AUX DAMES
Air : Aimé de la belle Ninon.
Mesdames, c'est trop peu d'aimer.
Un tel sentiment esl vulgaire...
Par vos grâces il faut charmer Et par vos attraits il faut plaire.
Appelez à votre secours L'art des toilettes si commode...
Car pour briller, femme toujours Cède à l'empire de la mode.
Le texte est alternativement composé de prose et de vers. On y trouve de charmantes poésies légères, parmi lesquelles : l'Origine de l'éventail, le Miroir. l'Éloge de la toilette, le Bonnet rond (de Béranger), les Cheveux, la Mode d'aujourd'hui, le Jupon court, l'Épingle, les Gants, les Plumes, les Mœurs du XIXe siècle, la Toilette de Vénus, l'Inutilité de la parure.
Il y a à la fin de ce petit volume, l'un des plus jolis de la série des almanachs de modes, le Pelit souvenir des daines avec un titre gravé, entouré d'un cadre style Empire, et 4 feuillets blancs pour les jours, 6 pour les mois, 6 pour le calendrier, entourés du même encadrement.
Le Petit Modiste Français, dédié aux dames. A Paris, chez Le Fuel, libraire-relieur, rue S{-Jacques, n° 54, près celle du Foin, et Delaunau, Palais-Royal.
In-18. 241 pages. Faux-titre, titre-frontispice gravé. Une draperie relevée par une flèche des extrémités de laquelle tombe en plis gracieux une écharpe à franges, semble servir d'entrée à un magasin sur le comptoir duquel se trouvent chapeaux à plumes, guirlandes de roses, ombrelle garnie de dentelles, etc.
Titre imprimé.
Introduction dans laquelle l'éditeur expose la façon dont son petit livre est conçu :
« Notre Petit Modiste Français, dit-il, destiné à devenir le livre classique des boudoirs et à se trouver sur toutes les toilettes, comprendra mois par mois tout ce que les dames désirent connaître. Il leur montrera la forme des coiffures les plus nouvelles et l'étoffe employée pour les vêtements du dernier goût en lui désignant les marchands et les magasins où elles doivent faire leurs emplettes ; il mentionnera honorablement toutes les découvertes utiles au beau sexe en n'admettant que les innovations les plus favorables à la beauté. Enfin il indiquera les spectacles les plus en vogue, les promenades que la mode doit faire adopter et les jardins publics où l'inconstante déesse réunit la partie la plus brillante de sa cour. Des anecdotes du jour, des chansons et de petites pièces de vers contribueront à jeter de la variété dans ce volume et compléteront le cadre que nous nous proposons de remplir. Nous allons parcourir l'année 1818 en offrant aux dames une esquisse légère des variations que les modes ont subies pendant le cours des dernières saisons. »
Douze gravures, une pour chaque mois, très joliment dessinées, très finement gravées et délicatement coloriées. Elles sont tout à l'ait charmantes et les meilleures à coup sûr de toutes celles qui ont illustré les almanachs de la Restauration.
Janvier Î81S. — Une jeune mère tient par la main son petit garçon qui porte un polichinelle, cadeau du jour de l'an. Le chapeau est en peluche, surmonté de marabouts blancs et roses. Pardessus garni en cygne.
Février. — Jeune femme appuyant le bras droit sur le dos d'un fauteuil, en redingote de velours épingle garnie de chinchilla. Toque en velours plein ornée d'une plume blanche.
Mars. — Toilette pour la promenade de Longchamp. Corsage de velours noir, garni de deux petits rangs de boutons en or. Jupe en percale, au bas de laquelle se trouvent une vingtaine de plis. Capote blanche. A droite dans le fond du tableau, au loin, une amazone passe au grand galop.
Avril. — Jeune femme en robe de levantine bleue, garnie de trois volants pareils. Chapeau de crêpe orné d'un bouquet en fleurs des champs. Au deuxième plan, un élégant fait courir sa Draisienne, dont l'apparition est l'événement de Tannée.
Mai. — Robe de percale au bas de laquelle quatre rangs de gances et de crevés. Chapeau de tulle orné d'un cordon de roses. La petite maîtresse qui porte cette toilette regarde dans un kaléidoscope, la nouveauté du jour, le joujou le plus en vogue.
Juin. — Jeune femme à la promenade, ombrelle à la main. Elle est en robe de toile imprimée avec bandes brodées de la même étoffe qui forment des volants. Chapeau de paille, orné d'un jet en marabouts au pied duquel est adaptée une grosse rose. Dans le lointain passe un ballon monté par un aéronaute.
Juillet. — Jeune femme en robe blanche de percale garnie de tulle. Chapeau de gaze bouillonné. Sur le bras un shall Ternaux rayé bleu et jaune. Elle revient des montagnes russes qui fonctionnent en arrière.
Août. — Jeune fille en robe plus courte que le dessous. Gants vert clair montant au-dessus du coude. Écharpe appelée bayadère.
Septembre. — Déjeunes élégantes jouent dans un parc à la bague volante ou jeu de la créole. Leurs robes sont de perkale blanche garnies de bouillons avec ceinture en ruban écossais. Capotes écrues doublées de taffetas.
