‹ Les Allures cliniques de la Syphilis et les formes de paralysie générale consécutiveChapitre 12 sur 152 · Revue neurologique, juillet 1916, p · texte numérisé non relu

Revue neurologique, juillet 1916, p

gique, chose que nous ne pouvons pas faire par manque d'autorité en la matière, nous retiendrons donc que c’est

bien le tréponème pâle qui fait la paralysie générale, non

point seul comme le voudraient les uns, ni par le seul rôle

de la nature du terrain comme d’autres le prétendent ;

mais par modification de son biochimisme, pour des

causes qui encore nous échappent, quand il pénètre dans. un organisme humain. Le bacille frappe alors directement

et précocement le système nerveux central, où parce qu’il est apte à cela, étant le Bacillus paralyticans de Robertson,

ou le neurotrope de A. Marie et Levaditi, ou aussi, et

surtout croyons-nous, grâce à des affinités biochimiques

électives, à des sympathies humorales et cytologiques qui

créent en lui ce caractère spécial de neurotropisme le fai-

sant non seulement évoluer d’une façon différente, mais

changer son évolution même et ses manifestations. Cette

idée que le spirochète prend,à son entrée dans l'organisme,

telle direction de fixation plutôt que telle autre, n’est point

de nature à nous surprendre. Tout est élection chez l'être

vivant ; et la vie n’est que l'expression délicate et mysté-

rieuse de cette élection et de ces tropismes variés. La phar-

macologie ne repose-t-elle pas entière sur ces affinités de

certains médicaments pour certains organes ? On peut, légitimement penserque, dans des conditions semblables,

bacilles et médicaments introduits dans l'organisme s’y

comportent de même.

Nous avons montré, dans une communication à l’Aca-

démie des Fisiocritici de Sienne en 1913 (1), quelle est l’influence des substances nervines sur l’accroissement des nerfs in vitro. C’est là encore un phénomène d’électivité, de tropisme. Nous pensons donc que le cerveau, ayant fixé d’abord le poison syphilitique, se met, dans un premier temps, par une influence cyto-biochimique, à adapter à son miliéu le tréponème, en se défendant de lui par son immunité naturelle. Dans ce premier temps, le bacille perd ses qualités natives et acquiert celles que le cerveau lui imprime en le modifiant sans lui ôter sa parenté originelle. Ainsi changé par les conditions du terrain, il accomplit son cycle biologique différemment du véritable agent .de la syphilis ordinaire, et ses manifestations morbides sont autres. Nous appellerons,pour faire plus vite, #euroiréponème ce bacille syphilitique ainsi fixé électivement sur le système nerveux.

Quelles que soient donc les forces mises en jeu pour le passage du tréponème pâle en neurotréponème, nous ne faisons que les constater ; l’agent de la syphilis change sa nature, son évolution, ses manifestations morbides par l'influence de la substance nerveuse sur laquelle il s’est fixé, et acquiert la puissance spéciale de produire la para- | Iysie générale.

Que ce neurotréponème soit appelé bénin parce qu'il ne

. L.-R. Sanguineti, Influenza delle sostange nervine su l'accres- EE dei nervi « in vitro » (Extrait de la ie di Patologta mentale del Tanzi., anno XIX, fasc. 5, 1914). HRAENL

donne pas, ou presque pas, de manifestations externes, ou malin en considération des désordres nerveux internes plus graves que les accidents syphilitiques extérieurs, il importe peu ; c'est là une question de mot, et nous ferions œuvre stérile en nous attardant à discuter sur ce mot. Il suffit d'admettre, pour s'entendre, qu'il y a un agent spécial, bénin ou grave, où précocement fixé, ou nèurotrope, -qui appartient au groupe du tréponème pâle, mais qui n'est pas le même que celui de la syphilis banale qui, dans la grande majorité des cas, produit la paralysie générale.

Dès 1882, Landouzy avait observé que la gravité du mal était en raison inverse des manifestations externes, lorsque présentant un jeune homme de dix-neuf ans, alcoolique, et atteint de syphilis maligne précoce sans adénopathies, il montrait le rôle défensif et afféenualeur en lui des ganglions. Sa conclusion était textuellement celle-ci : « L'absence d'adénopathie est donc un indice de syphilis grave. De semblables faits confirmatifs ont été cités depuis (1). »

Nous suivons donc la pensée de plusieurs auteurs et non des moindres, en affirmant que la syphilis nerveuse, avec son caractère de ne produire pas de manifestations externes dans la paralysie générale, est une syphilis différente, par l'évolution biologique que détermine le terrain, de la syphilis banale.

