Paris, chez Girod etTessier
Custine, Vizelle, David, Dumouriez, et les hymnes de La Harpe et du citoyen Rouget à la liberté.
Surgissant tout à coup au milieu de cette nuée de recueils, d'abécédaires et de catéchismes révolutionnaires, YAlmanach de Mathieu Laensberg ' osa prédire, en 1794, la chute du gouvernement. Il fut naturellement saisi et détruit. N'avait-il pas eu l'audace de prendre pour devise ce verset du Psalmiste: « Deposuit potentes de sedeet exaltavit humiles. »
On ne dit pas si Ton décréta l'arrestation de Mathieu Laensberg (qui vivait vers Tan 1600), mais il est bien permis de croire, vu les précédents, que quelques fougueux jacobins la réclamèrent. Qu'on se rappelle seulement l'interrogatoire d'André Chénier par les commissaires Gennot, Cramoisin, Boudgoust et Duchesne, où ces farouches questionneurs prennent « la maison à côté » pour la maison « Au citoyen Cottée!... » Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que les sansculottes confondaient le Pirée avec un homme, et Mathieu Laensberg Ta sans doute échappé belle.
Paris, an II, in-iS.
Nous arrivons au Directoire : ici les almanachs appartiennent presque tous au parti de la réaction. A part les almanachs d'Aristide ', du citoyen Bouvet2, des sans-culottes 3 et PAnnuaire de Romme4, ce conventionnel qui va1, dans quelques jours, se poignarder devant la commission militaire chargée de juger les fauteurs de l'insurrection de prairial, ce ne sont que d'amers pamphlets contre les jacobins. Clameurs de vengeance et de colère contre Carrier, Fouquier-Tinville, Collot d'Herbois, Billaud-Varennes, Amar, Barère, Vouland, Lebon et toute leur séquelle; satires, libelles, appels de mort, retentissent de toutes parts. Les colporteurs de brochures et d'almanachs se répandent par la ville, en criant ces titres sonores : « A bas les brigands et les buveurs du sang! A
i. Paris, an 111, in-32.
2. Les Deux Despotismes détruits, almanach philosophique pour l'an III; Lille, in-18.