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J'ai dû m'arréter à la première invasion, en signaler les causes et dégager les Bourbons des reproches que le libéralisme faisait peser sur eux.
Je n'ai point à m'occuper des événements militaires de 1815. Les causes en sont trop connues pour avoir besoin d'être rappelées. Bonaparte, en violant la loi qu'il s'était imposée par son abdication de Fontainebleau, est devenu responsable de toutes les calamités qui ont suivi son retour. Si 1814 avait été malheureux pour la France, 1815 était un crime inutile de lèse-nation, de lèse-humanité. Aussi la France en a-t-elle ressenti et en subit-elle encore les funestes conséquences.
De ces deux lugubres époques il reste sur le front de la France des stigmates cpii rappellent son abaissement et son déshonneur. Ces stigmates sont les traités de 1815 qui comprennent à la fois les spoliations de 1314 et de 1815, que nous allons rapporter textuellement.
Voici les termes des art. 2, 5 et 4 de la convention du 25 avril : « Pour constater le rétablissement des rapports d'amitié (c'est l'infâme Talleyrand qui parle : car c'est lui qui est l'auteur et le rédacteur de cet acte d'ignominie) entre les puissances alliées et la France, et pour la faire jouir autant que possible des avantages de la paix, les puissances alliées feront évacuer parleurs armées le territoire français, à mesure que les places occupées encore hors de ces limites par les troupes françaises seront évacuées et remises aux alliés. Le licutenanfgénéral donnera , en conséquence , au commandant de ces places l'ordre de les remettre dans les termes suivants, savoir : les places situées sur le Rhin, non comprises dans les limites de la France du d^' janvier 1792 et celles entre le Rhin et ces mêmes limites, dans l'espace de dix jours, à dater de la signature du présent acte ; les places du Piémont et dans les autres parties de l'Italie qui appartenaient à la France, dans l'espace de quinze jours ; celles de l'Espagne , dans celui de vingt jours, et toutes les autres places, sans exception , qui se trouvent occupées par les troupes françaises , de manière à ce que la remise totale puisse être effectuée jusqu'au i^^ juin prochain. Les garnisons de ces places sortiront avec armes et bagages et les propriétés particulières des militaires et employés de tous grades.
« Elles pourront emmener l'artillerie de campagne dans la proportion de trois pièces sur chaque millier d'hommes , les malades et blessés y compris; la dotation des forteresses et tout ce qui n'est pas propriété particulière, demeurera et sera remis en entier aux alliés , sans qu'il puisse en être distrait aucun objet. Dans la dotation sont compris non- seulement les dépôts d'artillerie et de munitions, mais encore toutes autres provisions de tout genre, ainsi que les archives, inventaires, cartes, plans, modèles, etc. Les stipulations de Tarticle précédent seront appliquées également aux places maritimes 5 les puissances contractantes se réservent, toutefois, de régler dans le traité de paix
définitif le sort dos arsenaux, vaisseaux de guerre, armés et non armés, qui se trouvent dans ces places.
Cl Le terme de dix jours (article additionnel) , admis en vertu des stipulations de Tart. 5 de la convention pour l'évacuation des places sur le Rhin et entre ce fleuve et les anciennes frontières de la France, est étendu aux places, forts et établissements militaires , de quelque nature qu'ils soient , dans les provinces unies des Pays-Bas. »
Ce trailé, dit Genoude, œuvre de Talleyrand, livrait aux coalisés 65 places fortes, avec un matériel de 1200 bouches à feu, 31 vaisseaux et 12 frégates , dont la perte pouvait être évaluée à 260 millions de francs!!...
Une impression douloureuse, dit M. Michaud, s'empara de tous les cœurs, quand on apprit avec quelle légèreté on abandonnait à l'étranger des positions formidables et un matériel immense qui auraient arrêté les prétentions des souverains alliés.
La France, par cette convention, était traitée en pays conquis; disons mieux : elle était jetée à la voirie par un de ces hommes sans opinion fixe, sans principes, considérant la politique comme une manœuvre selon le vent, — ce qu'on appelle habileté, — par le chef des doctrinaires enfin, représentant la négation la plus complète de toute moralité , de tout sentiment national, de tout honneur, de tout patriotisme.
