‹ Les Alpes françaisesChapitre 18 sur 89 · VALLEE DU RHIN · texte numérisé non relu

VALLEE DU RHIN

Grâce a la détermination précise de notre sujet, nous pourrions échapper à l'alternative de faire un choix entre les deux systèmes ; nous tenons pourtant à avouer franchement que les théories adoptées par M. de Lapparent nous paraissent assez rationnelles pour que nous nous placions parmi les disciples de l'École française !

L'examen superficiel de la chaîne des Alpes, que nous avons fait à propos de l'orographie alpine, ne peut nous

FiG. I. — Coupe de la vallée du Rhin.

G>upe transversale théorique des Vosges, de la Forêt-Noire, de la vallée du Rhin, d après M. le professeur ANOREiC. (Fig. 4. Bne ibeoretiscbe Reflexion ibjr.., . Réunion de médecins cl de naturalistes à Heidelberg, 1887 ) — I . Formations archéennes et paléozoîques plissées, le permien inclus, constituant les piliers du Horst (direction générale à peu près NE SO). — Formations mésozoïques composées en majeure partie, au-dessus des piliers du Horst f de grès vosgien. — 3. Tertiaire disposé en coin, fissuré du côté gauche par glissement (épaisseur exagérée), recouvert par le diluvium. H. failles principales. N, failles secondaires. V, failles latérales qui ont provoqué la forme de gradins sur les versants lorrain et wurtembergeois des deux chaînes.

suffire pour prouver l'unité de formation de cette chaîne, malgré la constatation de l'arrangement symétrique de tous les éléments de ce massif. Nous allons donc essayer de rendre cette unité encore plus évidente en disant que tout le long de la chaîne des Alpes, la disposition et le classement stratigraphiques des terrains qui en forment la bordure extérieure, indiquent claire-

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ment que les derniers soulèvements de la chaîne entière ont dû s'opérer à la même époque dans toute son étendue. Cette similitude d'âge est le meilleur argument en faveur de l'unité de tout le système, depuis le bassin du Danube jusqu'à la Méditerranée, sans qu'on ait à tenir compte de ses flexions, de ses changements de direction.

Partout, aussi bien en Dauphiné qu'en Suisse, les derniers terrains soulevés et plissés appartiennent aux formations mollassiques ou tertiaires moyennes, tandis que les couches pliocènes ou tertiaires supérieures ont gardé leur horizontalité. Ces couches pliocènes ont donc été déposées après le soulèvement de la chaîne dont il devient facile de préciser l'âge.

Afin de rendre plus claire cette disposition, nous empruntons à M. de Lapparent* une coupe, dressée par M. Heim, pour montrer les arrangements de la mollasse sur le bord nord-ouest du massif alpin. Les pressions latérales ont été tellement énergiques, que la mollasse a été froissée et forme un grand pli anticlinal dont l'arête s'élève à de grandes hauteurs près de Thoune et au Rigi, bien que les couches mollassiques repliées et renversées sur elles-mêmes semblent généralement plonger sous les couches plus anciennes, ainsi qu'on le voit sur la figure 2.

Tout le long de la grande chaîne, on pourrait dresser des coupes stratigraphiques analogues. Celle-ci peut

* De Lapparent, Traite de géologie, 2« édit., p. 1407.

donc nous suffire pour indiquer les dispositions relatives des divers terrains.

En général, quand on parle de Tâge du soulèvement des Alpes, il s*agit toujours du dernier grand soulèvement de la chaîne, car tout le massif alpin n'a pas surgi brusquement, et, comme le dit M. de LapparentS le soulèvement des Alpes a été, en quelque sorte, une œuvre de longue haleine. 11 n'y a pas identité complète

Direction du lac de' Zurich

Walen

FiG. 2 . — Coupe du versant nord des Alpes montrant les plissements de la mollasse et son plongement apparent sous les couches plus anciennes. D'après M. Heim.)

I , Schistes cristallins ; 2, verrucano, etc. ; 3, couches jurassiques ; 4, dépôts crétacés ; 5, dépôts éocènes; 6, mollasse.

d'âge entre les chaînons. Ils ont été ébauchés les uns après les autres, puis soulevés ensemble une dernière fois.

Au moment du dépôt du carboniférien % ou peu après, les Alpes ont subi un premier exhaussement. Le trias et les terrains plus récents se sont sédimentés sur des couches fracturées et dénivelées, et les terres émergées.

* Cf, De Lapparent, Traité de géologie^ 2^ édit. p. 1409 et suiv. 2 Shmidt, Zur Géologie der schwei:^er Alpen^ in Er. Favre. Rev. géoL suisse, t, XX, p. 32, 1889.

Falsan, Les Alpes Françaises.

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au lieu de former, comme de nos jours, une région bouleversée, déchirée, constituaient pendant les périodes jurassiques et crétacées, de vastes et monotones plateaux.

Mais la fin de Tépoque éocène et le commencement de répoque miocène ont été les témoins des grands soulèvements alpins, ainsi que de la formation des plissements ondulés du jura. Tout autour, en dehors des Alpes, les régions voisines ne furent affectées que de mouvements généraux qui repoussèrent au loin les dernières parties des anciennes mers. Dès la fin de Tépoque mésozoïque, les Vosges, la Forêt-Noire, la Bohême, gardèrent une immobilité relative qui ne fut troublée que par la formation des failles qui découpent leurs massifs, mais leur résistance fut cependant assez grande pour arrêter la propagation des soulèvements alpins vers le nord et donner à la chaîne les limites septentrionales qu'elle a encore aujourd'hui.

