‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 33 sur 58 · In-iS, chez Cailleau · texte numérisé non relu

In-iS, chez Cailleau

I 38 DEUXlÈxME PARTIE

tant ces mots qui promettent : Étrennes éro~ tiques chantantes!... L'éditeur avait eu soin de lancer dans les journaux cette réclame affriandante : et Plaire à ce sexe charmant, dont les grâces ingénues savent si bien captiver les cœurs, fut toujours l'ambition de M. Cailleau. Il y est parvenu par le choix sévère de chansons qui, quoique jolies, ne font jamais rougir la pudeur. » Le pauvre Cailleau avait reçu, lui aussi, quelques horions de Rivarol : « M. Cailleau, imprimeur-libraire à Paris, disait le spirituel auteur de VAlmanach des grands hommes, n'a point perdu son temps, comme les Estienne, les Plantin et les Elzevirs. On a de lui un recueil de poésies légères, où l'on a. surtout remarqué une réponse d'Abailard à Héloïse, qui aurait sans doute délivré cette femme célèbre du fol amour qui la possédoit... »

M. de Sivry était un des poètes galants, choisis par Cailleau. Voici un hommage à la rose :

Que la rose de Cythère S'unisse aux dons de Bacchus!

Brillez, rose printanière, Chère aux Ris, chère à Vénus!

La Rose est le tendre ouvrage De l'Aurore et du Printemps.

La Rose reçoit l'hommage Des autres fleurs des champs.

LES ALMANACHS LITTERAIRES I 3g

Les rédacteurs de cet almanach offrent au lecteur des couplets ou des romances sur le salut de l'Amour aux Grâces, le portrait des Grâces, l1 Amant délicat, les Reproches amoureux, les Plaintes amoureuses, la Bergère inconstante, l1 Amour vengé, le Baptême de l'Amour, les Soupirs de Zélida, etc., etc.

M. Damas, qui, « parti du distique pour arriver à l'épître », ne veut pas faire rougir la pudeur, adresse ce couplet à une jolie crémière :

Air : O ma tendre musette !

Jeune et belle crémière, Qui chez nous chaque jour Réveilles, la première, L'appétit et l'amour, Que ce qu'on voit paraître Si blanc, si rondelet, Fait bien désirer d'être Au régime du lait!

On devine les autres couplets.

M. Robert de Gaalon, qui « avait fait sensation dans toute la Normandie par son impromptu à Cypris », appelle les jeunes filles : « charmans tendrons de Cythère! » M. Bonhomme compose de petits vers sur un repas, où il était placé, — ô tourment! — entre une brune et une blonde, et il choisit Pair : Est-il de plus douces

odeurs?... M. Bassignol remercie, par le quatrain suivant, Mlle D... de lui avoir fait présent (Tune cocarde de rubans aux couleurs nationales :

Le rouge annonce mon ardeur, Le blanc peint bien ton innocence, Et le bleu offre de ton cœur Et la tendresse et la constance!

Et M. Bassignol, qui aime Phiatus, nous avertit en note que le bleu, couleur du parfait amour, a été choisi par lui pour rendre ses tendres sentiments.

Une dame P... adresse cet appel passionné à son enfant futur :

Fruit d'un hymen qu'Amour forma,

A qui l'Amour donna naissance,

O toi, cher enfant, qui déjà

Me fais sentir ton existence ;

Mes bras pourront donc te presser;

Tu vas enfin voir la lumière ;

Tu vas enfin venir sucer

Le sein nourricier de ta mère! [Bis.)

Cette romance se chante sur Pair : Non, non, Doris, et le dernier couplet, inspiré par les doctrines de Jean-Jacques Rousseau , se termine ainsi :

Fuyez, fausse maternité,

Où l'art cherche en vain la nature!

La source d'un lait acheté

Pour mon fils n'est pas assez pure. {Bis.)

En définitive, YAlmanach des Grâces ne comprend que des madrigaux adressés à l'inconstante Éléonore ou à la belle Zyrphé, des stances sur de petits sujets, comme la mort d'un serin, la malheureuse destinée de Rosalie, le sort douloureux de Blainval et Zélida, des vœux inspirés par Anacréon, qui comprennent quatre couplets, et dont le premier commence ainsi :

Que ne -suis-je le clavecin?

le second :

Que ne suis-je son blanc mouchoir?

le troisième :

Que ne suis-je l'heureux serin?

le quatrième :

Que ne suis-je l'aimable lit?

L'auteur a eu tort de faire un quatrième vœu, car il nous paraît, à première vue, que le troisième a dû être immédiatement exaucé.

Laissons maintenant les plaintes, les vœux, les désirs, les larmes, les sanglots, les soupirs, les reproches, les feux, les sentiments, les bergers et les bergères, les serins surtout, qui jouent un si grand

rôle dans YAlmanach des Grâces, et occupons-nous de YAlmanach des spectacles^.

Cet almanach parut pour la première fois en jjSi. Il prenait pour titre: Les Spectacles de Paris, ou Calendrier historique et chronologique des théâtres, contenant : i° les noms et demeures des principaux acteurs, danseurs, musiciens, etc.; 20 le catalogue des pièces; 3° les anecdotes auxquelles ces pièces ont donné lieu; 40 les noms des auteurs vivants, poètes et musiciens; 5° un précis de toutes les pièces nouvelles; 6° les noms des acteurs et actrices qui ont débuté dans Tannée. « Il se publiait chez Duchesne, libraire, rueSaint-Jacques, Au temple du goût. » L Almanach des spectacles abonde en renseignements curieux, dont nous fournirons quelques aperçus au lecteur. C'est ainsi que dans le nombre des artistes qui composent le concert spirituel, ouvert en 1725 et fermé en 1792, nous trouvons le nom de Laïs, qui, plus tard, jacobin exalté, abandonna les chants religieux pour ne plus interpréterqueles chants révolutionnaires. On y apprend aussi que la garde de l'Opéra était confiée à soixante hommes des gardes françaises ; que l'avocat Target était conseil du théâtre de la

Page 1