Après la convention préliminaire du 23 avril , voici l'acte inconcevable que les coalises présentèrent les 3 niai-8 juin 1814 à la signature du roi :
« Le royaume de France conserve l'intégrité de ses limites ,
telles qu'elles existaient à l'époque du i^'" janvier 1792. Il recevra, en outre, une augmentation de territoire comprise dans la ligne de démarcation fixée par Tarticle suivant. (Cette augmentation comprenait quelques cantons annexés aux départements des Ardennes , de la Moselle , du Bas-Rhin , de l'Ain et une partie de la Savoie.)
« Les cours alliées assurent à la France la possession de la principauté d'Avignon , du comtat Venaissin , du comté de Monthéliard et de toutes les enclaves qui, ayant appartenu autrefois à rAllemagnc , sont comprises dans l'augmentation de territoire ci- dessus indiquée.
u La Hollande, placée sous la souveraineté de la maison d'Orange, recevra un accroissement de territoire. Le titre et l'exercice de la souveraineté n'y pourront, dans aucun cas, appartenir à aucun prince portant ou appelé à porter une Couronne étrangère.
« Les États de l'Allemagne seront indépendants et unis par un lien fédéralif.
«c La Suisse, indépendante, continuera à se gouverner par ellemême.
« L'Italie , hors des limites des pays qui reviendront à l'Autriche, sera composée d'Etats souverains.
« L'île de Malte et ses dépendances appartiendront en toute propriété et souveraineté à S. M. Britannique.
« S. M. Britannique s'engage à restituer à S. M. Très-Chrétienne les colonies, pêcheries, comptoirs et établissements de tous genres que la France possédait au d^"- janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie, à l'exception , toutefois, des îles de ïabago et de Sainte-Lucie, et de l'île de France et de ses dépendances , nommément Rodrigues et les Seychellcs, lesquelles S. -M. Très-Chrétienne cède en toute propinété cl souveraineté ' à S. M. Britannique , comme aussi de la
' Le roi n"a pas le droit de céder un pouce de terrain à Tctranger sans le
partie de Saint-Domingue cédée à la France par la paix de Bàle , et que S. M. Très-Chrétienne rétrocède à S. M. Catholique en toute propriété et souveraineté.
« S. M. le roi de Suède et de Norwége consent à ce que l'île de la Guadeloupe soit restituée à S. M. Très-Chrétienne et cède tous les droits qu'il peut avoir sur cette île.
« S. M. Très-Fidèle (le roi de Portugal) s'engage à restituer à S. M. Très-Chrétienne la Guyane française, telle qu'elle existait au {"janvier 1792.
« S. M. Très-Chrétienne s'engage à ne faire aucun ouvrage de fortifications * dans les établissements qui lui doivent être restitués et qui sont situés dans les limites de la souveraineté britannique sur le continent des Indes , et à ne mettre dans ces établissements que le nombre de troupes nécessaire pour le maintien de la police.
« Les hautes parties contractantes s'étant réservé , par l'art. 4 de la convention du 25 avril dernier , de régler dans le présent traité de paix définitive le sort des arsenaux et des vaisseaux de guerre armés et non armés qui se trouvent dans les places maritimes remises par la France en exécution de l'article 2 de ladite convention, il est convenu que lesdits vaisseaux et bâtiments de guerre armés et non armés, conmie aussi l'artillerie navale et les munitions navales et tous les matériaux de construction et d'armement, seront partagés dans la proportion de deux tiers pour la France et un tiors pour les puissances auxquelles lesdites places appartiendront. — Ne sont compris dans les stipulations ci-dessus les vaisseaux et arsenaux existants dans les places maritimes qui
conseniemenl formel de la nation. — Le« traités tic 1815 i»e seront un cngugcmcnt dénnitif pour la France que lorsque celle-ci les aura iihroiucnt rectifiés dans ses comices gcnC-raux.