Octobre. — Aux jeux chevaleresques, une élégante, portant chapeau de satin jaune garni d'une ruche de tulle. Robe de soie à côtes, garnie de satin et de tulle.
Novembre. — Petite maîtresse coiffée avec un chaperon. Spencer de couleur pensée, avec brandebourgs. Jupe en mérinos blanc.
Décembre. — Toilette de bal. Robe de gaze à raies de satin entourée d'une guirlande de roses. Fleurs dans les cheveux. Collier et pendants d'oreilles en turquoises.
L'année 1818 est fertile en inventions ; le kaléidoscope, la Draisienne, les montagnes russes, les jeux chevaleresques sont les distractions à la mode.
Dans le texte divisé par mois, Le Fuel a tenu sa promesse : son almanach est intéressant et fourmille de jolies anecdotes.
Janvier. — En prose et en vers, on célèbre le jour de l'an et les étrennes. On signale aux dames l'agence générale des visites qui se charge depuis déjà deux ans de distribuer moyennant cinq centimes pour chaque, des billets et des cartes que l'on nomme cartes d'honnêteté.
Février. — Description d'un bal masqué, la conscription à Cythère et un article sur la danse, sa naissance et ses progrès.
Mars. — Modes pour Longchamp. Compte-rendu des concerts.
Avril. — «C'est aujourd'hui 5 que M. Garcin chez lequel est établi le dépôt de vélocipèdes ou Draisiennes et le chasseur du B°" de Drais, leur inventeur, devaient parcourir à l'aide de ces machines trois cents toises en trois minutes. L'annonce de cette expérience avait attiré beaucoup de monde au Luxembourg. Le vélocipède est bon tout au plus pour faire jouer des enfants. Cette machine ne saurait être d'une utilité réelle. On ne peut s'en servir que dans les allées d'un jardin ; c'est un bâton à roues sur lequel on peut monter, sans cesser cependant d'avoir les pieds à terre ; car c'est en marchant très vite qu'on fait rouler son dada. Enfin le vélocipède du Bon de Drais mérite de prendre sa place entre la Mnémonique de M. de Fenaigle et les ailes de M. Deghen. » Voici un couplet fait après l'expérience :
Am : (/// Fandango.
Cela doit réussir. Tout l'assure On court risque d'être estropié ; Mais on a l'honneur d'être en voiture, Et l'on peut croire qu'on est à pié.
L'inventeur ira sans aucun doute A l'immortalité quelque jour, Si l'on peut en applanir la route Comme le jardin du Luxembourg.
Mai. — Le kaléidoscope, policonoscope, métamorphysiscope fait oublier le casse-tète chinois. Il est à fleurs, à ornements et même à portraits. Ce joujou à la mode vient, dit-on, d'Angleterre, mais il a été perfectionné par MM. Robertson, Chevalier et Jecker, opticiens français.
Ce joujou fds de la surprise Et par le génie adopté, Semble avoir choisi pour devise Inconstance et diversité.
Jaloux et fier du succès qu'il nous donne Nous le voyons accroître ses succès : Il change, il plaît, il enchante, il étonne. C'est vous dire qu'il est Français.
Juin. — Notes sur les belles limonadières et les montagnes qui sont devenues indispensables à Paris. Il est à la mode de dégringoler ; on ne voit partout que culbutes. A toute heure on peut se faire ramasser aux Montagnes Russes, aux Montagnes Aériennes, aux Montagnes Suisses, aux Montagnes Égyptiennes, à celles de Tivoli, de Belleville et aux Lilliputiennes. C'est à Tivoli qu'elles sont le plus fréquentées. On a donné une fête extraordinaire où tous les plaisirs étaient réunis dans ces magnifiques Jardins ; balançoire russe, kaléidoscope géant, vélocipèdes, chanteurs allemands, les grotesques, le physicien Fondart , la cour d'Eole , une ascension de Madame Blanchard, tout cela avec un excellent orchestre. Une illumination brillante et un beau feu d'artifice semblaient transporter dans un palais de fées les plus grands personnages et les plus jolies femmes de Paris qui honoraient cette fête de leur présence.
« On se promène beaucoup cet été de 1818 au boulevard des Italiens de neuf heurs à minuit et l'on prend des rafraîchissements aux cafés Tortoni, Hardy, Riche, Français et Anglais «.Selon un dicton du temps, il fallait être hardi pour aller chez Riche, et riche pour aller chez Hardy.
Juillet. — 28° de chaleur. Grande affluence à toutes les montagnes ; les ascensions de Madame Blanchard sont très suivies à Tivoli, où se rencontre la société la plus brillante de Paris. Le kaléidoscope est toujours à la mode.
Dans une pièce intitulée le Kaléidoscope théâtral, M. Opiïco, juif, chante sur l'air de Marcellin :
D'un amant ou bien d'un mari Mettez l'portrait dans ma lunette
Aussitôt de l'objet chéri
L'image cinq fois se répète.
Le kaléidoscope entre nous,
Mesdam's, doit vous plaire et pour cause.
Quand on est curieuse il est doux
De voir cinq fois la même chose.
Août. — Les jardins publics ont toujours une grande vogue et on y donne chaque jour des fêtes extraordinaires. Toujours grand succès pour Madame Blanchard.