‹ Les alliances de la FranceChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OPl^lO>' DKA PUBLICIMTBS KT DE LA PRESAK UVtt I.E«I TRAITES DE ISlft.

Lorsque j'ai parlé, pour la première fois, en janvier dernier, des traités de 1815 et de la puissance qui avait créé les principales causes qui les avaient produits, lorsque j'ai réclamé, avec un sentiment tout français, la révision de ces traités et, au besoin, leur destruction par les armes en marchant contre la seule puissance qui a un intérêt sérieux à les maintenir, j'ai rencontré , dans la presse de la capitale, une opposition universelle.

Cette presse a-t-ellc, sous un rapport quelconque, réfuté, amoindri les griefs historiques que j'ai mis en avant? M'a-t-elle rencontré, dans la moindre de mes citations, en flagrant délit d'imposture? Ai-je cité un acte politique, un fait économique qui ne fût pas environné de toutes ses conditions de vérité ? Je défie qu'on le prouve !

Le journal la Presse a traité mes Lettres Franques de pamphlet ! Le reproche est commode ; mais il ne prouve rien. Cela ressemble beaucoup au Tison d'^enfer de Pascal... Et puis M. Emile de Girardin est membre du congrès de la paix, et je parlais éventuellement de guerre : cela devait

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peu convenir à ses vues pacifiques... Qu'il reste dans ses illusions!...

L'Union, par la plume d'un sieur de llianceij, n'a eu que de plates injures à mon adresse. Ce n'est pas ma faute si certaines gens n'ont rien oublié parce qu'ils n'ont rien appris. C'est moins ma faute encore si la question que j'ai traitée n'est pas à la taille d'un Riancey...

Je ne parle pas du Constitutionnel, qui s'est servi de mon livre pour apprendre au public qu'il avait quarante mille ^ abonnés! ! !... Je lui ai répondu : je ne vais pas au delà.

Tout le menu fretin des journaux de Paris, dans lequel je ne dois point oublier /a Mode, qui a eu la charilablc pensée de dire au public que j'étais d'accord avec le pouvoir^ a fait chorus avec la grande presse : c'était naturel. Les loups tuent et les chacals dévorent. . .

Le Journal des Débats a gardé le silence; si ce n'est pas du patriotisme, c'est au moins de la pudeur...

L'Assemblée nationale, mi-partie guizotine, orléaniste et burgrave , a cherché à me traiter de haut en se plaçant à Ventre-sol légitimiste... Elle n'a pas remarqué que j'avais le talon sur sa tête et que ses paroles tombaietit, mais ne montaient pas...

Est-ce donc là le sentiment de la France ?... Je ne crains pas de dire que la presse ne l'a point traduit.

Parmi les feuilles publiques qui m'ont blâmé, il en est une, je l'avoue, dont l'opinion m'a causé la plus vive peine : je veux parler de la Gazette de France. Je lui aurais volontiers pardonné son premier article, même son second; mais

1 Le Constitutionnel s'est flatté... Le procès Mirés et Yéron a singulièrement modifié ce nombre. N'importe : je suis satisfait d'avoir pu rendre ce petit service au Constitutionnel.

je n'ai plus compris le troisième. Et le quatrième, sorti à l'occasion du Courrier du Gard, a été pour moi une véritable énigme. Cette feuille que j'ai admirée dans Gcnoude, que je n'avais pas cessé d'estimer dans son honorable successeur, me fusillait..., et, avec moi, la plus haute pensée politique du chef, du maître auquel je dois la lumière qui m'a attaché aux principes que je soutiens et que je défendrai jusqu'à ma dernière heure...

Dans cette polémique, la Gazette de France a articulé que mon opinion était isolée; que, elle, Gazette de Finance, elle protestait au nom des légitimistes; que je ne l'avais pas consultée... Le tout avait été précédé de cette citation évangélique : « qu'il valait mieux la conversion du pécheur « que sa mort,» à propos de mes sentiments belliqueux contre l'Angleterre.

Sans vouloir engager de lutte avec la Gazette de France, dont je n'ai pas cessé d'estimer le talent, je lui dirai, à mon tour (car je serais coupable de me taire), que c'est à tort qu'elle s'est arrogé le droit de parler au nom des légitimistes et de leur supposer son sentiment personnel, parce que la question, réduite à des sympathies, à des adhésions, laisse au contraire la Gazette de France dans un déplorable isolement!... Cela doit être : car sur le terrain qu'elle s'est choisi, elle déserte la ligncdu maître, la ligne de l'immortel Genoude où se rencontrent non-seulement le vœu, Tintérêt, mais l'honneur et la dignité de la France!

