Londres et Paris, 1797, in
LES ALMANACHS POLITIQUES Io5
l'histoire des sept cent cinquante souverains en prose et en chansons. Nous y trouvons, après un état de la France en 1797, la légende « de nos augustes représentants, mise en chanson, qui va très bien sur l'air des Pendus ». La voici en entier :
Or écoutez, petits et grands, L'histoire des représentans Qui, pour nous ramener en France Les bonnes mœurs et l'abondance, Nous ont si bien constitués, Tués, tués, tués, tués!
D'abord on sait qu'ils sont venus Des départemens presque nuds Et que, par des décrets d'urgence, Au secours de leur indigence, Le peuple ils ont vile appelé, Pelé, pelé, pelé, pelé !
La bourse et l'estomac garnis, Nos généreux pères conscrits, Contens de voir que leurs journées Leur sont si grassement payées, Nos affaires ont débrouillées, Brouillé, brouillé, brouillé, brouillé.
IOÔ PREMIÈRE PARTIE
Fiez-vous, ont dit ces Solons, A nos bonnes intentions; Pour prendre soin de la finance Dès ce moment en permanence Volontiers nous nous déclarons:
Larrons, larrons, larrons, larrons.
N'ont-ils pas fait tous le métier De changer notre or en papier?
Par grâce, avec nos sous de cloches, Ils veulent bien lester nos poches...
Pour des gueux c'est fort attirant, Tiruns, tirans, tirans, tirans!
Veut-on se trouver au sabbat, Il faut entendre leur de'bat; A force de faire tapagi Ils se fatiguent l'œsophage Au point d'être tous enroués, Roués, roués, roués, roués.
Guerre au dedans, guerre au dehors, Tel est le jeu de leurs ressors.
La France, à qui je les dénonce, Contre leur pouvoir se prononce Et veut qu'ils soient tous suspendus, Pendus, pendus, pendus, pendus.
Nous apprenons à nos dépens, Sur le fait des gouvernemens, Qu'il fallait s'en tenir au nôtre Plutôt que d'en chercher un autre, Pour être si fort gaspillés, Pillés, pillés, pillés, pillés.
Le mal est fait, n'en parlons plus, Tous nos regrets sont superflus...
Opposons au philosophisme La douceur du christianisme, Et prions pour les trépassés, Passés, passés, passés, passés!...
Aussi à de telles satires, à de telles menaces, répond le coup d'Etat du 1 8 fructidor. Les almanachs, qui osent donner un précis historique sur cette journée, font des allusions déguisées à la tyrannie du gouvernement. Le premier, qui s'appelle YAlmanach Violet l, suppose un dialogue entre Robespierre et Cromwell, où le dictateur anglais dit à l'ancien maître de la Convention : « Cours rejoindre Marat, Carrier, Joseph Le Bon. Ta place est pour une éternité parmi les monstres
t. Paris, 1798, in-iS.
de cette espèce ! » L'abbé Aimé Guillon de Montléon, le même qui écrivit l'histoire du siège de Lyon, publie une pièce historique sur les causes, les manœuvres et les résultats du 18 fructidor, avec ce titre : Etrennes aux amis du Dix-huit1 ! Il la dédie à Polichinelle, « directeur des Marionnettes, s'entend, car on sait bien qu'il n'y a pas plus de Polichinelle que de Scapin ni de Paillasse... au directoire de la République. »
La gravure placée en tête de cet almanach représentait un polichinelle costumé en directeur. Cette insolente caricature et les appréciations mordantes de l'almanach sur le gouvernement firent arrêter l'abbé Guillon. Il fut traduit devant la police criminelle et faillit être condamné à mort pour avoir publié un écrit contre-révolutionnaire. Il n'échappa à la colère de La Réveillère-Lépeaux que pour subir la vengeance de Fouché. Il fut, pendant de nombreuses années, enfermé dans une forteresse au pied des Alpes, ayant eu le tort de dire ouvertement ce qu'il pensait2.
Mais quelqu'un dont ni Denis, ni Guillon, ni d'autres n'osent encore se railler, c'est le général
i. Paris, an VII, in-18.
2. Voy. notre ouvrage sur la Censure sous le premier E tripire, pages 134 et 376.
Bonaparte. Son étoile point à l'horizon, et c'est un auteur d'almanachs qui appelle gravement le futur empereur le favori de Mars et de Vénus!
A peine la Constitution du 18 brumaire an VIII est-elle proclamée, que le courtisan Villiers la met en vaudevilles ' et la dédie galamment à Mme Buonaparte, née Beauharnais, avec ces vers :
On peut la chanter sans la lire ; Puisse-t-elle vous récre'er, Madame, et vous faire autant rire Que les autres ont fait pleurer!
Villiers a. eu soin de placer en tête de son opuscule une femme portant précieusement la nouvelle Constitution dans un ridicule et foulant aux pieds les Constitutions de 1 791, de 1793 et de Pan III. Les éloges, les flatteries commencent à pleuvoir déjà sur le premier Consul. On célèbre son pouvoir et Ton dit de Cambacérès et de Lebrun :
Les autres consuls ont le titre
Qu'ont les avocats consultants...
De plus, ils signent un registre
Pour prouver qu'ils étoient présents!...
L'auteur de Y Almanach des honnêtes gens de