PRÉFACE
L’ALMANACH -LIVRE A TRAVERS LES AGES
Les Prédictions, Prognostications et Éphémérides du XVII* siècle. — L’Almanach Royal et la Connoissance des Temps. — Paris veut avoir ses almanachs. — L’almanach du XVIII- siècle vise, de plus en plus, à se faire petit. — Prédominance de la note grivoise. — Les almanachs populaires et chantants. — Les almanachs galants, à figures. — Reliures et annonces-réclame. — Persistance de l’almanach illustré sous la Révolution. — Reliures à emblèmes révolutionnaires. — Les almanachs et le calendrier de la Révolution. — Formes diverses de l’almanach, au xix” siècle.
— Almanachs et chansonniers du premier Empire et de la Restauration. — Les cartonnages et les « feuilles de souvenirs. » — Popularité, à nouveau, des almanachs prophétiques. — Les almanachs de politique et de vulgarisation. — Les annuaires.
— Tendance à revenir aux publications élégantes du xvni° siècle.
'almanach, la véritable Bible de l'humanité; l’almanach, le livre multiforme, qui a revêtu tous les aspects, pris tous les formats, tantôt instrument de propagande et de vulgarisation, tantôt petit bijou de luxe ; ici, à l’usage des gens des campagnes, là, pour les galants abbés et les coquettes marquises; — l’almanach, recueil de prédictions, contes, balivernes, coqsà-l’âne et histoires grivoises; — l’almanach, choix de poésies galantes, aux titres ornés coquettement enguirlandés ; l’almanach qui, longtemps, fut le livre de chevet des raffinés et des lettrés; — l’almanach qu’on a pu appeler, avec raison, le seul livre dans lequel puissent épeler les gens qui ne savent pas lire ; — l’almanach qui, plus que tout autre, garde en lui quelque chose de l’humanité, avec ses feuilles de papier blanc destinées à recevoir les pensées, les dates mémorables de la vie ; l’aima-
nach qui nous transmet les impressions, les souvenirs d’inconnus (i) dans l’existence desquels nous prenons, ainsi, plaisir à pénétrer, avec lesquels nous entrons en communion, vivant, pour un instant, de leurs joies et de leurs peines ; — l’almanach, véritable livre-journal, confident de tant de secrets et de récits naïfs ; — l’almanach remis comme don par le facteur de la « petite poste » ; l’almanach offert comme présent d’étrennes en guise de bonbons ou de fleurs ! Tout un monde !
Car les douceurs du Fidèle Berger , du Mouton enguirlandé ou du Grand Monarque ne régnaient pas sans conteste en ce siècle heureux qui précéda le nôtre; car les « postiers » n’avaient pas encore trouvé l’horrible calendrier de bureau qui se fait petit et glacé pour pénétrer chez les gens du monde, et ce que le préposé aux boëtes vous apportait était bien un in-24, affublé du titre pittoresque de : Le Courrier Vigilant des Étrennes de la Poste , de la Ville et Banlieue de Paris , et agrémenté d’un couplet-préface au public :
Recevez ce petit présent,
C’est l’Étrenne du sentiment ;
Comptez toujours sur un Facteur,
Pour vous plein de zèle et d’ardeur ;
Et n’oubliez pas le Commis De la p’tit’ Poste de Paris.
« L’Étrenne du Sentiment », qu’en termes galants les « postiers » du xvme siècle savaient faire appel à la générosité du public !
Eh bien ! tout cela, almanachs, annuaires, chansonniers, de tous les formats, de toutes les époques, de tous les genres, va défiler ici dans ce volume, véritable monument élevé à la gloire de l’almanach, malgré son apparence cataloguesque.
Et ce que nous allons esquisser, en ces pages préfaciales, c’est une sorte de physiologie, de physionomie d’une espèce livresque vue à travers les âges.
