AVANT-PROPOS XI
A ceux qui le liront, il demande, dès à présent, de vouloir bien lui donner les moyens de « compléter » cet ensemble, parvenu à un chiffre respectable, malgré les dires de certains hâbleurs déclarant que le catalogue des almanachs imprimés en français exigerait au moins vingt volumes. D'aucuns n'ont-ils pas poussé la fumisterie — c'est le seul terme qui puisse convenir à pareille gasconnade — jusqu'à déclarer qu'ils possédaient sur la matière plus de 20,000 fiches.
Il y a riches et fiches, et c'est sur ce point que je vais m'expliquer. Ce qui constitue le côté absolument précieux de cette bibliographie c'est qu'elle n'est point faite — comme beaucoup malheureusement — à coup de découpage parmi les numéros que groupent, au hasard de tout ordre, les simples « vendeurs de livres anciens » ; la plupart, que dis-je, presque tous ïès volumes ont été vus par moi, sont restés plus ou moins longtemps dans mes mains, leur source est toujours soigneusement indiquée, afin qu'on puisse désormais les suivre, afin que ceux qui désireraient les consulter sachent où les rencontrer. Si je n'ai pu les tenir, les placer sous mes yeux, alors les mentions: d'après un catalogue de librairie, d'après le catalogue de V éditeur, d'après la Bibliographie de la France, d'après telle bibliographie spéciale, disent en termes suffisamment explicites, aux bibliographes si souvent déçus, que je n'assume aucune responsabilité, que je n'entends nullement me porter garant des bévues, des erreurs de catalogues rédigés dans un but unique : la vente.
Ce qui constitue le côté entièrement neuf et, j'ose le dire, quelque peu original de cette Bibliographie, c'est qu'elle a voulu être autre chose qu'un pur catalogue, qu'un simple alignement de titres rangés les uns au-dessous des autres, autre chose qu'un livre d'entrée inscrivant les volumes pour faciliter les demandes de ceux qui les recherchent. De toutes ces bibliographies-catalogue que reste-t-il, que peut-il rester dans l'esprit de ceux qui s'en servent ? rien autre que la mention d'un numéro ou d'une cote. Et il ne saurait en être autrement puisqu'elles n'ont pas eu autre chose en vue.
Dire d'un livre qu'il a tant de pages, tant numérotées en chiffres romains, tant en chiffres arabes, tant pour les avant-propos,
introductions, préfaces, tant pour les tables, donner le chiffre exact des gravures qui s'y trouvent, c'est peut-être fort intéressant pour les coupeurs de fils en quatre, pour les myopes, pour ceux qui se contentent de l'extérieur des choses, qui éprouvent une suprême jouissance à pouvoir, la bibliographie-catalogue en'main, inscrire sur leur exemplaire à eux : « collationné avec X.., complet, » mais c'est vraiment bien peu pour ceux qui ont une conception plus élevée du métier et de la science icono-bibliographique.
Et c'est pourquoi je crois devoir m'arrêter avec quelque insistance sur ce point. Déjà le baron Roger Portalis, dans la cinquième édition du Guide Cohen, déjà^Pa'ul Lacombe — érudit et travailleur consciencieux, — dans sa Bibliographie parisienne, avaient entrevu ce côté nouveau en joignait a*ux titres, des notes, des aperçus,, des renseignements complémentaires. Premier acheminement vers la conception analytique et descriptive.
Aujourd'hui, j'estime avoir donné la note juste, trouvé la forme précise de ce que doit être ^bibliographie; non plus une nomenclature sèche, aride, non plus une simple inscription sur une sorte de registre ad hoc, mais bien*rnè analyse, une description du sujet des gravures, un dépouillement complet du texte, avec la reproduction des passages curieux pouvant présenter un intérêt pour l'histoire, les modes ou les mœurs ; un aperçu vivant, coloré, une véritable photographie, si Ton ose s'exprimer ainsi, tenant en quelque sorte la place de l'objet lui-même pour celui qui ne le possède point et ne pourrait l'avoir sous les yeux.
Donc, d'une part, la copie minutieuse du libellé, soit de la couverture, soit du titre intérieur, malgré toutes les longueurs de certains sommaires, et avec toutes les excentricités de certaines orthographes — c'est l'objet que l'on présente — et, d'autre part, les curiosités, littéraires ou graphiques, du livre ainsi mis sur la table de dissection. Le titre indique; les notices donnent la physionomie pittoresque. Double travail qui a été poursuivi jusqu'au bout.
A la fois alphabétique et chronologique, afin de faciliter les recherches, cette œuvre a été soigneusement étudiée dans ses moindres détails : chaque volume cité est numéroté parce quec'est le moyen