Paris, 1 793, in-iS
Qu'est-il arrivé? Ce n'est donc passa belle mort qui Tamène parmi les ombres?... La Rochefoucauld apprend au tribun qu'il vient d'être assassiné, coupé par morceaux. « Qui vous a égorgé ?... Quel est ce monstre-là? s'écrie Mirabeau. — Vous ! » répond le duc; et il lui montre, de l'autre côté du Styx, une foule innombrable de spectres qui appellent le funèbre batelier. Ce sont des princes et des princesses, ce sont Messieurs du clergé de France, ce sont des magistrats, des gens de lettres, des ministres, des administrateurs, des juges de paix, des intendants, qui d'une même voix crient, en désignant l'ancien tribun épouvanté : « Le monstre qui nous a égorgés, c'est toi , Mirabeau !... — Et ma gloire? demande tout à coup Mirabeau inquiet. Vient-on toujours au Panthéon jeter des couronnes sur ma tombe? — A l'heure où je vous parle, lui répond le duc, vos cendres vont être exhumées et jetées au vent comme celles d'un vil coquin !... » Et, désespoir! ce ne sont pas les aristocrates qui sont coupables d'un tel forfait, ce sont ses anciens amis et courtisans.
Après ce piquant dialogue apparaissent des prophéties attribuées à saint Césaire, où l'on annonce que les autels et les temples seront détruits, les pasteurs chassés de leur siège, l'Eglise dépouillée de ses biens temporels, mais que la fin de ces
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misères va venir, qu'un roi captif reprendra la couronne des lis et détruira les enfants de Brutus... A ces railleries et à ces prédictions, un écrivain jacobin, Salles, oppose Y Evangile des républicains ' ; et. s'adressant au peuple français : « Je t'annonce, dit-il, un Evangile nouveau, le seul qui convienne à l'homme libre, l'Évangile des républicains. Sa morale est douce, pure et bienfaisante comme la Nature, qui en est la source éternelle. Elle te trace tes devoirs, -t'assure tes droits, te garantit irrévocablement ta souverai neté. » La tirade connue sur la disparition du despotisme et de la superstition devant la raison et la philosophie revient comme une vulgaire rengaine. Cette douce morale, dont Salles se plaît à louer les charmes, peut se résumer en quelques mots : « Plus de rois, plus de prêtres, la liberté, l'égalité, la République une et indivisible ou la mort! Voilà ton Évangile et le mien. Salut!... » La gravure qui accompagne cet almanach est significative. Elle représente Hercule couronnant de lauriers la République qui tient à la main les tables de la loi et les Droits de l'homme. A ses pieds sont enchaînés les rois, les magistrats, les évêques et les hydres de la tyrannie. Çà et là sont
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épars des débris de mitres, de crosses et de sceptres. Un couplet en l'honneur de Marat et de Lepelletier nous éclairera davantage sur la douceur de rÉvangile annoncé par Salles. Il invoque les martyrs de la patrie, et se termine ainsi :
N'attendez point d'encens, de larmes
D'un peuple de républicains;
Vos honneurs sont dans vos destins,
Votre vengeance est dans nos armes.
Vengeance, citoyens, victimes trop de fois, Frappons nos assassins, les prêtres et les rois !... [bis).
Un certain Timoléon, prédicateur du même genre, offre des Etrennes aux sans-culottes1, en ayant soin de faire cette réflexion préalable : « Les hommes éclairés ne trouveront dans cet almanach rien de saillant, rien de neuf; ce n'est pas précisément pour eux que j'écris. » En effet, ce sont des entretiens très familiers, sur la politique etdivers autres sujets, entre Bastien, Roche, Claude et Timoléon. Ce dernier leur parle d'hommes vraiment libres qui ne connaissent plus de despote que la loi, et il leur fait le plus grand éloge des sans-culottes. Bastien, ému, lui répond :
C'est une belle chose que la justice qui est enfin rendue à l'humanité tout entière, et c'est d'autant
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plus beau que c'est aux sans-culottes qu'on la devra !
Jérôme. — Bien dit, cela ! Aussi le nom de sansculotte est-il immortel 1
Bastien. — Toutes les oreilles ne se font pas encore à ce nom,. mais on les y accoutumera.
Il termine l'entretien par une glorification du sans-culotte qui est prêt à soutenir, atout nud s'il le faut! » la liberté et l'égalité.
Aux Étrennes des sans-culottes répliquent les É trémies en vaudevilles législatifs ' des royalistes. Ici se présente l'amusante histoire des chemises du célèbre Gorsas. Dans le Courrier des 83 départements du 9 février 1791, ce journaliste avait critiqué le départ de Mesdames Adélaïde et Victoire pour l'étranger. Il leur reprochait d'emporter des sommes considérables et de nombreux effets. « Tout ce que vous possédez, écrivait-il, depuis votre château de Bellevue jusqu'à vos dentelles, jusqu'à vos jupes, jusqu'à vos chemises (pardonnez-moi le mot), ne vous appartient en aucune façon. Toutes ces choses appartiennent à la nation. » Le chansonnier Marchant, l'auteur des Sabbats jacobites, trouvant ce reproche grotesque, raconta, ce qui était exact, que Mesdames avaient été arrêtées à Arnay-le-Duc 2 par une municipalité