‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 10 sur 58 · Le Calendrier du Père Duchesne. Paris, 1 791, in · texte numérisé non relu

Le Calendrier du Père Duchesne. Paris, 1 791, in

éligibles et volontaires bleus et d'une quantité

de f coquines de la capitale. Il dénonce les

infâmes calotins, les vendeurs d'argent, les cidevant nobles qu'il faudrait envoyer au pilori, aux galères, à la lanterne!...

Un autre almanach du Père Duchesne, ou le

Calendrier des Bons Citoyetis ', ouvrage b

patriotique, donne le récit de tous les grands événements de Tannée 1790, les détails de la Fédération et un recueil de pièces de vers, chansons, vaudevilles et couplets faits en Phonneur de la Révolution. La gravure de cet almanach représente le père Duchesne, assis sur un coffre où figurent un blason et une fleur de lis renversés, le bras appuyé sur un fourneau et contemplant gravement le globe de l'Univers. A côté de lui sont placés plusieurs fourneaux et un chat qui dort sur un escabeau. L'épître du Père Duchesne à ses lecteurs se termine de la sorte :

« Si l'ouvrage est mauvais, l'intention est bonne, Et je me f... de ce qu'on en dira. »

Ici les injures du Père Duchesne s'adressent surtout à Necker, qu'il appelle f.... gueux, tartuffe, prédicant de Genève, etc.

Le fougueux Père Duchesne nous amène, par

contraste, au doux Père Gérard. Ce personnage, qui prêta son nom au célèbre almanach de Collot d'Herbois, était un honnête cultivateur, appelé Michel Gérard, né à Saint-Martin de Rennes en 1737. Il fut choisi, en 1789, par les électeurs du canton de Pont-Saint-Martin pour les représenter aux Etats généraux, et il s'y rendit avec le costume des paysans bretons. C'était un brave homme, sans grande instruction, qui, ne connaissant ni détours ni intrigues, allait toujours droit à son but et donnait son opinion avec une franchise parfois brutale. Le Moniteur du 12 décembre 1789 signale ainsi ses débuts : « M. Gérard, député de Rennes, ce laboureur estimable, dont l'esprit naturel est généralement reconnu, a parlé pour la première fois, mais avec assurance et fermeté. Il a fait une motion pour la suppression des droits de bétail et la répartition de leur produit sur toute la province, sans distinction, par un autre impôt représentatif. La motion de M. Gérard a été applaudie et ajournée. « Ces applaudissements encouragèrent le Père Gérard à prendre part à plusieurs discussions. Le 22 juin 1790, il se laissa aller à demander la privation de tout traitement pour les députés absents, et le 4 novembre, voyant que l'Assemblée ne se décidait pas à voter la Constitution, il proposa tout simplement de

suspendre le payement des députés, à partir de Tannée suivante. Cette proposition fut applaudie et appuyée par le côté droit; mais, Chapelier et Lameth ayant fait observer que ce serait provoquer indirectement la dissolution de l'Assemblée, Tordre du jour eut la priorité. Le Père Gérard se permettait quelquefois de vives répliques. Ainsi, à Tun de ses collègues qui lui demandait un jour, en petit comité, ce qu'il pensait de son entourage parlementaire : « Je pense, répondit-il, qu'il y a beaucoup de coquins parmi nous. » Il reproduisait cette même pensée sous une forme plus adoucie dans une lettre à Tun de ses amis : « Que puis-je faire , écrivait-il , au milieu d'une foule d'avocats et de petits patriciens qui croient tout savoir, qui se regardent comme membres du Haut Tiers, quoique la majeure partie d'entre eux ne possèdent pas un pouce de terre sous le soleil, et qui ne peuvent que gagnera la subversion totale de la France?... »

C'est le nom de ce curieux personnage, dont il convenait d'esquisser préalablement la physionomie, que Collot d'Herbois prit pour titre de son almanach populaire. Le comédien ambitieux et remuant, qui devait jouer un si exécrable rôle dans la Révolution, commença sa fortune politique avec ce petit livre où il vantait alors les

avantages du régime constitutionnel '. La Société des Amis de la Constitution, siégeant aux Jacobins, avait proposé, le 20 septembre 1791, un prix de 2 5 louis pour le meilleur almanach patriotique. Quarante-deux ouvrages furent envoyés au concours. Les juges étaient Condorcet, Grégoire, Polverel, Clavière, Lanthenas et Dussaulx, Parmi les concurrents figurait un garçon cordonnier. « Et pourquoi non? disait le rapporteur Dussaulx; n'est-il pas homme et citoyen comme nous, ce garçon cordonnier? Si la loi Ta privé, pour quelque temps, d'une partie de son activité, ne lui a-t-elle pas ouvert une nouvelle carrière, où lui et ses enfants pourront quelque jour précéder les superbes rejetons de ceux qui nous ont si longtemps opprimés, si longtemps avilis? O le brave, ô le bon citoyen !... » Mais Collot d'Herbois n'avait rien à envier aux éloges décernés au garçon cordonnier. « Ce bon, ce digne et ingénieux citoyen, disait Dussaulx en parlant du comédien, vous l'aimez tous; vous chérissez son zèle, ses talents et son éloquence, son éloquence mâle et toujours prête à défendre les droits de ses semblables. Sa présence dans cette séance solennelle et sa modestie me défendent d'en dire davantage... Je

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