> Couinie ou reconiiuil bien là la politique anglaise ! .Non-seulenienl clic ne veut poinl de supc-rieur, mais point d'égal. C'est à yenoux que PAnglais veut qu'on soit devant lui...
seraient tombées au pouvoir des alliés antérieurement au 23avril, ni les vaisseaux et arsenaux qui appartenaient à la Hollande et notamment la flotte du Texel.
« Dorénavant le port d'Anvers sera uniquement un port de commerce.
u Les hautes parties contractantes, voulant mettre et faire mettre dans un entier oubli les divisions qui ont agité l'Europe , déclarent et promettent que , dans les pays restitués par le présent traité, aucun individu, de quelque classe et condition qu'il soit, ne pourra être poursuivi, inquiété ou troublé dans sa personne ou sa propriété, 50US aucun prétexte, ou à cause de sa conduite ou opinion politique ou de son attachement soit à aucune des parties contractantes, soit à des gouvernements qui ont cessé d'exister, ou pour toute autre raison , si ce n'est pour les dettes contractées envers des individus , ou pour des actes postérieurs au présent traité.
« Les puissances alliées, voulant donner à S. M. Très-Chrétienne un nouveau témoignage de leur désir de faire disparaître, autant qu'il est en elles, les conséquences de l'époque de malheur si heureusement terminée par la présente paix, renoncent à la totalité des sommes ^ que les gouvernements ont à réclamer de la France à raison des contrats de fournitures ou d'avances quelconques faites au gouvernement français dans les différentes guerres qui ont eu lieu depuis 1792.
« De son côté, S. M. Très-Chrétienne renonce à toute réclamation qu'elle pourrait former contre les puissances alliées aux mêmes titres. Dans le délai de deux mois, toutes les puissances qui ont été engagées de part et d'autre dans la présente guerre enverront des plénipotentiaires à Vienne, pour régler, dans un
'• Celle renoncialion étail peu généreuse, quand on pense à tous les abandons faits aux coalisés par la déclaration du 25 juin, abandons auxquels il faut ajouter toutes les cessions de territoire.
congrès général, les arrangements qui doivent compléter les dispositions du présent traité. »
Ce traité, je le répète, porte , comme la déclaration du 23 juin, la signature du prince de Bénévent, autrement dit Talleyrand, Personnification de la lâcheté, de la perfidie et du mépris de notre dignité nationale, l'histoire a déjà jugé cet illustre misérable dont les infâmes complaisances ont créé les premiers élans de Taudace des coalisés dans la période néfaste que nous allons parcourir et qui se termine par le traité du 20 novembre 1815 que nous allons rapporter; traité que Tinsolcnce, la brutalité, la vengeance et la victoire imposèrent , et que les larmes du noble duc de Richelieu devaient inonder sans pouvoir en effacer les humiliantes dispositions.
C'est le 20 novembre que fut signé le traité de Paris.
Voici ce traité :
«Au nom de la Irès-saintc et indivisible Trinité,
«« Les puissances alliées ayant, par leurs efforts réunis et par «i le succès de leurs armes, préservé la France et l'Europe des bou- « leverscments dont elles étaient menacées par le dernier attentat «1 de Napoléon Bonaparte et par le système révolutionnaire re- «• produit en France pour faire réussir cet attentat j
u Partageant aujourd'hui avec Sa Majesté Très-Chrétienne le dé- « sir de concilier, par le maintien inviolable de l'autorité royale « et la remise en vigueur de la charte constitutionnelle , Tordre •i de choses heureusement rétabli en France, ainsi que celui de w ramener entre la France et ses voisins ces rapports de confiance «i et de bienveillance réciproques que les funestes effets de la ré-
ALLIA.^iCES. 7
« volution et du système de conquête avaient troublés pendant si « longtemps ;
« Persuadées que ce dernier but ne saurait être atteint que par « un arrangement propre à leur assurer de justes indemnités pour «t le passé et des garanties pour l'avenir ;
« Ont pris en considération , de concert avec Sa Majesté le roi « de France, les moyens de réaliser cet arrangement, et, ayant « reconnu que l'indemnité due aux puissances ne pouvait être ni (c toute territoriale ni toute pécuniaire sans porter atteinte à l'un ou « h l'autre des intérêts essentiels de la France, et qu'il serait plus « convenable de combiner ces deux modes de manière à prévenir « ces deux inconvénients, Leurs Majestés Impériales et Royales ont « adopté cette base, par leurs transactions actuelles, et, se trouce vaut également d'accord sur celle de la nécessité de conserver « pendant un temps déterminé , dans les provinces frontières de « la France, un certain nombre de troupes alliées, elles sont con- « venues de réunir les différentes dispositions fondées sur ces bases « dans un traité définitif.