Dix-septième siècle ! Époque de triomphe pour ces grands calendriers en forme d’estampes, quelquefois aussi volumineux que les thèses
(1) Mentionnons, à ce propos, les curieuses annotations de l'avocat Bruneau sur V Almanach Historial des années 1661 à i663, portant presque toutes sur les événements qui se sont passés à Paris. (Voir le Manuel du Libraire de Brunet, tome I, colonnes 1291 et 1292, et tome V, colonne 186.) — Brunet avait acheté à l’étalage de Grandemenge, sur le quai Voltaire, l’almanach de 1 665 avec des annotations dudit personnage.
l’almanach a TRAVERS LES AGES
à sujets ornés, créés tout exprès, on pourrait le croire, pour raconter en images les victoires du Grand Roi. Le livre, lui, a les Prophéties , les Prédictions , les Prognostications , les Ephémérides, « grandes et petites, amples et mémorables, nouvelles et anciennes, universelles, remarquables, récréatives », et surtout infaillibles , prédisant « changemens et mutations de l’air, maladies de notre pauvre nature humaine, fertilité ou infertilité des biens terriens », supputées sur les figures astrologiques ou selon la doctrine secrettedes anciens Arabes astrologues et des cabalistes Hébreux.
Et tous ces « renommés supputateurs d’éphémérides célestes » — ce sont les qualificatifs qu’ils s’octroyent eux-mêmes, en leur modestie, — toujours disciples de Nostradamus, de Thomas Moult ou de Mathieu Lænsberg, quand ce n’est pas d’illustres contemporains inconnus, cherchent avec le plus grand sérieux, à « apaiser les désastres et les malheurs dont les astres menassent », donnent l’indication des « jours heureux et des jours qu’on dit être périlleux », des jours où 'il faut se raser et se purger, des jours où il faut entreprendre voyage ou affaire, posant même des règles « pour savoir à quelle opération la lune est bonne, quand elle se trouve en chacun des signes du zodiaque ( i ) » . Déjà Nostradamus
(i) Voici, comme type du genre, les « règles» données par V Almanach de Milan, de 1679.
Règle pour scavoir à quelle opération la Lune est bonne, quand elle se trouve en chacun des signes du Zodiaque.
La Lune dans l’Ariés ou Bellier y
Est bonne pour semer, se baigner, prendre Remedes, particulièrement pour la teste, gorge, poitrine, et pour les Phlegmatiques, faire Voyages, Dépescher Lettres, Exprès et Courriers.
La Lune dans le Taureau
Est bonne pour vendre, acquérir, contracter, cultiver, bastir, faire alliances et amitiez, se promener, prendre Remedes, Médecines, et se faire baigner.
La Lune dans les Gémeaux Jj
Est propre à contracter, faire étudier les Enfants, et leur apprendre Mestier. Il faut prendre garde à ne se point saigner des bras.
La Lune dans l’Ecrevisse S
Bonne à commencer Voyages, s’approprier la teste, en se faisant couper les cheveux; chasser, pescher, semer et planter.
La Lune dans le Lyon Q
Très bonne pour contracter, vendre et acheter, cultiver, bastir Maisons, fondre Métaux, travailler au feu et aux eaux, chasser, pescher, prendre Remedes, Médecines et Bains pour les tempéramens humides.
La Lune dans la Vierge np
Est bonne pour entreprendre Voyages, contracter, vendre, acheter, négocier, s’appliquer aux Sciences et Mestiers selon sa Profession; cultiver, bastir, écrire, chasser, pescher, prendre Medecine, se faire saigner et baigner.
« le grand prophétiseur » avait été' quelque peu malmené par les savants du xviie siècle. C’est à son sujet que Guy Patin écrivait : « Tout ce qu’a fait ce Nostradamus ne sont que des rêveries et des rébus de Provence. Je trouve fort bon ce distique (i) que vous m’avez envoyé contre lui, mais il est imprimé autrement dans le recueil des vers du propre auteur, et meilleur, ce me sémble.
« Nostra damus cum verba damus, non fallere nostrum est.
« Et quum verba damus nil nisi nostra damus. »
Aussi, malgré les titres pompeux qu’ils se donnent, tous ces faiseurs d’almanachs, tous ces « diligents calculateurs » en chambre n’échappent pas, eux non plus, à la satire, et plusieurs plaquettes, telles les Grandes et Récréatives Prognostications pour l'année 08145000470 (voirn0 18), tournent en ridicule une science « qui se puise en les joyeusetés du boire (2) ». Si La Fontaine fait tomber son astrologue dans un puits, pour avoir voulu regarder trop attentivement les étoiles, d’autres, moins respectueux, représentaient ces faux savants rédigeant leurs prophéties, après être « tombés dans un puits de vin ». C’est également à
La Lune dans la Balance
Est propre à faire Voyages, contracter, changer de demeure et de Vestemens, faire alliances et amitiez, couper les cheveux. Ceux qui ont des maux de pierre, ne doivent point se faire tailler.
