I. An V, in
LES AIJIANACHS POLITIQUES rp
détruire la noblesse héréditaire : c'était de défendre aux nobles d'avoir, à l'avenir, des enfants mâles. Enfin, il reproduit l'adresse de félicitations au rapporteur du projet sur la fonte des cloches :
Din don, din don, din don.
Vos très humbles et très obéissantes servantes,
Les cloches de France.
Le rédacteur du Journal général publie, à son tour, un Almanach des gens de bien ', où il raconte Thistoriette que voici à propos de l'emprunt forcé: Un spectateur, sortant de l'Opéra, était transporté d'enthousiasme, ne songeant qu'à Vénus, qu'à Psyché, qu'à l'Amour, lorsqu'un filou lui déroba sa montre :
Je le saisis... Coquin, tu m'as volé?
— Non, citoyen. C'est un emprunt forcé.
Voici quelles sont, d'après l'auteur, les indications que doit porter à ce moment le baromètre politique français: « Les Jacobins à la tempête; les Cinq-Cents à l'orage; les Anciens au tempéré; le Directoire au variable; les Assignats au vent ; le Peuple au très sec et le Patriotisme à la glace. »
i. 1796-1797, in-iS.
Un autre Almanach des gens de bien ' débute par une gravure qui représente la Révolution sous la forme d'une furie, tenant un poignard d'une main, une torche de Fautre, la tête et le col entourés de serpents, et couverte d'une robe où figurent des crânes et des tibias. Elle foule aux pieds les tables de la loi, des croix, des sceptres, des mitres et une tiare. Derrière elle l'incendie dévore les temples et Féchafaud abat de nombreuses victimes. Après cette gravure paraît la liste des conventionnels qui ont voté la mort de Louis XVI, avec une notice curieuse sur le sort de chacun d'eux. Les jacobins y reçoivent aussi de nombreux horions. On en jugera par le premier couplet d'une litanie qui fut bientôt en vogue :
O vous qui gouvernez la France, Délivrez-nous des jacobins!
On ne craint autre chose en France Que le retour des jacobins!
Chacun sait ce qu'étoit la France Sous le règne des jacobins!
Aussi chacun répète en France :
Délivrez-nous des jacobins!
L'auteurde X1 Evangile républicain, qui, en 1 794, avait demandé le massacre des prêtres et des rois,
LES ALMANACHS POLITIQUES fp
devient tout à coup réactionnaire et publie un Almanach des honnêtes gens ' , où il se réjouit de l'événement qui a délivré la France de Tinfàme Robespierre. Il nous donne en quatre vers le tableau exact de Paris sous le Directoire :
On accapare; on crie, on se mutine, Les citoyens ont ordre de marcher; On joue, on vole, on danse, on assassine, Le jour finit, et l'on va se coucher.
Le patriote Salles, qui a maintenant horreur des hommes de sang, suppose ce dialogue véhément entre Charette et Carrier aux enfers :
Carrier. — Allons, plus de rancune, monsieur Charette, nous voici dans un nouveau monde où les haines des partis n'existent plus. C'est ici le pays de la parfaite égalité.
Charette. — Scélérat! ta bouche ose encore profaner mon nom? Il t'appartient bien de philosopher sur les malheurs de la vie, toi, l'horreur de ton pays et l'exécration de tout le genre humain!...
Carrier se défend alors à sa manière et accuse les Vendéens de fanatisme.
t. 1797, in-18.
Charette. — Oui, nous étions fanatiques, mais de cette liberté que vos décemvirs ont tant célébrée, tant promise, et qu'ils n'ont jamais donnée. Pourquoi donc avons-nous pris les armes, si ce n'est pour défendre nos foyers, nos propriétés, nos familles?...
Puis, rappelant les crimes de Carrier, il l'envoie à tous les diables.
La guerre des Vendéens et des Chouans, auxquels Salles vient de faire allusion, engagea le comte Joseph de Puisaye à composer, en 1795, un Almanach royaliste1, dédié à Monsieur, régent de France, au comte d'Artois, aux armées catholiques et à tous les Français qu'enflammait le désir de combattre sous leurs drapeaux. Ce document rarissime, que nous avons pu consulter, grâce à l'obligeance extrême de M. de La Sicotière, son heureux possesseur, contient bien des renseignements sur les chouans.