« Dans ce but, et à cet effet. Sa Majesté l'empereur d'Autriche, u roi de Hongrie et de Bohême, Sa Majesté l'empereur de toutes « les Russies, Sa Majesté le roi de Prusse, d'une part, et Sa Ma- « jesté le roi de France et de Navarre, de l'autre, ont nommé leurs « plénipotentiaires pour discuter, arrêter et signer ledit traité déu finitif, savoir :
u Pour l'empereur d'Autriche, le prince de Metternich et le « baron de Wessemberg ;
« Pour l'empereur de Russie, le prince Razumowsky et le comte « Çapo-d'Istria ;
a Pour le roi d'Angleterre, le vicomte Castlereagh et le duc de « Wellington}
« Pour le roi de Prusse , le prince de Hardenberg et le baron « de Humboldt j
« Pour le roi de France, le duc de Richelieu ;
a Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, ont signé « les articles suivants :
« Art. i"'. Les frontières de la France seront telles qu'elles « étaient en 1790 (sauf les modifications de part et d'autre qui se <( trouvent indiquées dans le présent article).
« Art. 2. Les places et les districts qui , selon rarticlc précé- « dent, ne doivent plus faire partie du territoire français seront « remis à la disposition des puissances alliées dans les termes a fixés par l'art. 9 de la convention militaire annexée au présent « traité, et Sa Majesté le roi de France renonce à perpétuité, pour « elle et ses héritiers et successeurs , aux droits de souveraineté u et de propriété qu'elle a exercés jusqu'ici sur lesdites places et « districts.
« Art. o. Les fortifications d'Huningue ayant été constamment u un objet d'inquiétude pour la ville de Bâle , les hautes parties u contractantes, pour donner à la confédération helvétique une « nouvelle preuve de leur bienveillance , sont convenues entre « elles de faire démolir lesdites fortifications. Le gouvernement « français s'engage, par le même motif, à ne les rétablir dans au- « cun temps et à ne point les remplacer par d'autres fortifications « à une distance moindre de trois lieues de la ville de Bâle.
« Art. a. La partie pécuniaire de l'indeniriité à fournir par la « France aux puissances alliées est fixée à la somme de sept cents « millions de francs. Le mode, le terme et les garanties du paye- « ment de cette sonmie seront réglés par une convention particu- « Hère qui aura la même force et valeur que si elle était textuelo lemcnt insérée nu présent traité.
« Art. 5. L'état d'inquiétude et de fermentation dont, après c« tant âc secousses violentes, et surtout après la dernière cata- « strophe , lu France, malgré les intentions paternelles de son roi « et les avantages assurés par la charte constitutionnelle à toutes ' les classes de ses sujets, doit nécessairement se ressentir encore, <( exigeant, pour la sûreté des États voisins, des mesures de pré-
« caution et de garantie temporaires, il a été jugé indispensable « de faire occuper, pendant un certain temps , par un corps de « troupes alliées, des positions militaires le long des frontières de « la France, sous la réserve expresse que cette occupation ne porte tera aucun préjudice à la souveraineté de Sa Majesté Très-Chré- « tienne ni à l'état de possession tel qu'il est reconnu et confirmé « par le présent traité.
« Art. 6. Le nombre de ces troupes ne dépassera pas cent K cinquante mille hommes. Le commandant en chef de cette armée « sera nommé par les puissances alliées.
« Ce corps d'armée occupera les places de Condé, Valencienncs, « Bouchain, Cambrai, le Quesn^y, Maubeuge, Landrecics, Avesnes, «Rocroy, Givet, Charlcmont, Mézières, Sedan, Montmédy, « Thionville , Longwy, Bitsch, et la tête de pont du fort Louis.