La Lune dans le Scorpion nq
N’est bonne qu’à purger les Colériques. Il faut faire abstinence des plaisirs de Vénus. Les maux des Parties honteuses y sont très dangereux, et il faut bien se garder d’y faire aucune incision.
La Lune dans le Sagitaire ■)-)
Est propre pour acheter Chevaux, les dompter et mettre au Manège, fondre Métaux, purifier l’Or, chasser, pescher, se baigner et faire saigner.
La Lune dans le Capricorne Jb Est bonne pour saigner les Sanguins et faire Voyages.
La Lune dans le Verseau æe
Est très bonne pour cultiver, bastir, prendre Domestiques, faire Nopces, alliances et amitiez, constituer Rentes, étudier aux Sciences, particulièrement à la Chymie.
La Lune dans les Poissons
Est bonne pour contracter, vendre et acheter, faire Mariages et Alliances, entreprendre Voyage de Mer, traiter d’affaires avec les Grands, solliciter les Juges, purifier Métaux, prendre Médecine, se faire saigner et ventouser, à l’exception des pieds.
(1) Ce distique, signé Carolus Utinovius, est attribué à Théodore de Bèze.
(2) On peut également citer, comme exemple de ces satires, la pièce suivante mentionnée par Brunet comme introuvable :
— Almanach merveilleux pour les jours de Caresme prenant de cette même année, par le sieur de Peu-de-Soucy, baron d’Aimejoye, au lecteur Chasse-Mélancolie. A Paris, chez P. Chevalier, s. d. (vers 1610). In-8.
l’almanach A TRAVERS LES AGES
ce s astrologues almanackiens que s’applique l’épigramme de Le Joly d’Accilly :
Plus que vous, o vains Interprètes Des influences des Planètes,
Je suis savant à deviner;
Malgré vos pratiques secrettes Je devine assez que vous êtes Des Gens qui cherchez à disner.
Et c’est encore, tous ces gens « pronostiquant pour disner » que visera, au siècle suivant, la satire Imaginations extravagantes de M. Ouste , amusante parodie des tortures intellectuelles subies par les « faiseurs d’avenir ». En outre, Louis XIV régnait, et le Grand Roi n’avait qu’une sympathie très modérée pour l’astrologie, pour ces « rimailleurs, » qui? sous couleur de prédictions, ne craignaient pas de se livrer à des critiques qu’une rigoureuse administration ne pouvait tolérer, même présentées sous une forme discrète.
Bientôt, malgré les productions multiples enfantées par les officines troyennes, les almanachs de tous ces « professeurs ès-sciences célestes » furent considérés comme bons pour les petites gens ; les seigneurs et les nobles dames qui consultaient souvent Y Estât de la France dans sa perfection et les annuaires officiels de même nature, se prirent d’un goût tout particulier pour les Almanach d' Amour, pour les Almanach des Belles où l’on donnait, avec le plus grand sérieux, les douze signes et les mois de « l’année d’Amour. »
Du reste, Paris s’était insurgé contre la prétention des imprimeurs provinciaux de vouloir imposer à la capitale des almanachs « supputés pour les provinces » et, en 1677, Y Almanach de Paris inaugurait des éphémérides où l'on avait soin de ne prédire « aucune des choses que l’homme ne peut connoistre ». On a tout lieu de croire que l’influence du Grand Roi ne fut pas étrangère à cette publication. Enfin, deux années plus tard, en 1679, se créait sous l’égide de l’Académie des Sciences, la Connoissance des Temps , ces « éphémérides du lever et du coucher du soleil » dont le titre fut considéré par d’aucuns comme une allusion à la puissance de Louis XIV, et qui, alors bien plus répandues qu’aujourd’hui, portèrent un coup direct aux astrologues troyens. « Permettez, mon ami, qu’avant de vous répondre », écrivait un conseiller au présidial de Montpellier, « je consulte ma Connoissance des Temps » et souvent, en effet, dans l’entourage de Versailles, l’annuaire pour lequel Lepautre avait gravé un titre, se trouvera feuilleté,
invoqué comme une autorité incontestable. Signe des temps; on sortait avec sa Connoissance des Temps.
Le xviie siècle qui avait créé les « Annuaires officiels » devait également donner les premiers livres d’adresses. Grâce à Nicolas de Blégny, médecin-bandagiste du Roi, les Adresses de la Ville de Paris et Le Livre commode parurent en 1690 et 1692. (1) Toutefois, la publicationtype de cette époque, pompeuse entre toutes, c’est Y Almanach Royal qui, par son titre même, confirme la prise de possession du pays par le Roi et relègue à l’arrière-plan Y Etat de la France.