Je 71 ai pas consulté... Je comprends la discipline dans une action, je ne la comprends pas dans une idée. Pour être légitimiste, je n'ai consulté que ma conscience. Pour détester les Anglais, je n'ai consulté que l'honneur de mon pays. Le patriotisme n'a pas de tuteur! Quand je prie,

je ne consulte personne, j'obéis à mon devoir de chrétien. — Quand je demande la délivrance de la France des liens honteux qu'elle porte depuis trente-huit ans, je ne consulte pas davantage ; j'obéis à mon devoir de royaliste...

« Mieux vaut la conversion du pécheur que sa mort. » Eh ! sans doute. Qui songe donc à tuer les pécheurs ?... S'il fallait les fusiller tous, le soleil n'éclairerait plus rien. Cette pensée n'a donc aucune signification en la transportant du domaine religieux dans le domaine politique. Les Anglais sont plus que des pécheurs pour nous ; ils sont des ennemis, et des ennemis que nous ne convertirons jamais avec des paroles chrétiennes; des ennemis que nous ne soumettrons qu'avec le canon... Cette pensée chrétienne peut servir d'enseigne au congrès de la paix et satisfaire ceux qui aiment les prédications dans le désert; mais, à coup sûr, elle ne sera jamais regardée comme sérieuse par un homme politique.

Si quelque chose m'étonne dans tout ceci, c'est que la Gazette de France, qui a été si éloquente dans sa polémique intitulée «i la Révolution c'est VOrléanisme, i> qui ne l'a pas moins été dans cette autre thèse ayant pour épigraphe «t les « Anglais de l'intérieur, » où elle fustige si bien tout ce qui, de près ou de loin, a fait les traités et la charte de 4815, fasse volte-face à mon endroit et se fasse anglaise, par esprit de charité sans doute, pour détruire TefTet de mes anathèmes contre l'Angleterre... L'avenir nous apprendra le secret de ce travail pénélopéen.

Quoi qu'il en soit, et sans nous arrêter plus longtemps à de tristes divisions de famille, qui ne me laissent aucuns regrets dans leurs causes, quoiqu'elles m'affligent dans leurs effets , je me hâte de chercher des consolations dans

un passé moins nébuleux, dans un passé qui ne rappelle que grandeur et palriotisnie et qui, dans la question qui nous occupe, nous offre pour nous venger de M. de Lourdoueix l'honorable M. de Lourdoueix lui-même. Voici ce que ce publiciste a écrit, en 1854, dans son livre intitulé «c De la Restauration de la. société française (pages 557 à 560) : u La nationalité des peuples a été sacrifiée dans le traité de Westphalie par les idées constituantes des princes prolestants, et, dans le congrès de Vienne (en 1815), par les idées constituantes des diplomates de la révolution. Ce sont ces idées constituantes, appliquées à la société européenne, qui ont produit ces démembrements de nations, ces lots composés d'àmes humaines attribués h des souverains, dans de vaines combinaisons d'équilibre, sans aucun égard pour les habitudes, les mœurs, les intérêts et les affections des peuples.

«i Ces arrangements sont maintenus par la politique machiavélique de l'Angleterre, qui, pour conserver sa domination sur le continent, entretient parmi les nations des causes de division et de trouble; c'est elle qui s'oppose à ce que l'empire Ottoman soit reporté en Asie % afin que les monarchies militaires, ne pouvant s'étendre en Orient, pèsent sur l'Europe occidentale et particulièrement sur la France, et soient, par raj)port à nous , dans une situation violente et armée (jui donne lieu à des collisions, dans lesquelles l'Angleterre intervient selon ses intérêts et ses convenances.

»i Celte constitution artificielle do, l'Europe est la cause véritable dumaldisc de Imm ]('k iwiiplrs, cl favori o' le »v'ro-

' .M. tli; Loiii'iliiiHi V \iinc, «n ce imMurni, dans s;i pciiscc : <;ir ii irotne mauvais aujourd'hui, à IVcasion des affaires dOrienI, que TEurope refoule l'islamisme en Asie.

hition en compliquant partout l'intérêt de nationalité avec l'esprit de révolte et d'anarchie.