1. Landouzy, Quatre leçons des cliniques de la Charité (Société de Dermatologie, 7 juillet 1808, p. 338). ,

Mais on peut aussi, avons-nous dit, assister, bien que les cas soient rares, à une méningo-encéphalite chronique greffée sur une syphilis bien fleurie et riche en accidents extérieurs. Ce n’est alors qu’une longue évolution, unique en sa nature, due au véritable spirochète qui n’a subi aucune modification morphologique, biologique ou biochi- ‘ mique, et qui donne à la fois toutes les manifestations externes, secondaires et tertiaires, et au dedans les lésions

caractéristiques de la syphilis viscérale.

Il était nécessaire, pour un travail comme le nôtre, basé en partie sur l'allure de la syphilis dans la maladie de

Bayle, d'exposer amplement la conception de la syphilis

bénigne ou légère, et de considérer la marche variable de ‘Tinfection syphilitique. Notre attention s’est donc arrêtée

d’abord sur l'allure de la syphilis dans la paralysie générale. Pour tout résumer, disons que dans la majorité des cas l’in-

Jection syphilitique se passe à l’état latent, sans signes secon-

daires on tertiaires à un pres, et donne lieu, avec l'aide de la. nature du terrain dans lequel la graine est tombée, à la neu-

ropsychose, et que dans des cas plus rares, c'est la syphilis à

marche normale, la forme bien fleurie, grave par lous ses

symptômes extérieurs, qui donne lieu elle aussi à la paralysie générale.

Hougberg a noté ces deux allures de la syphilis dans la maladie qui nous occupe. Sa statistique montre comment d'ordinaire ce sont des manifestations syphili-

tiques légères qui précédent la paralysie, quoique dans

certaines formes on ait vu aussi des symptômes tertiaires

irès Sérieux.

Notre but

C'est la considération de tout ce que nous venons de voir qui nous à montré combien il était intéressant d’étu- , dier s’il existe des rapports, et lesquels, entre l’allure de la” syphilis et la paralysie générale consécutive ; rapports qui n’ont pas été encore étudiés ni mis en lumière et qui peuvent fournir quelques données utiles à la connaissance intime des formes cliniques de Ja maladie de Bayle et à sa thérapeutique toujours si incertaine.

Nous nous sommes proposé comme but de notre travail ®

la réponse aux questions suivantes :

1° L’allure d’une syphilis exerce-t-elle ou non une influence directe sur la paralysie générale consécutive ? En d’autres termes, y a-t-il une relation de dépendance entre

la forme clinique de la syphilis et l’évolution paralytique ?

2° Étant admis que la syphilis rencontrée à l'origine de la paralysie générale a deux allures évolutives différentes : la forme neurotrope ou la forme banale, la paralysie qui vient

ensuite a-t-elle toujours la même physionomie clinique ?

3° Si ce n'est pas, est-ce que la syphilis neurotrope et la syphilis « bien fleurie» produiraient chacune une paralysie

générale à allure clinique spéciale ; de telle façon qu'il pourrait être vrai de dire qu'il y ait comme conséquence des deux allures syphilitiques deux paralysies générales distinctes et consécutives ?

4° Les symptômes variés et assez confus qui marquent les débuts et la marche d’une paralysie générale doivent-ils demeurer inexpliqués ou se voir attribués aux influences de nature du terrain dont on a abusé ; ou ne vaut-il pas mieux les rattacher surtout à la nature et à l’évolution spé-

ciale de l'infection syphilitique?

5° Le traitement rationnel de la paralysie générale peut-il bénéficier de quelque donnée nouvelle sur ces questions ?

6° Enfin l’état de santé de la femme et des enfants d’un paralytique général et le pronostic à leur sujet sont-ils ou non en rapport avec l'allure spéciale de la syphilis du début ?

C’est pour répondre à ces questions, que nous nous sommes appliqué à l’étude de ce qui constitue à la fois un curieux problème scientifique et une source possible de données pratiques pour l'interprétation et la thérapeutique de la paralysie générale. Et au sujet de la pathogénie de cette infection, comme nous avons vu qu’elle est produite dans la grande majorité des cas par un micro-organisme qui diffère du véritable spirochète par l’évolution spéciale que

la substance nerveuse lui imprime, et dans quelques cas plus rares par le spirochète banal avec l'ensemble des symptômes extérieurs communs, nous avons voulu demander à l'anatomie pathologique de plusieurs cas de paralytiques autopsiés, si au dedans de l'organisme les deux façons de se comporter du spirochète donnent quelques lésions parti-

culières à chacune des deux formes.

Plan de nos recherches

Pour aboutir à des résultats aussi sûrs que possible et reposant sur des faits objectivement exacts, nous avons

adopté dans nos recherches l'ordre suivant:

1° Recherches cliniques et biochimiques sur le malade ;

2° Recherches cliniques et biochimiques sur le conjoint

et la descendance ; 3° Recherches anatomo-pathologiques.