« L'entretien de l'armée destinée à ce service devant être fourni <t par la France, une convention spéciale réglera tout ce qui peut « avoir rapport à cet objet.
« Le maximum de la durée de cette occupation militaire est fixé « à cinq ans. L'occupation peut cesser avant ce terme, si au bout « de trois ans les souverains alliés, après avoir, de concert avec « Sa Majesté le roi de France, mûrement examiné la situation et « les intérêts réciproques, et les progrès que le rétablissement de « l'ordre et de la tranquillité aura faits en France, s'accordent à « reconnaître que les motifs qui les portaient à cette mesure ont « cessé d'exister.
« Mais, quel que soit le résultat de cette délibération, toutes les « places et positions occupées par les troupes alliées seront, au « terme de cinq ans révolus, évacuées sans autre délai, et remises « à Sa Majesté Très-Chrétienne ou à ses héritiers ou successeurs.
« Les troupes étrangères, autres que celles qui feront partie de « l'armée d'occupation, évacueront le territoire français dans les « temps fixés par l'art. 9 de la convention militaire annexée au « présent traité.
u Art. 7. Dans tous les pays qui changeront de maître, tant « en vertu du présent traité que des arrangements qui doivent être t< faits en conséquence, il sera accordé aux habitants naturels et X étrangers, de quelque condition et nation qu'ils soient, un <c espace de six ans, à compter de réciiange des ratifications, pour « disposer, s'ils le jugent convenable, de leurs propriétés, et se • retirer dans tel pays qu'il leur plaira de choisir.
» Art. 8. Toutes les dispositions du traité de Pjiris du ÔO mai « 1814-, relatives aux pays cédés par ce traité, s'appliqueront « également aux différents territoires et districts cédés par le pré- " sent traité.
« Art. 9. Les hautes parties contractantes s'élant fait rcpré- <« senter les différentes réclamations provenant du fait de la non- '< exécution des articles lî) et suivants du traité du 30 mai 1814, « ainsi que des articles additionnels de ce traité, signés entre la « Grande-Bretagne et la France, désirant de rendre plus efficaces <• les dispositions énoncées dans ces articles, et ayant à cet effet <■< déterminé, par deux conventions séparées, la marche à suivre « de part et d'autre pour l'exécution complète des articles sus- « mentionnés, ces deux dites conventions, telles qu'elles se trou- « vent jointes au présent traité, auront la même force et valeur « que si ellt?S y étaient textuellement insérées.
0 Art. 40. Tous les prisonniers faits pendant les hostilités, de u même que tous les otages qui peuvent avoir été donnés ou en- " levés, seront rendus dans le plus court délai possible ; il en sera « de même des prisonniers faits antérieurement au traité du 50 « mai 18li et qui n'auront pas encore été restitués.
«« Art. i i . Le traité de Paris du 30 mai 1814, ainsi que l'acte V final du congres de Vienne du 9 juin suivant, sont confirmés et « maintenus dans toutes o'iles de leurs dispositions qui n'auraient « pas été modifiées par les clauses du présent traité.
• Art. 12. Le présent traité, avec les conventions qui y sont « jointes, sera ratifié en un seul acte, 'et les ratifications en seront
« échangées dans le terme de deux mois, ou plus tôt, si faire se If peut.
« En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs l'ont signé et y c< ont apposé le cachet de leurs armes.
« Fait à Paris, le 20 novembre, Tan de grâce 181 S. i< Signé : Richelieu, Metternich, Razumowsky, Capo-d'Istria,
« Castlereagh, Hardenberg, Humboldt, Wellington, Wessem-
« berg. »
Article séparé et stipulé avec la Russie seulement.
« Sa Majesté Très-Chrétienne reconnaît, h l'égard de Sa Majesté « l'empereur de Russie, en sa qualité de roi de Pologne, la nullité « de la convention de Rayonne ; bien entendu que cette disposi- « tion ne pourra recevoir d'application que conformément aux « principes établis dans les conventions désignées dans l'art. 9 du « traité de ce joifr.
« Le présent article séparé aura la même force et valeur que s'il «' était inséré mot à mot au traité de ce jour. Il sera ratifié, et les « ratifications en seront échangées en même temps.
