‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 7 sur 58 · in-8°, 80 pages avec errata · texte numérisé non relu

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ture, la finance et le clergé. L'auteur prend pompeusement pour devise cette phrase de Cicéron : « Et nomina et indoles tibulis inscripta horrenda posteris... » Nous avons eu le plaisir de mettre la main sur la première édition de cet almanach si rare et nous y avons vu les gravures dont parle M. Pouy, Fauteur de recherches intéressantes sur les calendriers et les almanachs, le seul qui ait commencé avant nous l'étude de cette intéressante question'. La première gravure représente un bonnet phrygien planté sur une pique et dominant les casques, les drapeaux, les canons et les boulets, avec ces mots : «Je me ris des despotes. » La seconde représente une hydre dont les quatre têtes sont celles de la noblesse, du clergé, de la finance, de la magistrature qui regardent avec effroi une lanterne. L'épigraphe est significative : « Les fripons craignent les réverbères. »

Cet almanach annonce les prochaines éclipses des droits de capitainerie, de chasse, de colombiers, de mainmorte, de la gabelle, etc. Il appelle l'aristocratie un monstre et lui prête les griffes d'une harpie, la langue d'une sangsue, l'âme d'un procureur, le cœur d'un financier, les pieds d'un

i. Voir Recherches sur les Almanachs et Calendriers , par F. Pouy, chez Glorieux et Douillet, à Amiens. — 2 brochures in-3°, 1874 et 1879.

bouc, la voracité d'un vautour, la cruauté d'un tigre, l'orgueil d'un lion, la lasciveté d'un moine et la stupidité d'un district !... Il se répand aussi en invectives contre les prétendus descendants de saint Pierre, et dénonce « les pieux fainéans qui s'absorbent dans le luxe, l'abondance et les orgies... » La magistrature, appelée robinocratie, reçoit à son tour les étrivières : « On invite l'Assemblée nationale à faire disparaître du globe toutes ces troupes de scélérats connues sous le nom de Parlemens, de prévôts de maréchaux, et les cours de justice qui sont des coupe-gorge pour tous les citoyens. » Cet almanach donne les noms de ceux qu'il faut supprimer et dresse pour ainsi dire des listes d'otages. Nous y voyons, en effet, livrés à la dénonciation et à la vindicte publiques les noms de ceux qui furent plus tard les victimes de la Révolution : les Montesquiou, lesBeauhamais, les Boufflers, les Nicolaï, etc. Les prédictions de Y Almanach des Aristocrates annoncent la mise en location des châteaux de Versailles, de Compiègne, de Marly, de Trianon, la pendaison du prince de Lambesc, la découverte de la trahison de Mirabeau, la mise à la lanterne du duc de Broglie et la noyade du duc du Chatelet. Il nous répugnerait de citer les grossièretés révoltantes de ce pamphlet à l'adresse de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de

leurs amis. Beaumarchais y est maltraité quelque peu, eu raison de ses scandales et de ses procès : « Beaumarchais, est-il dit, habile en spéculations et qui, à force de répandre de l'or, a fait taire les lois sur l'énormité de ses crimes, louera sa maison à une appareilleuse... » Les actrices sont aussi l'objet de vives satires : les plus attaquées sont Mlles Adeline, Guimard, Dugazon, Contât, Raucourt et Caroline. Enfin le même almanach prédit la vente des croix de Saint-Louis et du Saint-Esprit à la foire du quai des Orfèvres; celle des chartes, brevets et titres, à la foire Saint-Germain; celle des robes, mortiers, simarres et toques, à la foire de la cour du Palais. « On y verra, dit-il, les bancs fleurdelysés de toutes les chambres et les crucifix... » V Almanach des Aristocrates se termine par cette plaisanterie : «Les grands comédiens du Manège donneront incessamment la Paix par-ci, V Union par-là, suivies du calme et de la tranquillité , spectacle demandé par M. Target », faisant allusion à l'exhortation ridicule de cet avocat, un jour qu'il présidait l'Assemblée nationale et qu'il voulait ramener le calme parmi ses collègues agités. Cet almanach subit le sort de V Almanach des Honnêtes Gens de Sylvain Maréchal, et, par arrêt du

2 janvier 1790, fut bridé au pied du grand esca-

lier de la cour du Parlement de Rouen, sur la réquisition de M. de Grécourt, avocat du Roi'. Les royalistes répondent à ces publications républicaines par des almanachs qu'ils intitulent hardiment : V Abeille aristocrate-, V Almanach des Aristocrates^, les Etrennes aux dou^e cents 4, et qu'ils datent, les uns de Tannée de la Barnavocratie, les autres de Fan dernier de la Jacobinocratie. Ils lancent contre leurs adversaires de petits couplets aiguisés où ils disent, entre autres, que les décrets de l'Assemblée sont inimitables, ses orateurs incroyables et les assignats... impayables. Ils attaquent sans trêve ceux qu'ils appellent les apôtres de l'Assemblée, Mirabeau, d'Aiguillon, Duport, Pétion, La Borde, Lameth, Barnave et Robespierre. Ces législateurs se disent les pères du peuple. La belle affaire !

Ne vous en vantez pas, messieurs, en vérité, Car votre enfant est bien mal élevé !

Ils raillent Guillotin, médecin politique, et sa terrible machine, Liancourt qui se bat comme il écrit, maître Target qui dogmatise dans le fauteuil

i. M. Pouy signale l'impression de cet arrêt à Rouen. — Imprimerie du Parlement, 1790. — 8 pages in-8°.

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