L’in-4, ce format initial de l’almanach, triomphe en sa toute-puissance, mais il semble que le monarque l’ait pris pour lui, l’ait choisi pour en faire sa chose, tandis que les petits formats se multiplient avec les Élrennes qui vont devenir le type de toute une série de publications annuelles joignant au calendrier, la généalogie des maisons régnantes, « l’idée générale de la France » — c’est le terme consacré — les gouvernements et les administrations, « l’idée et détail de Paris » — autre qualification employée — des curiosités diverses et une chronologie des choses remarquables.
C’est ainsi que se peut observer la très curieuse évolution subie par l’almanach créé pour prédire, pour «voir dans l’avenir par les astres» et qui, subitement, arrivait à renseigner uniquement sur les choses du temps présent, se contentant d’enregistrer certains faits et de noter certaines découvertes. Caractéristique, également, cette sorte de reprise'de l’autorité par le pouvoir royal, car si nombre d 'Historial de la première moitié du siècle étaient dédiés au Roy Très-Chrétien, contenant à son adresse des quatrains où la flatterie pouvait se donner libre cours, les maisons régnantes ne prenaient, en ces volumes, qu’une place fort restreinte et l’organisation du pays était reléguée à l’arrière-plan. Désormais, les almanachs ce seront le Roi et l’Etat, idée nouvelle qui n’a point cessé de régner, et qui se retrouve de nos jours, non moins vivace, dans Y Almanach National , Annuaire officiel de la République française.
L’ Almanach Royal d’un côté, et les petits in-24, d’un autre côté, devaient, par cela même qu’ils s’offraient en cadeaux d’étrennes, ou qu’ils constituaient le Livre du Roy , développer considérablement le goût des
(1) C’est au père de Montaigne qu’appartiendrait la pensée première des livres d’adresses, ou, tout au moins, des livres d’annonces. On peut voir, en effet, ce que Montaigne en a dit au chapitre xxxiv du livre 1 de ses Essais. L’idée du père de Montaigne n’était pas vulgaire. Ils s’inspirait, sans le savoir, d’Aristote lui-même, déplorant que les hommes n’eussent pas trouvé le moyen de se faire connaître les uns aux autres les objets d'échange qui sont entre leurs mains, et que tant de travail et de productions fussent incessamment perdus, faute d’être mis en évidence.
l’almanach a TRAVERS LES AGES
belles reliures. D’où le luxe des armoiries, des ex -libris écussonnés, des fers fleurdelysés ; dJoù les reliures en diamant, en or, en argent, les maroquins pleins pour V Almanach Royal , les fantaisies de la mode pour les petits in- 24 et même pour ce Calendrier de la Cour qui fait du Roi et de sa toute-puissance un objet portatif. Ici, l’almanach de l’intérieur, celui qui doit se laisser voir en bonne place sur la table ; là, l’almanach du dehors, celui qu’on emporte avec soi, qu’on met dans sa poche pour pouvoir, au besoin, le consulter. Une comédie curieuse nous narre le désespoir d’un gentilhomme parti à la campagne sans avoir pris son Calendrier de la Cour.
Les habitudes, les formes extérieures même, ne se sont point modifiées. Jadis on réunissait plusieurs de ces publications en un volume et, sous un titre factice : Recueil d’ Almanachs présenté au Roy (1), on les soumettait au Souverain : aujourd’hui, un écho, inséré à la première page des journaux, apprend au public que les éditeurs ont présenté au chef de l’État, qui a bien daigné en accepter l’offre, le premier exemplaire de l’annuaire officiel.
