‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 23 sur 58 · in · texte numérisé non relu

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préambule : « Nous jouissons de la liberté des opinions; on ne trouvera pas mauvais que j'en use en fait d'astronomie. » Il explique donc à sa manière les signes du zodiaque. Voilà quelquesunes de ses prédictions : « Le Bélier : un grand troupeau fatigué , appauvri , dévasté , demande enfin à grands cris un autre chef et de nouveaux conducteurs. — Le Taureau : il chasse à grands coups de corne les pasteurs infidèles. — L'Ecrevisse : marche actuelle des usurpateurs. — Le Lion: il est jeune encore, mais il fera bientôt Fessai de ses forces. — La Balance : Thémis va reprendre la sienne, mais elle n'oubliera pas son glaive. » Il paraît, suivant Mathieu Laensberg, que la Terreur a non seulement sévi sur les hommes, mais encore sur les animaux. On nous donne ainsi les dernières nouvelles du Muséum d'histoire naturelle, en 1795 : « Les animaux des pays lointains, que les rois avaient rassemblés des trois parties du monde, n'ont pu résister au débordement des barbares. Soit qu'ils aient été mal soignés et mal nourris, soit que ces bêtes, nommées féroces, aient éprouvé une douleur secrète en voyant dévaster le palais de leurs maîtres, ces bêtes féroces ont, pour ainsi dire, donné une leçon de vertu et de reconnaissance et ont offert des modèles de sensibilité : la plupart sont mortes

de faim ou de langueur. Le rhinocéros a péri, l'éléphant a succombé, le tigre et le léopard n'ont pu résister à la calamité publique; le dromadaire vient de mourir comme les autres... »

Les chansons satiriques pleuvent aussi sur les jacobins. Nous en prenons une, qui eut un grand succès, intitulée : la Jacobinicre, et dont le refrain se termine par chacune des voyelles a. e. i. o. u.

De la Jacobinière Voici l'heure dernière ; La mort de Robespierre La met hors de combat.

En vain, elle s'agite Cette troupe maudite, Le coup qu'elle médite Est un coup avorté.

Par cette politique Robespierre et sa clique Tuaient la République, En tuant ses amis.

Puisque la hache est prête Qu'on leur tranche la tête; Ce petit trouble-fête Leur paraîtra nouveau.

Supprimez la cohorte Qui leur prête main-forte, Et traitez-la de sorte Que l'on n'en parle plus!

Un autre écrivain royaliste, Villiers, auteur du Portefeuille d'an Chouan ', prend pour épigraphe cette phrase significative : « Périssent à jamais les cannibales qui régnent encore sur nous ! » Entre autres satires, il écrit que Mme Tallien a voulu, la première, mettre à la mode les perruques blondes. Il en avertit ses lectrices et leur fait répondre aussitôt :

Cela suffit, Monsieur, pour nous en dégoûter!

Ailleurs, il suppose ce petit dialogue entre un citoyen et un garçon du café de Foy.

Le citoyen. — Dites-moi, garçon, les jacobins osent-ils venir encore ici?

Le garçon. — Oh ! mon Dieu! oui.

Le citoyen. — Prennent-ils quelque chose au café ?

Le garçon. — Oui, Monsieur. Il y en a un, l'autre jour, qui a pris... six cuillères d'argent.

Les députés, avec leurs nouveaux chapeaux à

i. 1796, in-18.

plumes, prêtent également à la raillerie. Il ne faut cependant pas blâmer leur costume :

Car il leur convient fort. Tout ce qui porte plume, Comme chacun le sait, est sujet à voler.

Marie-Joseph Chénier n'échappe pas non plus â la vengeance de Villiers et du parti royaliste. Rappelant une phrase pompeuse par laquelle le poète avait déclaré qu'il s'envelopperait dans sa vertu, Fauteur s'écrie malicieusement :

Parbleu ! Monsieur Chénier, voilà ce qui s'appelle Etre légèrement vêtu !

De son côté, Bailleul ne veut pas demeurer audessous des plaisanteries de Villiers, et dans son Almanach des bizarreries humaines ', il réunit force anecdotes piquantes sur la Révolution pour instruire les grands et petits enfants. C'est ainsi qu'il affirme avoir lu sur les registres de la prison des Madelonnettes un écrou motivé de la sorte : « Arrêté comme prévenu d'être suspect et comme ayant une figure trop joviale pour pouvoir aimer la Révolution. » Il rappelle qu'un orateur de carrefour proposait sérieusement à ses auditeurs une mesure efficace, suivant lui, pour

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