On sait que le comte de Puisaye, après la défaite des fédéralistes de l'Eure, s'était réfugié en Bretagne, en 1793, pour y réorganiser la chouannerie. Agent du comte d'Artois, il était un de ceux qui avaient le plus poussé les Bretons à se réunir aux Vendéens et à faire succéder aux grandes rencontres les escarmouches incessantes de la guerre
1. Nantes, 1795, in-S°, troisième année du règne de Louis XVII.
de partisans. Il eut l'idée de seconder et d'accentuer le mouvement royaliste, catholique et contrerévolutionnaire par un opuscule, dont chaque page, chaque mot étaient destinés à réveiller et à exciter le zèle des paysans. « Braves Bretons, leur dit-il, bons chrétiens, bons sujets, bons parents, bons amis, vous ne pouvez pas être républicains françois, car un républicain françois n'est rien de tout cela... » Il leur démontre que Louis XVI aimait seul la France, que seul il voulait et pouvait la rendre heureuse. Ce sont les députés, « petits avocats, misérables procureurs, ignorants médecins », qui lui ont ôté le trône et lui ont coupé le cou comme à un malfaiteur; ce sont eux qui ont désolé le pays et commis les plus grands crimes contre les grands et les petits. « Pour la moindre faute, ajoute-t-il, ils vous ont massacrés. Il n'y en a pas un de vous qui n'ait un voisin, un ami, un parent à pleurer. Voilà la liberté, l'égalité et le bonheur qu'ils vous annoncent depuis quatre ans! Vous êtes pauvres; les choses les plus nécessaires à la vie vous manquent; vous les payez cinq ou six fois plus cher que sous votre bon roi, et vous ne pouvez pas même les avoir pour votre argent, tandis que vos représentants gagnent 36 francs par jour, qui ne leur suffisent pas pour le train qu'ils mènent. » Puisaye accuse les députés d'agio-
g8 PREMIÈRE PARTIE
ter et de se payer des chevaux, des carrosses, des hôtels, des tables somptueuses, des maîtresses. Au lieu d'un roi, les Français ont maintenant huit cents rois et les courtisans de ces huit cents rois à nourrir. Aussi la dépense de l'État est-elle vingtsept fois plus considérable aujourd'hui que sous le bon Louis XVI. « Bretons, s'écrie Puisaye, restez unis et armés. Gardez vos bleds et vos chefs. Aimez Dieu, servez-le constamment. N'écoutez que les prêtres qui n'ont pas juré; les autres sont des apostats. Demeurez fidèles au roi. Ceux qui mourront dans ces sentiments sont sûrs de mourir martyrs et d'aller droit au ciel. » Enfin, il leur offre ainsi son almanach : « Acceptez ce petit présent. Au moyen de leurs décades vous ne savez plus comment vous vivez. C'est pour vous que j'ai fait ce petit almanach chrétien. Vous y trouverez des prières courtes, mais ferventes, et il servira à vous rappeler vos malheurs et vos devoirs. Dieu vous ait dans sa sainte garde!... » Après cet exorde, habilement fait pour des paysans, vient la lettre pastorale de l'évêque de Dol aux ecclésiastiques non assermentés de son diocèse, attachés aux fonctions du saint ministère près l'armée catholique et royale de Bretagne. L'évêque y fait l'éloge des prêtres qui ont sacrifié leurs biens et leur vie pour la défense de la religion,
ainsi que reloge des Bretons qui, en se battant pour une aussi belle cause, sont assurés d'une récompense dans la patrie céleste.
Les mois sont ensuite consacrés à Louis XVI martyr, à La Rochejaquelein martyr, au général Delbecq martyr, au général de Bonchamp martyr, au général de Lescure martyr, à l'aide de camp Focard martyr, au général de La Trémouille martyr, au général Cathelineau martyr, à Marie- Antoinette martyre, au curé Gaultier martyr, à l'aumônier Crosson martyr. A chaque mois est consacrée une prière. Voici celle qu'on adressait à Dieu pour le roi Louis XVI : « Seigneur, ne nous imputez pas la mort de ce roi innocent et équitable, que des sacrilèges et des impies ont conduit à l'échafaud. Nous n'avons pu lui sauver la vie, mais nous espérons, aidés du secours de votre bras, Seigneur, remettre sur la tête du fils la couronne arrachée au père. » Les autres prières invoquent la nécessité de la pénitence, le triomphe de l'armée catholique, la restauration du culte, la sanctification du dimanche, le dévouement au pape, seul chef de l'Église, la clémence divine pour les vexations faites à la famille royale, la cessation du schisme et de l'hérésie. Après les prières viennent des chansons sur la mort du roi, sur l'appel aux armes et sur les douleurs de la France. On y
retrouve des chants guerriers populaires avec ce refrain naïf :
Soldats de la religion, Oui, nous détruirons la Constitution, Ou nous mourrons!
et cet autre sur l'air de la Marseillaise:
Aux armes, compagnons, le Ciel combat pour nous, Frappez, un Dieu vengeur, un Dieu conduit vos coups!
