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CHAPITRE V

Considérations générales sur l'hydrographie des Alpes Occidentales. — Principaux cours d'eau du versant français et du versant italien ; leurs dispositions orographiques. — Rivières coulant dans d'étroites crevasses. — Sources des rivières 'près des glaciers. — Lacs principaux ; leur action régulatrice du débit des eaux. — Lac des Merveilles. — Lacs de montagnes, Hocbseen; leur nombre, leur origine. — Lacs de plaines ; leur comblement partiel ou total. — Lacs morainiques. — Lacs temporaires barrés par des éboulements de terrain ou de glace. — Cascades. — Sources vauclusiennes. — Fontis, bétoires, etc., cours d'eau souterrains, grottes. — Sources intermittentes. — Fontaines à fumerolles. — Sources minérales et thermales, — Canaux d'irrigation.

L'étude de l'hydrographie des Alpes Occidentales fait encore mieux comprendre et rend plus évidentes les dispositions de leurs chaînes principales et secondaires, car la direction des cours d'eau est forcément la conséquence des formes orographiques de toute région.

A l'ouest des Alpes Occidentales, un grand fleuve, le Rhône, après s'être échappé des défilés de la Savoie, du Jura et du Bugey, descend en ligne droite depuis Lyon jusque vers te sud et la Méditerranée, en recevant, sur sa

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rive gauche, un certain nombre d'affluents, d'une longueur peu considérable, dirigés plus ou moins directement vers Touest, à partir de la ligne de frontière, de la ligne des grandes montagnes qui se prolonge au sud et au sud-est.

La Dranse se jette dans le lac de Genève ; mais ÏÂrve, les Usses, le Fier et le Chéran, le Guiers, V Isère grossie de VArc, de la Romanche et du Drac, la Drame, V Aiguës, la Sorgue et YOuvèie, la Durance, le cours d'eau le plus considérable de la Provence avec le yerdon, son principal affluent, sont tous des tributaires du Rhône, et VArc termine cette série, en se déversant dans l'étang de Berre. VHuveaune, le Gapeau, ÏArgetis, le yar et plusieurs autres petits cours d'eau se jettent directement dans la Méditerranée.

De l'autre côté de la grande chaîne, sur le versant italien, s'étend le bassin d'un autre grand fleuve, le Pô, dont le cours, orienté d'une manière toute différente, se dirige, non vers le sud, mais à l'est, vers l'Adriatique . A un point de son cours supérieur, soit les environs de Turin, ce fleuve reçoit de nombreux affluents qui sont presque tous bien moins développés que les cours d'eau du versant français ou de la vallée du Rhône, et qui viennent promptement converger les uns vers les autres, nu lieu de s'écouler au loin et de s'échdooner Je long d'une même rive. On peut conclura jdte.cçlfl|je?4ispc3^i hydrographique, non seulement que ces <|^îX bassins

* Cf. Reclus, La Terr^,

HYDROGRAPHIE DES ALPES OCCIDENTALES l}}

sont de forme très différente, mais encore que la ligne de partage des eaux divise la région alpine en deux sections très inégales en surface, et que les pentes du versant français sont bien plus étendues et bien plus douces que celles du versant italien. En effet, en France, les pentes se développent en une série de gradins et de plaines jusqu'au thalweg de la vallée du Rhône, en se ramifiant à travers trois grandes provinces, la Savoie, le Dauphiné et la Provence, tandis que, du côté du Piémont, les Alpes se dressent brusquement, comme une sorte d'amphithéâtre qui domine tout le bassin supérieur du Pô. Ainsi que nous venons de le dire, de ce croissant de montagnes se détachent de nombreux contreforts qui viennent aboutir à un centre commun, non loin de Turin; et entre chacun de ces nombreux bourrelets, est encaissé un des affluents du Pô. Voici les principaux, à partir du nord : la Dora Baltea qui prend sa source au pied du mont Blanc; YOrco qui coule au sud du Grand-Paradis ; la SiurUy puis la Dora Riparia que côtoie le chemin de fer allant de France en Italie par le tunnel du mont Cenis ou de Fréjus ; le Pellice avec le Chisone. Plus au sud, le Pô sort du mont Viso ; la Varaita, la Maira ont leurs sources dans les Alpes Maritimes. La Stura^ après avoir pris naissance près du col de Larche ou de l'Argentière, se jette dans le Tanaro qui, lui-même, va rejoindre le Pô au delà des montagnes du Montferrat. Les directions moyennes de ces cours d'eau convergent vers l'est.

Le plan moyen de tout le versant français a une

double pente vers l'ouest et vers le sud, mais sa surface est loin d'être uniforme. Il est sillonné par de longs bourrelets concentriques, parallèles à la direction des GrandesAlpes, d'abord sensiblement orientés du nord au sud, puis tournant assez brusquement de l'ouest à l'est, et tout l'ensemble est découpé par des cassures transversales.

Naturellement, les rivières ont profité de ces failles et de ces cluses pour établir leurs lits en s'éloignant de leurs sources. Toute la région hydrographique peut se rattacher à ces deux systèmes de dépressions.

Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, l'Isère après avoir suivi la longue vallée ou cassure transversale de la Tarantaise, s'écoule ensuite dans la grande faille longitudinale sensiblement N. -S. du Graisivaudan supérieur ; puis elle emprunte la cluse transversale du Graisivaudan inférieur, dirigée du S.-E. au N.-O. pour passer à travers les chaînes secondaires ; enfin, elle se dirige vers le Rhône, en se laissant entraîner au sud-ouest par la pente moyenne de la région, le long d'une grande vallée d'érosion.