Voici le xvme siècle, le xvme siècle avec ses fantaisies qui dégénèrent souvent en folies. Jusqu’en 1750 rien de particulier. Des calendriers historiques, un almanach bibliographique, — saluons au passage cet ancêtre ! — des listes de princes et de seigneurs qui ont eu l’honneur de manger avec le Roi , — les journaux donnent bien, de nos jours, en cette démocratique fin de siècle, les noms des convives invités aux banquets du Conseil Municipal, — des almanachs de rébus et de calembours, — généralement se vendant Nulle part, à X.. .ville on che { Bon Débit , à V Esprit de vin — des almanachs de la table, des agendas du voyageur, des annuaires industriels, — tel Y Esprit du Commerce; on dirait, aujourd’hui, le livre d'or — des almanachs burlesques ou folichons, — tels Y Almanach des Cocus ou Amusements pour le beau sexe , — des agendas de théâtres, des Étrennes logogriphes — un genre qui va se développer
dans des proportions considérables, des almanachs consacrés aux
« Amusements de Paris « — la vie extérieure commençait à se manifester, — des almanachs de proverbes — encore un genre qui doit fleurir, — des almanachs généalogiques, des états militaires, des calendriers
(1) Voir plusieurs de ces titres, à partir de 1666, à la Bibl. de l’Arsenal et, notamment, le suivant : Recveil d’ Almanachs présenté av Roy [Par Damien Foucault, imprimeur et libraire ordinaire de Sa Majesté, gendre de feu P. Rocolet M.DG.LXVI. (1666-1682). Armoiries sur le titre. Prédictions mensuelles, avec l’Almanach du Palais.
pour les jardiniers et les gens de métiers, tout comme il y en a pour les princes et la noblesse; — bref, de tout un peu; l’almanach se généralise, cherche à intéresser toutes les classes, à répondre à tous les besoins. Mais les deux réelles caractéristiques de cette première période ce sont les publications qui se font l’écho des querelles jansénistes, qui nous donnent les almanachs du Diable avec leurs prédictions carminifiques, Y Almanach de Dieu , les almanachs de pratique, et l’apparition des Étrennes Mignonnes, cet élégant in-24, aux titres gravés, qui engendrera toute une dynastie d’ « Etrennes » dont la popularité ne sera pas sans nuire considérablement aux élucubrations des astrologues troyens. Avec le xvme siècle Paris reprend définitivement son rôle : à la capitale, les publications destinées à amuser, à égayer les masses ; aux provinces, les almanachs locaux.
Après 1750 l’almanach qui s’est fait tout petit, l’almanach qui se confine dans l’in-32, qui va même jusqu’aux formats pour breloques, à ces minuscules dont quelques marchands - bijoutiers et certains graveurs aux indications bizarres ont alors, seuls, la spécialité, règne sans conteste. D’abord populaire, avec les Magies , — magie blanche, magie noire, magie rouge, tout y passe, — avec les Tablettes de Thalie, avec les Oracles de Cythère, avec les Étrennes emblématiques et chantantes, avec les Almanachs du Sort, avec les Almanachs poissards, avec les Etrennes badines ou bouffonnes, avec les Étrennes qui « partent du cœur », avec les almanachs des Amours et du Sentiment, avec les almanachs Ramponeau, « dédiés aux ribotteux et polissons », avec les Espiègleries de l’Amour, avec les « Perles », avec les « Bouquets », etc., etc. Petit format, petit texte, pages encadrées typographiquement, feuilles de musique se dépliant — car l’on chante partout les airs des Vauxhalls, ces cafés-concerts du jour, — titres aux formes toujours identiques, rarement encore gravés. Une véritable pluie de publications sortant d’un certain nombre d’officines : — Valleyre, rue de la Vieille-Bouclerie ; Cailleau, rue du Foin-Saint-Jacques, puis rue saint-Séverin; Cailleau fils, rue Galande; Valade (1), Duchesne, puis son successeur, la veuve Duchesne, tous deux rue Saint-Jacques; Grangé, rue de la Parcheminerie; Gueffier, parvis Notre-Dame; Cuissart, puis Dufour, au milieu du quai de Gesvres ; Langlois, rue du Petit-Pont; Tiger, au Pilier littéraire, place de Cambrai; Fournier, rue du Hurepoix, près du pont Saint-Michel; Demoraine, rue St-Jacques (2) ; — le colpor-
(1) Valade demeurera, par la suite, rue des Noyers.
(2) Voir, pour les renseignements sur ces libraires, le Catalogue chronologique des libraires et libraires-imprimeurs de Paris, par A. M. Lottin, 1787.
tage de l’e'poque, le colportage que transportent sur leur dos, en ballots serrés, marchands et marchandes.
Ce sont, au commencement, des jeux innocents, des demandes, avec réponses pour les filles et les garçons — il en est même pour les femmes mariées — mais, peu à peu, la note grivoise prédomine, ainsi qu’on peut le voir dans cette chanson du marchand d’almanachs, un type pris sur le vif dans les Cris de Paris de Poisson que croqueront, souvent, les Saint-Aubin et qu’esquissera Eisen :