Puisque, d'après M. Marcel Bertrand, ainsi que nous l'avons dit, les grands plissements de la chaîne des Alpes ne paraissent être que le résultat du refoulement d'une portion d'un fuseau de Técorce terrestre, écrasée, entre l'Afrique et l'Europe septentrionale. 11 est facile de comprendre qu'un effort dynamique aussi puissant, lorsqu'il n'a pu se propager en ligne directe devant lui, a dû se décomposer latéralement en plusieurs systèmes secondaires qui se sont prolongés au loin en suivant les directions que lui imposait la résistance plus ou moins grande de chaque région.

Les obstacles inébranlables ne se sont pas tous rencon-

ETENDUE OROGRAPHiaUE DU SYSTEME ALPIN JT

très vers la bordure septentrionale des Alpes, contre laquelle sont venues se heurter et se briser les couches soulevées du miocène. A l'est et à l'ouest, des massifs anciennement consolidés obligèrent le mouvement de propagation à suivre des directions divergentes ou bien à s'infléchir vers le sud. A l'extrémité orientale de la chaîne des Alpes, les plaines de la Hongrie et du Banat ont non seulement résisté à la poussée générale, mais encore, par leur fixité inébranlable, elles l'ont forcée à. diviser son action en deux systèmes principaux. L'un, se dirigeant au nord-est, a franchi la vallée du Danube pour aller constituer plus loin les Petits-Karpathes, le Tatra et la grande chaîne desKarpathes ; l'autre, descendant au sud-est, a rejoint par les Alpes Dinariques les monts Balkans. Ces deux systèmes de montagnes, après avoir enveloppé le Horst hongrois se sont réunis entre la Serbie et la Bulgarie, mais leur union a été promptement rompue. Au sud, les plissements des monts du Pinde se sont continués jusqu'à l'extrémité de la Péninsule hellénique, tandis que des rameaux détachés des Balkans se sont prolongés et sont allés atteindre les bords de la mer Noire et de la mer de Marmara. Cette coupure, occupée par la mer, ne sert même pas de limite à ces dépendances du système alpin ; la force soulevante semble l'avoir franchie souterrainement comme elle a franchi la vallée du Danube. Les études géologiques aussi hardies . que sérieuses de M. le professeur Suess permettent d'en suivre le développement à travers l'Asie Mineure, jusqu'au Caucase et à l'Himalaya !

Prenons toujours pour guides M. Marcel Bertrand et M. Suess, et transportons-nous à l'ouest des Alpes Centrales. Nous voyons qu'il s'y est produit des phénomènes orogéniques analogues à ceux dont nous venons de nous occuper. Le Plateau Central, les Cévennes, les massifs anciens des Maures et de TEsterel, la Corse et la Sardaigne ont joué, à l'ouest de la grande chaîne des Alpes, le même rôle que la Hongrie à l'est. Ils ont forcé la chaîne à se dévier, d'abord au sud, puis au sud-est, et au sud-ouest, sans en rompre l'unité géologique. Les masses cristallines, les Horste de la Provence, ont déterminé, par leur résistance, la formation d'une patte d'oie, ou plutôt d'une division multiple dé la chaîne maîresse. Le prolongement direct des Alpes Occidentales s'est continué sans interruption par les Apennins et ne s'est arrêté qu'aux limites de l'Italie méridionale ; mais d'autres plissements se sont propagés à l'ouest en laissant derrière eux les Alpes Provençales comme résultats des mêmes pressions.

A une certaine profondeur et sous un manteau d'alluvions, on retrouve, au delà du Rhône, la continuation de chaînons montagneux qui ne sont encore que des dépendances du système alpin, comme on en a reconnu de l'autre côté du Danube et du Bosphore. Les mêmes efforts apparaissent dans toute la chaîne des Pyrénées et jusque dans les montagnes de l'Andalousie !

Les Pyrénées ne sont donc plus une chaîne isolée, et, si l'on regarde la chaîne des Alpes comme la dorsale de

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fi' hcT'ùyrucnA' F1G.3. — Carte o rographique des anciennes chaînes de l'Europe.

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TEurope, les montagnes de la Grèce, de l'Italie et de l'Espagne en sont les apophyses méridionales !

Nous allons agrandir encore notre horizon et, toujours sous la direction de M. Bertrand* et de M. Suess, nous allons chercher le rôle que le soulèvement du système alpin a joué dans la formation du continent européen. L'Europe est formée par les débris de trois grandes chaînes, ou de trois immenses vagues rocheuses qui, successivement et à de longs intervalles, sont venues du midi se heurter contre les parties septentrionales déjà consolidées de l'-ancienne Europe.

La plus rapprochée du nord, la chaîne primordiale, n'est qu'une succession de plissements de gneiss, souvent renversés sur le silurien. Elle est recouverte par des couches dévoniennes et carbonifères sensiblement horizontales, qui ont résisté aux poussées plus récentes. Cette chaîne, appelée Calédonienne, part du nord de l'Ecosse et suit les bords de la Norvège sous le nom à* Alpes Scandinaves (fig. 3).

Plus au sud, on a reconstitué une seconde chaîne, moins ancienne, qu'on nomme Hercynienne. Elle traverse l'Europe en écharpe depuis la Sibérie jusqu'au sud de rirlande. Des efforts latéraux successifs lui ont donné une origine analogue à celle des Alpes. Mais depuis son soulèvement, elle a subi de nombreuses fractures, des torsions, des tassements, et elle ne pré-

* M. Marcel Bertrand, La Chaîne des Alpes et la formation du continent européen (Bull, Soc. géoh, 3® sér., t. XV, p. 437, 1887).

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