‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 12 sur 58 · in · texte numérisé non relu

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2. 1792, in-32. — On publia aussi, en 1792, un autre opuscule du même genre : les Veillées de la mère Gérard, mais il n'a pas grande importance.

mon homme et tant d'autres ont faite sans y comprendre une lettre ! Elle assure notre malheur et celui de nos enfants... » Après une parodie des divers conseils du Père Gérard, elle achève ses leçons de cette manière : « Si vous voulez, mes bonnes voisines, contribuer à ma félicité, venez me voir souvent. Nous parlerons de notre bon roi, de notre bonne reine; nous chanterons leurs louanges jusqu'au jour heureux qui, remettant chacun à sa place, ramènera pour toujours la prospérité et l'abondance. »

L'écrivain qui prend le nom de l'abbé Maury date son écrit de Coblentz et attaque tout d'abord Collot d'Herbois. « Une espèce d'auteur nommé Collot, dit-il, membre de la horde des soi-disant amis de la Constitution, lequel, — soit dit par parenthèse, — conserve inconstitutionnellement le surnom d'Herbois, s'est avisé de faire sur cette merveilleuse Constitution un prône assez plat, à l'usage des gens des campagnes. » Quant à lui, il explique immédiatement son but : « Je supposerai à la place du Père Gérard un homme sage, retiré dans la même campagne que ce vieillard, y vivant en solitaire et méritant par sa bienfaisance, autant que par ses lumières, l'admiration et rattachement des villageois. Comme il parle d'après les principes de l'abbé Maury, mon almanach porte

le nom de ce législateur éclairé. » Il ajoute qu'il n'a pas travaillé, comme Collot, pour gagner vingtcinq louis et faire annoncer ensuite dans les mille et un journaux, avec une jactance ridicule, qu'il a fait don de cet argent à des malheureux. « Le plaisir secret de démasquer un perfide et un ignorant présomptueux, ajoute-t-il, me suffit. » Le début montre bien qu'il a voulu faire de son almanach la contre-partie de celui du Père Gérard. « Oh ! la bonne Constitution que la Constitution française! s'écrie un citoyen. — Je n'en ai pas si bonne opinion, moi. Je prétends qu'elle causerait la ruine de la France, si elle subsistait. » Et phrase par phrase, mot par mot, il réfute les arguments de son adversaire en faveur de la Constitution et des Droits du citoyen.

Ce n'est pas assez d'attaquer la Constitution en se raillant de Talmanachde Collot d'Herbois; les rovalistes mettent à profit le mot de Beaumarchais : « En France tout finit par des chansons », et ils offrent tantôt au beau sexe, tantôt à messieurs les émigrés, sous forme d'almanach, la Constitution en vaudevilles', affirmant qu'on préférera celle qui fait rire à celle qui fait pleurer. Ce sont alors

i. La Constitution en vaudevilles, par Marchant (Paris, 1792, in-32), réimprimée par Jouaust en 1872 (Librairie des Bibliophiles).

force plaisanteries versifiées qu'on chante sur les airs : Vive le vin, vive V amour !.. . Triste raison, j'abjure ton empire... Un jour Colinetie au bois s en alla... Elles tournent en ridicule l'égalité par laquelle sensés ou nigauds, Français, Anglais, Hurons ou Suisses, ont les mêmes vices et les mèmespassions; la suppression descordons, quicependantservirontunjour, — on l'espère, — àpendre Gorsas et plusieurs autres démocrates. L'impossibilité à tout homme d'aller, de rester, de partir sans être soumis à mille interrogatoires, est assez finement dépeinte ; le peu de liberté accordée alors aux journaux se constate dans ce petit couplet :

On peut tout faire et tout dire, Tout imprimer, tout c'crire, Car nous l'avons décrété.

Mais de notre pétaudière Qu'un détracteur trop sévère Veuille nous jeter la pierre, Soudain il est arrêté.

Le serment civique, la souveraineté du peuple, l'inviolabilité des députés, tout est matière à railleries. C'est le règne de la folie. « Il faut rire, disent encore les auteurs de l'A Imanach des Folies nationales ', et cependant on n'a jamais si peu ri qu'à présent. Il est vrai que les circonstances ne

i . 1792, in-32.

sont pas riantes, mais qu'importe? Nous voulons rendre les Français à leur ancien caractère. » Leurs plaisanteries sont peu cruelles ; on en jugera par ce seul exemple : « On dit qu'à Beaune l'épouse du maire accoucha le même jour que son mari fut élevé à la mairie, et qu'un bel esprit beaunois rit, à ce sujet, le distique suivant :

«Notre choix l'a fait maire, et l'amour le fait père; Quel triomphe pour nous de le voir père et maire!... »

U1 Almanach historique et critique des députés ' est plus méchant que les précédents. Dans ses portraits de législateurs, nous prenons au hasard celui de Lacépède : « Excellent naturaliste. Il a fait une histoire des animaux. On prétend qu'il travaille à celle des membres de l'Assemblée. » Les Almanachs des Emigrants2, de l'Ami du roi 5 et des Lubies d'un aristocrate* rivalisent de satires contre les républicains et le nouveau régime. L'un présente l'image d'un hôtel en feu, pillé par Brissot et ses amis; l'autre adresse ainsi ses souhaits de départ à l'Assemblée :

Fichez-nous le camp, Plus de dix-huit francs!...

i. Coblenlz, 1792, in-12.

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