Le changement d'orientation des chaînes secondaires qui s'est produit dans les Alpes de Provence, près du mont Ventoux, n'a pu avoir qu'une influence très marquée sur la direction des cours d'eau de la région. A partir de leur point d'origine, étant maintenus entre des plissements parallèles, ils ont été forcés de se conformer à leur allure et de se diriger de l'est à Touest, c'està-dire des sommets vers le cours du Rhône, citons le

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RIVIÈRES COULANT DANS d'ÉTROITES CREVASSES I35

cours inférieur de la Durance et du Verdon, VArc, YArgens y la portion médiane du Var, etc.

A Tintérieur de la région alpine, au sud de Grenoble, le régime hydrographique a subi une autre modification. La dorsale qui sépare le bassin de l'Isère de celui de la Durance, et qui s'étend du Dévoluy au Vercors, a imprimé aux divers cours d'eau une double direction. Ainsi, la Romanche et le Drac, grossis des eaux de leurs nombreux tributaires, coulent du sud au nord pour aller rejoindre risère, tandis que, sur l'autre versant, le Buech roule ses eaux du nord au sud pour s'unir à la Durance.

Cette importante crête est située au sud-ouest du mont Obiou et s'abaisse au col de la Croix-Haute (i 1 76™) où passe la route de Grenoble à Marseille, et que le chemin de fer franchit en contre-bas dans la même direction, au moyen d'un tunnel. Au sud de la Croix-Haute, à Veyne, se trouve l'embranchement des lignes de Gap et de Briançon.

Les torrents du Trièves, du Beaumont, du Champsaur, du Dévoluy, ont creusé une partie plus ou moins longue de leurs lits au milieu des schistes noirs et friables du lias. Ce sont de profondes et étroites crevasses, agrandies par l'érosion, qui peuvent rappeler en petit les carions du Colorado. L'œil ne peut s'empêcher de contempler avec effroi, au fond de ces sombres abîmes, ces eaux bondissantes dont la blancheur devient encore plus éclatante par son contraste avec le noir intense des immenses parois qui s'élèvent à pic au-dessus de chaque rive. Le Drac, que nousavonssouventadmiré dans notre jeunesse,

nous a laissé une impression ineflfaçable, et peut servir de type pour tout un groupe de torrents alpins.

Après avoir délaissé, à Saint-Georges-de-Commiers, la grande voie ferrée de Grenoble à Marseille, le petit chemin de fer de La Mure s'avance dans la vallée du Drac et laisse parfois le regard pénétrer dans ces sombres abîmes. Pour traverser cette région pittoresque, on a dû multiplier les travaux d'art. Ainsi, au passage de la Rivoire(fig. 19), la voie ferrée, tracée en corniche sur des pentes vertigineuses, semble suspendue au-dessus du vide.

Ailleurs, à Lovagny (Haute-Savoie), au milieu des bancs durcis de la mollasse, et, près de Seyssel (Savoie), à travers les calcaires compacts du crétacé inférieur, le Fier a profité de crevasses naturelles, étroites et profondes, pour y établir son lit, et pour aller se jeter dans le Rhône.

Aujourd'hui les Abîmes et le val du Fier rivalisent avec les gorges de Trient (Suisse), près des frontières de la Haute-Savoie. Cette immense crevasse, très resserrée, que le torrent a un peu élargie dans le poudingue anthracifère de Salvan, rappelle celle de la Tamina, aux bains de Pfœffers (Suisse).

Mais le grand fleuve lui-même, le Rhône, pour franchir la chaîne du Vuache, détachée du Jura, s'est glissé au travers d'une cluse, d'une fracture transversale étroite qu'il a fini par agrandir. Comme le dit M. Hans Schardt, il faut peu de place pour laisser passer toute une rivière. Une fissure, une fois ouverte, est rapidement élargie en cluse. En outre, la puissance dynamique des

anciens glaciers, qui progressaient sous une charge de plusieurs centaines dé mètres de glace, a dû multiplier l'action érosive du fleuve, déjà exaspérée par la violence et le volume des eaux de fonte.

Après avoir dépassé le défilé étroit du Fort-l'Écluse, le Rhône, pendant les basses eaux, vient s'engouflfrer dans une fissure encore plus resserrée, et disparaît presque dans l'abîme de la perte du Rhône, pour revenir bientôt à la lumière et continuer sa course au fond d'une étroite crevasse.

Plus en aval, mais encore bien loin de Lyon, le grand fleuve passe, près de Villebois, dans la large cluse qui sépare les collines et les plateaux calcaires du bas Dauphiné d'avec les montagnes du Bugey. Un seuil de roches dures semble barrer son lit. MM. les ingénieurs, par de grands travaux, ont adouci le Saut du Rhône et même, par rétablissement d'un canal latéral, en ont fait disparaître les inconvénients pour la navigation.

Nous ne pouvons oublier les profondes et pittoresques •crevasses des Grands et Petits Goulets (Drôme) où passent la Vernaison et la route de Pont-en-Royansà la Chapelle-en-Vercors, ni les dues de Bar les (Bsisses- Alpes), au fond desquelles roule le torrent du Bès entre deux hautes murailles de rocher presque verticales ; mais nous ne pouvons citer tous les accidents topographiques semblables, et nous ne réservons quelques lignes que pour ceux de la vallée du Verdon.

Bien au sud de la chaîne des Alpes Cottiennes, les' dus du Verdon, en aval de Castellane,.sont creusés à plus d'un demi-kilomètre de profondeur.

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