Nous avons utilisé les malades au début surtout de leur maladie, ou autant que possible à leurs premières manifestations. En effet, quand la période de gâtisme est atteinte, il ne reste plus guère de notes différentielles à déceler, de même que, dans toutes les maladies arrivées à

l'état cachectique, quelles qu’aient été leur étiologie et

leur évolution clinique, on ne discerne plus de différences dans le cortège confus de leurs symptômes devenus tous égaux et pareils. Les derniers actes des drames pathologiques les plus dissemblables, quelles. qu’aient été leurs différences, se confondent en une même catastrophé finale. Leonardo Bianchi (1) a écrit ces paroles très justes à ce sujet : « La distinction des groupes symptomatiques, bien justifiée dans le commencement de la maladie, n'est plus au contraire aussi manifeste à une période plus avancée du même mal. Cela ne signifie pas qu'il n'existe pour une maladie avancée de très grosses différences entre les différents cas, et plus encore, peut-être, que dans la période initiale ; mais vers la fin dela maladie il existe un tel mélange et si complet des symptômes décrits (de la paralysie générale) qu’on nè peut plus faire une distinction rationnelle des différences de physionomie que la maladie peut presenter. »

Dans les cas où le malade soumis à notre observation n’en était plus à ses symptômes de début, nous avons pu, en nous guidant sur les anamnestiques très précis et minutieux fournis par le conjoint ou les parents, rétablir l'allure que l'infection syphilitique avait eue entrele chancre et les premiers symptômes de la neuropsychose, et toutes les autres manifestations morbides de la période de début.

1. Leonardo Bianchi, 7railato di Psichiatria, 2° edizione, Napoli, Pasquale,

Notre examen clinique a été conduit de la manière sui-

vante : \

1e Observations sur les ascendants et les collatéraux du

malade, avec considérations sur l’hérédité nerveuse;

2° Observations sur l'enfance du malade et sur le développement de ses grandes fonctions nerveuses : première dent, premiers mots, premiers pas, convulsions, énurésie, etc., utilisant les données si fécondes en résultats que À. Collin a établies à ce sujet (1), et qui font autorité en la matière ; avec considérations sur l’évolution psychique, traduite par le caractère et l’humeur, les réactions ner-

veuses, les tendances instinctives, la scolarité.

3° Maladies de la première enfance (ainsi que celles des frères et sœurs, s’il y a lieu), et réactions de l'organisme à la puberté, et ensuite jusqu'aux premières manifestations de la paralysie générale.

4° Précision de l'époque de l'infection syphilitique ; son évolution et son traitement ; renseignements sur la période étendue entre l'infection et les premiers symptômes paralytiques.

5° Étude très minutieuse des premières manifestations psychiques et physiques de la neuropsychose, en tâchant

1. À. Collin, le Développement de l'enfant, Paris, Doin, 1914.

surtout d'établir clairement cette période initiale où les premiers symptômes passent inaperçus de l’entourage et qu'on ne peut saisir qu’avec le concours de témoins intel- . ligents, période préparalytique de Régis sur laquelle cet auteur a attiré depuis longtemps et avec justesse l’attention.

6Renseignements sur la santé du conjoint, ses grossesses et ses fausses couches s’il y a lieu, son passé génital, et surtout les conditions de la contagion syphilitique avec ses

manifestations possibles.

7° Examen de la descendance du malade, avec recherche chez l'enfant comme chez lui, du développement des grandes fonctions nerveuses, des maladies, de l’intelligence, du caractère, de la scolarité. Il suffit que l’un des parents soit intelligent et éclairé pour qu'on ait sur ce

point toutes les données nécessaires.

8&Enfin,exzmen psychique et physique actuel du malade. Pour l'examen du fond mental, au lieu de nous servir des mental tests qui, pour être trop absolus, ne donnent pas toujours la mesure exacte recherchée à cause du défaut, nous semble-t-il, de ne pas tenir compte des différences de capacité rationnelle que les malades révèlent en face de leurs propres erreurs, nous avons préféré la fable pour l'examen clinique du fond mental suggérée par notre regretté maître Gilbert Ballet, en l'unissant aux indications

Er PNR

fournies par Leonard Bianchi (1) et E. Tanzi-Lugaro (2) en leurs traités de psychiâtrie qui sont les meilleurs ouvrages complets parmi ceux non rédigés en monographies particulières.

Quant à l'examen physique, il a été conduit dans son ensemble de la façon habituelle.

Un examen biochimique a été ajouté, bien entendu, à ces recherches, par la réaction de Wassermann répétée pour chaque malade ainsi que pour son conjoint-et ses enfants.

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