« En foi de quoi, les plénipotentiaires ont signé. »
Ainsi, non-seulement la France perdait toutes les conquêtes de la République et de l'Empire, mais son ancien territoire était entamé j car Landau et le territoire adjacent nous étaient enlevés et les fortifications d'Huningue étaient détruites, sept cents millions de contribution de guerre à payer, une armée de cent cinquante mille hommes occupant, aux frais de la France, pendant cinq ans, une partie de ses places fortes, une ligne de forteresses élevées contre elle en Belgique, et les têtes de colonnes des puissances étrangères pouvant en quelques jours de marche, et après une seule bataille gagnée, arriver à Paris : voilà la situation que les traités de 1815 faisaient à la France. Les coalisés prenaient contre elle non-seulement une position de défensive, mais une position d'offensive.
Chacune des puissances coalisées se mesura la part à sa convenance ; l'Autriche s'attribua l'Italie tout entière, Milan et la Lombardic à titre de sujets , Rome et Naples à titre de protégées. L'Angleterre recouvra le Hanovre agrandi, s'empara des ilcs Ioniennes dans la mer Méditerranée, où elle avait Gibraltar et Malte, sans compter les possessions hollandaises qu'elle conserva, et toutes les îles qu'elle ramassa sur l'Océan. La Prusse s'étendit dans les provinces rhénanes , et, en s'établissant à Mayence, devint notre voisine, tandis que d'un autre côté elle s'arrondissait aux dépens de la Saxe. La Russie eut dans la Pologne un royaume comme avant-garde d'un empire.
Ce traité est le plus odieux de tous les traités funestes dont nos annales offrent la nomenclature, depuis celui deBrétigny,cn 13C0.
La révolution nous a ôté Landau, Sarrelouis, et elle a détruit les remparts d'Huningue.
Louis XIV avait réuni au vieux territoire français l'Alsace , la Franche-Comté, la Flandre française, Metz, Toul, Verdun, l'Artois même et le Roussillon, dont la conquête, à la mort de Louis XHI,^ était encore imparfaite. Louis XIV avait placé son petit-fils sur le trône d'Espagne, et Louis XV se fit céder la Lorraine et acheta la Corse; mais là s'arrête le progrès et commence le déclin. Voici quelle était, au milieu du dernier siècle, la fortune territoriale de la France.
Elle avait, en Europe, le territoire de Louis 'XV tout entier, plus la Lorraine, dont la réunion venait d'être réglée en 1735, et Minorqne reprise en 17i5.
En Amérique, le Canada, l'Acadic, la Louisiane, tout le cours, du Mississij)i et de l'Ohio, ainsi que les terres fertiles qui les bordent; les trois quarts, en un mot, de l'Amérique du Nord, dont le littoral appartenait à l'Angleterre, presque toutes les Antilles, et spécialement Saint-Domingue et Cayenne.
En Afrique, le Sénégal, Gorée, Madagascar, les îles Mascareigncs, au nombre desquelles Tile de France.
En Asie, les deux côtes de l'Inde depuis le cap Comorin jusqu'à Surate et au Gange.
Elle avait en outre, entre sa frontière et le Rhin, des États ecclésiastiques qui , pour la plupart , ne pouvaient se défendre contre elle.
Aujourd'hui la France a perdu l'Amérique, du Canada à la Louisiane, et par conséquent toute position dans les golfes Saint- Laurent et du Mexique; la plupart des Antilles, notamment Saint-Domingue ; Gorée , Madagascar et Tile de France , toute l'Inde à l'exception de deux comptoirs insignifiants ; Minorque enfin, et quatre places fortes construites par Louis XIV i)0ur garder la frontière. Au lieu d'États petits et faibles, elle a pour proches voisins, à l'est, la Prusse et des Etats moins redoutables par euxmêmes , mais qui , enlacés dans la Confédération germanique , y trouvent une grande force.
