ALPES DE PROVENCE. OBSERVATOIRE DU MONT VENTOUX I
L'ensemble des Alpes de Provence n*est que le prolongement des montagnes stratifiées qui enveloppent, comme d'une ceinture, les roches cristallines du versant ouest de la grande chaîne. Cest, en définitive, la même symétrie que celle qu'on remarque depuis les bords du Danube, les mêmes allures parallèles ou concentriques des chaînes. Seulement, nous ferons observer que, vers le Comtat, il s'est opéré un brusque mouvement tournant vers l'ouest, et que les chaînes, après s'être développées en moyenne du nord-nord-est au sud-sud-ouest, grossièrement dans le sens de la vallée du Rhône, forment des plissements transversaux à cette même vallée. Le k'entoux(i()i2"')y avec son arête dénudée et blanchâtre, de 20 kilomètres de longueur, indique ce changement de direction en se projetant vivement à l'ouest au-dessus des plaines et des collines ensoleillées qui l'entourent. Cette allure de Test à l'ouest devient la plus commune pour tous les chaînons qui terminent le massif alpin au sud.
De tout temps on a admiré le magnifique panorama qu'on découvre du sommet du mont Ventoux, mais pour utiliser dignement ce superbe observatoire naturel, de près de 2000 mètres de hauteur, la Commission météorologique de Vaucluse Ta consacré à la science. Grâce à l'initiative de M. Bouvier, d'Avignon, et de M. Pamard, elle y a fait construire, près d'un ancien oratoire, un établissement enrichi des instruments nécessaires pour y faire des observations astronomiques et des études météorologiques. C'est ainsi que dans toute la
chaîne des Alpes, depuis le Rhône jusqu'en AutricheS les sommets les plus élevés, les plus déserts, deviennent des sanctuaires scientifiques !
Les Alpes de Provence peuvent se diviser en deux groupes principaux : les Grandes Alpes ou contreforts des /llpes Maritimes et les Petites Alpes ou chaînes seconiiaires. Les premières sont séparées des secondes par le Buech, la Durance, le Verdon et une partie du cours du Var. Des pentes couvertes de grands éboulis et couronnées par des masses escarpées et blanchâtres du crétacé inférieur donnent leur caractère original aux montagnes de la Provence, saupoudrées de neige en hiver, puis brûlées par le soleil et revêtues chaque été d'un manteau de plantes parfumées et résineuses. Deux chaînons des Grandes Alpes Provençales, \^ montagne Blanche (2^10^), le Cheval-Blanc (2323™), ainsi que le Grand-Cheval'de-Bois (284 1"'), au nord du joli lac d'Allos (2237"*), et plusieurs autres viennent converger vers les sommets des Trois-Èvèchél (2927"*) qui servent de nœuds à tout le système.
En dehors des dernières limites que nous venons de tracer, les Petites Alpes de Provence se ramifient et s'allongent en plissements de Test à l'ouest,- parallèlement au Ventoux. Citons les montagnes de Vaucluse, d'où s'échappe la célèbre fontaine, les Alpines, la montagne de Lure (1827"^), le Luberon (i 125"»), si riche en débris
1 station météorologique du Sonnblick (3195 mètres) dans les Hohe Tauern (Tyrol).
LES MAURES ET i/ESTEREL I29
d'animaux fossiles. Sainte- t^ictoir e (i ou""), près d'Aix et du champ de Fourrière engraissé du sang des Cimbres- et des Teutons, la montagne de la Sainte- Baume ( 1 1 54""), avec la grotte de sainte Madeleine ; enfin les montagnes des environs de Toulon, le Gros-Cerveau (443"*), et les montagnes d'Evenos (408*"), que partagent les Gorges d'Ollioules, de sinistre mémoire, le Faron (580"), qui défend par ses batteries et ses forts les deux rades et les arsenaux. Le Coudon (702"^), lorsqu'on le regarde des bords de la mer, semble terminer brusquement tout cet immense système, en se campant comme un sphinx en face de la vallée du Gapeau et des collines d'Hyères.
Mais, en réalité, les chaînes et les massifs calcaires, jurassiques et crétacés se continuent du côté de Draguignan jusqu'au delà de Nice et de Menton pour atteindre les terrains nummulitiques de la vallée de la Roya (Italie), au delà de notre frontière. A partir du Coudon jusqu'à Fréjus et TEsterel, ces masses stratifiées laissent, entre elles et le massif schisteux et cristallin des Maures, une large vallée dans laquelle passent la route et le chemin de fer d'Italie.
De Marseille à Toulon, les derniers contreforts des Petites Alpes baignent leur pied dans les flots de la Méditerranée; mais, plus à l'est, ce sont les collines des Maures et de ÏEsterelqm servent de rivage à la mer. Ces deux groupes de montagnes, aux contours arrondis et pleins de douceur, couverts de chênes-lièges, de pins d'Alep, bordés de pins parasols, présentent, par l«urs
FAtSAM, Les Alpes Franç«{set. ^
teintes sombres, un vif contraste avec les silhouettes anguleuses et les nuances blanchâtres des Alpes calcaires de la Provence. Une étude plus approfondie fait encore mieux ressortir ces différences.