Enfin Y Almanach royaliste se termine par des proclamations des généraux et chefs de l'armée catholique de Bretagne aux Français, où ils déclarent qu'ils se sont levés pour rétablirla religion catholique, maintenirla monarchie, libérer le pcupleet lui rendre la paix, Tordre et la tranquillité. Les mêmes engagent les généraux, officiers et soldats des armées républicaines à se ranger sous les drapeaux du roi, avec promesse du maintien de leurs solde, grades et dignités. En dernier lieu, les éphémérides, choisies avec soin, relatent la mort glorieuse du roi, la mort subite de Tévcque constitutionnel Saives, le massacre de quatorze prêtres non assermentés, le fouet donné à des femmes pieuses, la fin héroïque de La Rochejaquelein, la mort affreuse des assassins du roi, etc. On voit que tout était adroitement combiné dans cet ingénieux ouvrage pour frapper l'imagination, pour
exciter ou pour redoubler la foi politique et religieuse des insurgés, et faire naître ou augmenter les sentiments de vengeance des chouans contre ceux qui les avaient atteints dans les objets si respectables de leur fidélité ou de' leur culte. Ce document précieux jette une vive lumière sur la manière dont les chefs de l'armée bretonne inspiraient ou dirigeaient leurs soldats, et nous avons dû, au point de vue de l'histoire, nous y arrêter un peu.
Un almanach républicain [non moins rare est l'almanach publié à Corfou, en Tan VII ' sous le titre de Calendrier français -grec, « Mt,voào'yiov YaA?vtxo-âAAï)vixov », avec cette explication préliminaire : « Le calendrier républicain est d'autant plus utile qu'il est très simple et que la Nature elle-même en a dicté l'arrangement, le jour où la Convention nationale décréta la République s'étant trouvé celui de l'équinoxe vrai d'automne... Afin de faire comprendre ce calendrier à nos frères du Levan (sic), nous avons fait correspondre leur ancien style avec le républicain ; nous avons aussi marqué en grec les fêtes républicaines et les décades, afin qu'avec les autorités constituées ils
i. Et; Kopyovi ànb rr,v •/zvôi Tuiroypy^t'KV, an VII ^département d'Ithaque et de la mer Egée),
consacrent ces jours au repos et que tous, rassemblés fraternellement, nous nous enflammions de plus en plus du feu sacré de la Liberté et du saint amour de l'Egalité, ïvoc àva7rT0);j.£v dbro to Upov 7iup zrfi iXeuOepiocç xai âizo ttjv àya7ir,v -rvjç ï<tot7]toç. Voici les noms des nouveaux mois républicains, dans Tordre habituel : Vendémiaire, etc. TpiTTjôrjç, NeœeXtoByiç , naysTtooviç, XiovojSt]? , 'Op.ëpo^opoç, 'Av£fjt.o>07]ç, BXaTTO)0'/]ç , 'Av9toBv]ç, Aet;jt.wvtooriç , ©epta-r/^ç , ©epijLtoorjÇ, KapTiocpo'poç.
L'almanach se termine par la chanson patriotique : « Veillons au salut de V empire l » et le refrain: « Les hommes libres sont Français!...
Nous ne rencontrerons plus maintenant d'almanachs qui répondent aux attaques des contre-révolutionnaires. Aussi, devant l'inertie ou le silence de leurs adversaires, les royalistes redoublent d'audace. Ils font paraître, en 1796, chez tous les libraires de Paris, YAlmanach des vrais royalistes franchis, avec ce sous-titre: «Deuxième année du règne de Louis XVIII », et cette épigraphe : « Une foi, une loi, un roi ! » En 1797, ils publient les « Adieux de Marie-Thérèse-Charlotte de Bourbon ' », fille de Louis XVI, avec la description de sa prison, l'histoire des négociations