On n'en peut douter : malgré l'Algérie, la France, comme puissance territoriale , est aujourd'hui beaucoup moins forte qu'au milieu du dernier siècle. Mais la force d'un Étal n'est pas quelque chose d'absolu. Voyons donc, pour arriver à une juste apprécialion, quelle était, au milieu du dernier siècle, la situation des autres grandes puissances européennes , et ce qu'elle est aujourd'hui.
Depuis le milieu du dernier siècle, l'Autriche a perdu les Pays- Bas autrichiens, possession lointaine et précaire. Elle a gagné la Gallicie, Salzbourg, une portion du Tyrol , Milan , Venise, l'État vénitien, l'Istrie, la Dalmatie, Raguse, la Valteline, un pied dans l'État du saint-père, plusieurs îles de l'Adriatique, c'c^t-h-dire dix fois plus qu'elle n'a perdu.
La Prusse a gagné le grand-duché de Posen , la Poméranie suédoise, le grand-duché du Rhin , une partie notable de la Saxe., de la Westphalie et de la Franconie.
L'Angleterre a perdu sa colonie du sud de l'Amérique ; elle a gagné, en Europe, Malte, Héligoland, Gibraltar, les îles Ioniennes j
en Amérique, TAcadie, le Canada et tout le continent septentrional, les Lucaycs, les Bermudcs, presque toutes les Antilles, une partie de la Guyane, les Malouincs et quelques autres îles encore; en Afrique , Balhurst, Sierra-Leone , plusieurs établissements sur la côte de Guinée, l'importante colonie du Cap, Tlle de France, Rodrigue, les Séchclles, Socolora , les îles Loss, TAscension, Sainte-Hélène, et bientôt peut-être l'emboucbure du Niger par Fernando-Po et Annobon ; en Asie, Aden, Ceylan, un empire de plus de cent millions d'habitants, qui s'étend tous les jours , les îles Séincapour, une portion du Malacca et de Sumatra ; une première position en Chine; dans l'Océanie , enfin, la plus grande partie de l'Australie, la Tasmanie, les îles Norfolk, la Nouvelle- Calédonie, la Nouvelle-Zélande, les îles Sandwich, Tai'ti.
La Russie, qui n'a rien perdu, a gagné sur la Suède, la Finlande, Abo,\Viburg,rEslhonic,laLivonie, Riga, Revel,U!ie partie de la Laponie ; sur l'Allemagne, la Courlandc, la Samogitie, sur la Pologne, la Lithuanie, la Wolhynie, une partie de la petite Tartarie , la Crimée, la Bessarabie, le littoral de la mer Noire et l'embouchure du Danube; sur la Perse, la Géorgie, la Circassie, leSchirwan ; enfin, les deux extrémités de l'Asie et de l'Amérique, au point où elles se touchent, et les îles qui en sont voisines.
Que rcslc-t-il de ces traités? tout ce qui a été écrit contre la France !
Tout ce qui pouvait incommoder, froisser, blesser Fétranger, en a disparu.
Examinons rapidement :
Les traités spoliateurs que nous venons de rappeler, avaient constitue le ro^aimie des Pays-Bas. Qu'est de>enu ce royaume depuis 4850? La Belgique s'est violemment séparée delà Hollande; elle a été constituée en royaume. Est-ce au profil de la France? Non! mais au profit de l'Angleterre et contre la France : c'est un prince anglais qui règne à
Bruxelles ^. Et la Belgique anglaise a été constituée en 1859 par le traité des 24 articles. Je dis anglaise, parce qu'aujourd'hui elle devient par son système militaire, par sa récente introduction dans le concert européen, par le mariage du duc de Brabant avec une princesse autrichienne , une avant-garde contre la France au lieu d'un boulevard.
Les traités ont donc été violés en ce qui concerne le royaume des Pays-Bas.
Les mêmes traités consacraient VEtat libre de Cracovie. C'est au sujet de la neutralité de Cracovie qu'un publiciste illustre a dit : « Les Polonais se réjouissaient d'avoir conservé, comme une sorte de relique, le lieu le plus vénéré, le souvenir le plus illustre de leur histoire. C'était dans la cathédrale de Cracovie que les rois de Pologne étaient couronnés; c'était aussi là qu'ils avaient leur sépulture. Le premier usage que les Polonais firent de la possession libre de ce lieu fut d'élever des monuments à Kosciuszko et PoniatOAVski, dans le même caveau où reposait Sobieski. Ainsi s'élevait un nouveau culte à côté de l'ancien... )» Eh bien, en 1846, l'Etat de Cracovie a été supprimé et son incorporation à l'empire d'Autriche exécutée, au mépris des traités qui continuent de peser si lourdement sur nous.
