » Que nous importe le nom? N'est-ce pas toujours un droit? N'est-ce pas un empêchement, un arrêt, une opposition aux provenances, à un genre de provenance étrangère? N'est-ce pas, en un mot, la protection tout entière? Aussi, cette réponse de l'un des hommes les plus considérables de la ligue fit-elle une sensation d'autant plus profonde qu'elle contrariait la conclusion de tous ses discours, et fit-elle juger, en un moment, toute la bonne foi de la propagande anglaise.
Cela n'a pas empêché les théories du libre échange de circuler, de tapager, de se propager dans tous les centres industriels de la France. Les publicistes de tous les étages, les économistes, la presse, le commerce s'en sont vivement préoccupés. Des plumes habiles, parmi lesquelles il faut placer au premier rang Frédéric Bastiat , ont appuyé avec plus de bonne foi et d'ardeur que d'intelligence les théories anglaises, qui n'ont jamais eftleuré le seuil du pouvoir de la Grande-Bretagne. Après d'interminables discussions, le mouvement économique n'en a point été accéléré. Les choses en sont restées où elles en sont. Que les missionnaires anglais du libre échange fussent ou non de bonne foi, ils n'ont pas été crus , ils ne pouvaient pas l'être. Si la
France eût consenti à se rendre aux vues, aux affirmations de ces messieurs, on aurait pu la regarder, avec raison, comme cent fois plus folle que lorsque, [)our éviter une ruine financière ou une banqueroute, elle se jetait aveuglément, un d'Orléans aidant, dans les bras de l'aventurier Law.
Le libre échange ainsi présenté n'était donc, après coup, qu'un piège anglais. Il a eu aussi, chez nous, pendant deux ou trois ans, les honneurs des plus solennelles discussions. De bons esprits s'y laissaient prendre. Je voudrais qu'on s'habituât, une bonne fois pour toutes, à classer parmi les poisons les plus dangereux tout ce qui nous vient du Royaume-Uni.
Comme beaucoup de personnes croient encore à quelque chose de possible dans cet ordre dïdées, je me permettrai, à ce sujet, quelques observations.
Le libre échange, envisagé comme extinction de tous les monopoles, comme abolition de toute protection, n'engage pas seulement une puissance, mais toutes les puissances ; il engage l'univers, car la puissance qui ne protégerait plus quand ses voisines suivraient les anciens errements des rivalités des peuples serait frappée de moit...
Le libre échange, réduit à de simples modifications de lois douanières, s'appelle improprement de ce nom. 11 n'y a plus de libre échange là oti il y a une obole de protection ; il n'y a que des calculs appropriés aux intérêts de la nation qui s'amende, parce qu'elle poursuit, non l'intérêt de ses voisins, mais ses propres avantages.
Le libre échange donc, dans son sens absolu , n'est ni plus ni moins qii'un changement de front dans le monde entier; c'est la liberté universelle, c'est la monarchie ou
la république universelle , c'est la fraternité universelle ; c'est l'abdication de toutes les concurrences, de toutes les rivalités; c'est plus que l'Icarie, plus que le phalanstère par toute la terre, c'est l'extinction de toutes les passions humaines; c'est un rêve, et le plus colossal de tous; c'est l'impossible, c'est la plus gigantesque utopie, si ce n'est pas une folie...
Nos voisins d'outre-Manche, certes, ne sont pas fous; ils ne sont qu'habiles et beaucoup plus habiles que nous. Que sont-ils donc venus nous dire avec leur libre échange, tout rapiécé qu'il est, qui n'en a que le nom? Nous n'avons qu'une chose à leur dire : Etes-vous sincères, MM. les Anglais? Voulez-vous être, par l'exemple, le modèle comme la première des nations? Eh bien! désarmez vos GOO navires de guerre, brùlez-les, ils sont inutiles ! Plus d'appareil offensif et défensif ; démolissez vos forteresses : car vous ne devez être ni forts , ni faibles , ni menaçants , ni menacés. Ouvrez vos ports à toutes les nations et, au lieu d'une douane, n'ayez que des banquets pour les étrangers. Emancipez toutes vos colonies ; abolissez toute protection , toute prohibition; semez la paix, l'union, la concorde partout! Soyez missionnaires d'exemples et non de vains mots, et soyez sûrs que lorsque vous aurez fait tout cela la France sera tranquille ; elle ne vous demandera plus ses limites ; elle vous pardonnera tous les torts que vous avez eus envers elle... Vous ne serez crus qu'alors.
Soyons sérieux : il n'y a pas un Anglais, il n'y en a pas un seul, qui ait eu foi au premier mot prononcé sur le libre échange absolu. Si le libre échange était accueilli par toute la terre , l'Angleterre SEULE s'y refuserait, et cela n'a pas besoin d'être démontré. Il est assez étrange que ce soit ce-
pendant la Grande-Bretagne qui ait cherché à vulgariser celle idée. Cela ne doit pas surprendre; l'Anglais cherche à agiter, surexciter, révolutionner : c'est sa nature; il a besoin de troubler les peuples comme d'égarer les intelligences ! 11 en espère des agitations, des mesures inconsidérées, des erreurs fatales à leurs auteurs : c'est ce qu'il cherche, et pas autre chose.
Comment veut-on qu'il en soit autrement? L'Angleterre, par ses machines, fait le travail, au dire de M. le comte de Ficquclmont, de 400 millions d'hommes! Elle a des houilles pour toutes les locomotives de la terre et pour toutes les industries qui empruntent le feu et la vapeur. Elle a des fers pour exercer la concurrence sur tous les points du globe; elle a du coton pour chausser, vêtir et coiffer l'univers. Elle a i2D millions d'esclaves distribués dans quarante-cinq colonies qu'elle accroît chaque jour. Elle règne sur toutes les: mers. L'Asie est devenue son fief, l'Australie son domaine. Elle occupe toutes les positions, a, selon son langage, des corps de garde partout; elle a le pied partout; elle intervient
en tout; elle s'impose en tout lieu Et vous croyez que,
par le libre échange , elle va un beau jour sacrifier tout cela?... Bêtise araère!...
N'oublions donc jamais que l'Angleterre s'est proclamée et se pose comme l'arbitre du monde; que ses organes officiels nous ont dit qu'ils brideraient nos vaisseaux, incendieraient nos forts , achèveraient quand ils le voudraient la ruine de notre commerce languissant! ... N'oublions pas que l'un de leurs plus grands hommes d'État a dit : u L'Anglc- « terre ne vivrait pas un an , si elle était juste UN SEUL « jour! )»
Apres cela, qu'on vienne nous parler de libre échange,
qui serait la justice universelle s'il pouvait être appliqué! Nous répondrons : La justice que vous nous offrez est un mensonge! Si vous devenez jamais justes, ce sera par la contrainte; et cette contrainte, vous la subirez tôt ou tard : car Dieu punit les crimes des peuples, et sa vengeance est mesurée sur l'énormité de leurs forfaits... Pensez-y.