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à tout entreprendre, à punir même s'il le faut, se répand de toutes parts, rassure les citoyens et s'empare des canons de la Bastille. Il en coûte quelques têtes qu'on promène dans les places publiques, et la bravoure ainsi que la terreur opèrent .a révolution la plus prompte et la plus extraordinaire... L1 Académie n'aura plus bientôt rien à faire, parce qu'on veut autre chose que des mots, et jusque sur le théâtre on veut des pièces relatives au changement qui s'opère. La poissarde lit, le cordonnier lit, et il n'y a personne qui, la brochure en main, ne prenne part à la Révolution!... » Un autre, qui marche sur les traces de Sylvain Maréchal, désire réformer le calendrier, parce qu'il contient des monuments d'une religion fausse et d'un culte vrai. « On y voit, dit-il indigné, la fête de saint Jacques et de saint Philippe en tête d'un mois auquel président Castor et Pollux,etl'on rencontre dans la même page le nom de Vénus donné à une planète et celui d'une jeune vierge morte avec son innocence!... » Aussi le rédacteur du Nostradamus moderne ', afin d'offrir une satisfaction à la pudeur publique, consacre-t-il les mois à Voltaire, à Montesquieu, à Turenne, à Jean-Jacques Rousseau, à Jeanne d'Arc, à Cor-
l . Licgi:, 1790, iu-16.
neille, à Louis XVI, à Henri IV, à Eustache de Saint-Pierre, à Bavard, à Fénelon et à Sully. Ce n'est pas tout : il convient aussi de modifier l'ancien zodiaque qui offense la raison. On remplacera le Bélier par le vicomte de Mirabeau, le Taureau par Foucault, les Gémeaux par Lally- Tollendal et Mounier, l'Ecrevisse par Malouet, la Vierge par le cardinal de Rohan, etc. Enfin, à chaque nom de saint il faudra substituer un nom de député. On lit à celui de Guillotin : « Ce brave docteur ne suit point du tout la route ordinaire des médecins. Il a inventé une machine ingénieuse pour ôter proprement la vie aux criminels. » C'est dans ce même almanach que se trouve ce curieux billet d'enterrement du clergé : « Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement de Très Haut, Très Puissant et Très Magnifique Seigneur le Clergé de France, décédé à l'Assemblée nationale, le jour des Morts de l'an 1789. Son corps sera porté au Trésor royal, ou Caisse nationale, par MM. le comte de Mirabeau, Chapelier, Thouret et Alexandre de Lameth. Il passera devant la Bourse et la Caisse d'escompte, qui lui jetteront de l'eau bénite. MM. l'abbé Maury et d'Eymar suivront en grandes pleureuses... M. l'abbé de Montesquiou prononcera l'oraison funèbre. Un De profimdis sera chanté
LES ALMANACHS POLITIQUES l3
en faux-bourdon par les demoiselles de l'Opéra revêtues du deuil de veuves. »
Un autre écrivain appelle son almanach le Fléau des Aristocrates ' et représente, en une série de tableaux émouvants, ie roi et la reine avec un bandeau qui les empêche de voir les déprédations de leurs courtisans; puis les prodigalités de la reine, les aristocrates forgeant des armes et fabriquant des poisons pour le peuple, le roi rendant à Necker son portefeuille, Camille Desmoulins au Palais-Royal, enfin le retour de Louis XVI à Paris et le triomphe de la Constitution. Aussi, comme on comprend que Fauteur, enivré de son œuvre, se soit écrié en vers lyriques :
Fille de la philosophie, Sublime Constitution, Déesse de Philadelphie, Viens éclairer ma nation!
Les Etrennes à la Vérité, ou V Almanach des Aristocrates2, publié à Spa chez Clairvoyant, imprimeur-libraire de Leurs Altesses Royales et Sérénissimes Nosseigneurs les princes fugitifs, à Penseigne de la Lanterne, est un libelle des plus violents contre le roi, la noblesse, la magistra-
i. La Lanterne magique, ou le Fléau des Aristocrates , 1790, in-18.