Combien d'autres infractions encore ne pourrions-nous pas citer, au sujet du Portugal , de l'Espagne , de la Pologne et de l'Italie! Nous avons donc pu dire, avec raison, dans un de nos précédents ouvrages, que ces traités n'existent
1 Loin de moi la pensée de vouloir offenser la royauté belge sous un rapport personnel. Je sais tout ce que le caractère de Léopold F' renferme de bon , de libéral et de généreux. Je ne veux atteindre, on le comprend , que la politique qui a précédé son installation. Je serais d'ailleurs coupable d'une honteuse ingratitude envers celui qui laisse à une âme honnête toute sa liberté. — Personne donc ne s'y méprendra.
plus pour l'Europe depuis longtemps. La Russie ne nous en donne-t-elle pas encore un éclatant exemple dans la conduite qu'elle tient actuellement au sujet de TOrient?...
Ces traités , nous le répétons , n'existent donc que contre la France, et la France a le droit d'en demander la révision.
« Quand on invoque des traités, » dit M. de Ficquelmont dans son dernier ouvrage sur l'Angleterre et le continent (t. II, p. 488 et 489) , u ce n'est pas de la lettre morte de u ces traités qu'il faut partir. Et ne sont-ils pas devenus «t lettre morte quand les principes qui les avaient dictés u ont fait place à d'autres principes?... »
Eh bien ! si ces traités sont lettre morte pour l'étranger, pourquoi ne seraient-ils pas lettre morte pour la France? La France n'occupe ni la Belgique, ni la Hollande, ni l'Espagne, ni l'Italie; elle n'inquiète ni la Prusse, ni l'Autriche, ni la Russie. Ses armées n'imposent à aucun peuple le joug de leurs armes. L'Europe est tranquille du côté des invasions et des perturbations qu'elles enfantent. Apres trente-huit ans de statu quo, les traités de 4815 sont devenus sans cause, c'est-à-dire lettre morte, Govainn le dit M. de Ficquelmont, au sujet de l'incorporation de Cracovie à l'Autriche, au mépris de ces traités.
Que l'Europe ne s'y méprenne pas : l'action de 4845 est pleine de sa réaction. Ce que la force a imposé, la justice doit le détruire. Ce n'est point par des luttes, par des invasions armées sur le continent; ce n'est point en tuant, en brûlant que nous conseillons de le faire, parce qu'on peut et qu'on doit autrement, au sein de l'Europe continentale , atteindre ce but.
L'Europe continentale veut la paix; elle ne la conservera qu'à ce prix.
Les traités de 1815 sont jugés-, ils ont été faits contre un homme , parce que c'est contre cet homme que l'Europe s'était armée. Les coalisés Font déclaré , «i ce n est pas contre la France! » Sans accepter en entier cette déclaration, démentie par des faits de spoliation inouïs, il en reste un côté politique et historique vrai : c'est la croisade de l'Europe contre l'ambition de Napoléon. Cette ambition est morte ; les traités qui l'ont vaincue sont morts avec elle. La France châtiée a plus que subi sa peine; elle Ta cruellement subie... Lui imposer un joug éternel, c'est réveiller en elle de justes passions qui finiraient par éclater avec le bruit du tonnerre... L'Europe continentale voudra éviter cet éclat; tout nous en répond. Si l'Angleterre y mettait obstacle, elle se rappellera non-seulement ce qu'un publiciste lui disait, il y a quelques mois : « L'Angleterre ne peut « plus soutenir seule une guerre continentale contre la « France; le temps des batailles de Crécy et d'Azincourt est « passé , » mais encore qu'elle doit plus craindre aujourd'hui pour Londres, malgré ses 600 vaisseaux de guerre et ses côtes armées, que la France pour Paris.