‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 37 sur 58 · GILLES · texte numérisé non relu

GILLES

Celui qu'on suspectera, on le dénoncera, en l'emprisonnera, on le jugera, et chacun dira :

N'y a pas d'mal à ça, Colinette, N'y a pas d'mal à ça !

Le premier venu est admis à insérer des chansons dans ce recueil, pourvu qu'il justifie de la pureté de son civisme : c'est ainsi qu'on y lit les vers d'un sans-culotte de la section de Popincourt et du dragon Adhémar. D'Hamonville fils y place des stances au bon Marat, sur l'air touchant : O ma tendre musette!... Nous en publions la deuxième :

De l'aristocratie Marat fut la terreur.

De la démocratie 11 fut le défenseur.

Du peuple il fut le père, L'ami le plus ardent ; Marat fut sur la terre L'appui de l'indigent.

A quoi songeait donc Charlotte Corday en frap-

pant cet excellent homme?... Elle a certainement interrompu une ère de bonheur pour le peuple français!

Après ces chansons et ces stances apparaît YAlmanach des plus jolies femmes du Palais-Egalité ou le Plaisir de l'amour ', suivi de la liste des principaux enrichis de la Révolution, de leurs noms et demeures, opuscule léger, auquel succède le grave Almanach des femmes célèbres par leurs vertus, leur science et leur courage, « dédié aux femmes intéressantes! » Vendémiaire y est consacré à la Pudicité, Brumaire à la Charité, Frimaire à la Douceur, Nivôse à la Piété, Pluviôse à l'Amour conjugal, Ventôse à la Sagesse, Germinal à l'Esprit, Floréal à la Science, Prairial à la Philosophie, Messidor a l'Héroïsme, Thermidor au Mérite rare et Fructidor à la Célébrité. L'auteur, un citoyen Beyerlé, présente aux dames des notices sur les sciences, la géographie, l'astronomie, etc. Il dédie son ouvrage en ces termes à Félicie Duthil : « Un Almanach des femmes célèbres dédié aux femmes estimables devait être offert à l'une d'elles. Il en est tant que me voilà dans l'embarras du choix; grâce à l'amitié, je m'en

i. Paris, i 795, in-i:

suis tiré. Elle prend le petit volume et vous l'offre, aimable Félicité.

Un almanach, pour n'être un don superbe, Le faudra-t-il rejeter sans pitié?

N'oubliez pas cet antique proverbe :

Petit présent entretient l'amitié! »

De cet almanach quasi pédagogique nous tombons sur V Almanach du Chrétien pour Pan de grâce 1799 ', où figurent à la fois le calendrier grégorien, le calendrier ecclésiastique et le calendrier républicain. Ce dernier y est l'objet des plus vives attaques. On prouve qu'il n'est pas plus républicain qu'un autre, qu'il est inutile, qu'il gêne la France dans ses rapports avec l'étranger et qu'il n'est pas exact, car il y a, par exemple, des départements où l'on vendange avant Vendémiaire, d'autres où l'on vendange après, d'autres enfin où l'on ne vendange pas du tout. On y démontre aussi que le seul but du nouveau calendrier a été d'abolir tout culte et de détruire toute religion. Cet almanach pieux pose des questions et donne des réponses sur des sujets de ce genre : « Y eut-il jamais un peuple et un gouvernement sans religion? — Est-il permis d'être indifférent

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