«i Mais cet édifice des traités de Vienne semble aujourd'hui menacé d'une destruction imminente; et vainement l'architecte qui Ta construit (Metternich, sans doute) travaille depuis trois ans à réparer les accidents qui se manifestent dans son ouvrage.

«( La Belgique, dégagée violemment de son union forcée avec la Hollande, n'a pu, malgré cent protocoles, être constituée dans un état d'indépendance. L'Allemagne méridionale n'est maintenue dans le statu quo que par la force militaire de la Prusse; l'Italie n'est contenue que par les années de l'Autriche : partout la liberté des peuples est suspendue; et le vieil empire Turc n'a conservé qu'une existence nominale absorbée dans la protection de la Russie ; enfin l'Angleterre elle-même, atteinte dans sa constitution arbitraire par les maximes de justice que la tribune et la presse françaises ont proclamées et développées depuis la paix de 1814, est menacée d'une révolution qui aura (Dieu le veuille!) pour effet prochain et inévitable la chute de ce vaste empire britannique, dont la base artificielle ne saurait résister aux premières commotions

<t L'équilibre européen n'est donc plus aujourd'hui qu'une fiction qu'on ne peut conserver que par des moyens provisoires, et qui cache des réalités inconnues que le moindre choc peut découvrir. On ne touche à rien, dans la crainte d'un travail général qui, en effet, est impossible dans la situation équivoque et transitoire où la révolution a conduit la France,

«( Tandis que tout à l'intérieur semble se préparer pour une révision des traités de 1815, le principe territorial ré-

vèle chez nous toute sa puissance dans les efforts opposés des

deux partis qui se disputent Tavenir de la société; c'est

lui qui porte les royalistes à demander une allîancejle l'Europe continentale contre r Angleterre pour trouver dans le Hanovre et dans la Turquie des compensations et des indemnités qui permettent à la France de recouvrer ses frontières naturelles. 3»

Ce langage a de l'étendue, de la profpndcur; il est aussi saisissant que magnifique. C'est la plus belle consultation qu'on ait faite près du lit d'un malade ; mais on nindique le remède qu'en hésitant, dans ces paroles : « Le principe ter- <t ritorial porte les royalistes à demander une alliance de i^ l'Europe continentale contre rAngleterre... » Qu'est-ce que cette alliance? Une coalition. Que ferait une coalition ? La guerre. M. de Lourdoueix est-il pour cette coalition? Cela doit être, puisqu'il est royaliste ; donc il veut la guerre. Il est inutile de se cacher derrière son doigt. M. de Lourdoueix veut la coalition de l'Europe continentale contre l'Angleterre et, par là, une guerre dix fois plus désastreuse que celle que je réclame. Pourquoi donc parlc-t-il de conversion de pécheur? La conversion par la coalition serait nu peu forcée

Quant à moi, je ne vois pas aussi loin que M. de Lourdoueix. Je dis que des alliances sont nécessaires, mais qu'une coalition est inutile. Une coalition de toute l'Europe était nécessaire contre la France, parce qu'on savait, par expérience, que le génie belliqueux de notre pays aurait dévoré, quelle qu'elle eût été, la puissance qui se serrait seule aventurée contre nous. Mais, je le répèle, une coalition contre l'Angleterre est devenue inutile. Lu toute-|)uissance de l'Angleterre n'est plus qu'un préjugé; l'Angleterre sera

vaincue par la France seule, quand la France le voudra, et lorsque le concert européen ne s'opposera pas à la leçon qu'elle doit recevoir pour le bonheur du peuple anglais, pour notre indépendance et pour la liberté du monde.

Si M. de Lourdoueix, dans son admirable ouvrage sur la Bestauraiion de la société française, pense comme nous, nous ne sommes pas les seuls. Il n'y a pas, en France, un publiciste qui ait tenu sur les traités qui nous occupent un autre langage. Tous, d'une voix unanime, ont maudit ces traités et en ont demandé la destruction.

Ces traités, en France, n'ont eu que deux hommes chargés de l'opprobre de leur solidarité et de leur soutien, Talleyrand qui les a signés, et Louis-Philippe qui les a vénérés!. Que la fange des gémonies leur soit peu légère!... Les mépris de trente-six millions de Français les suivront dans les âges les plus reculés

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