SOURCES DES RIVIERES PRES DES GLACIERS I
Elisée Reclus en proclame la beauté ^ Sur les pentes méditerranéennes des Alpes Maritimes, il y a tout un système de défilés étroits et profonds que les eaux, fuyant les lacs et les neiges des hautes cimes, ont élargis au milieu de roches calcaires ou de grès. Les parois surplombent souvent au-dessus des profondeurs usées par le passage des eaux mugissantes. Le long de la gorge de Moustiers, dans le même arrondissement, les deux corniches sont si rapprochées que, depuis des siècles, on les a réunies par une chaîne de fer.
La grande ligne de partage des eaux n*est qu'une série de lignes brisées, offrant alternativement sur chaque versant des angles rentrants ou saillants. L'espace compris entre chaque chevron est souvent encombré de neiges et de glaces qui servent à alimenter les rivières du sudest de la France et celles du Piémont. Ainsi, V Isère prend naissance au pied du glacier de la Galise, et VÂrc, sous les glaces qui descendent de la Levanna; la Durance et ses affluents servent d'exutoires aux eaux de fonte du massif oriental du Pelvoux et des Alpes Cottiennes.
Au nord, YArve est alimenté par les glaciers du versant nord-ouest du groupe du Mont-Blanc.
La Romanche, au centre de la région alpine, entraîne avec elle les eaux et les débris glaciaires du cirque de la Bérarde'et des montagnes voisines.
Sur les pentes piémontaises, les mêmes dispositions orographiques engendrent des effets analogues et ser-
* Elisée Reclus, La France,^. 184,
vent de bassins de réception pour alimenter le Pô et chacun de ses affluents.
Lorsque les eaux courantes ne peuvent suivre une pente régulière, elles s'amassent dans les parties les plus déclives, les plus profondes qui prennent le nom de laCy et le trop plein de ces bassins continue à suivre le thalweg des vallées où sont creusées cts dépressions locales. La forme de ces lacs, comme ledit avec justesse M. Elisée Reclus S est toujours en rapport avec le relief général du sol environnant ; leurs contours et leurs profils s'harmonisent toujours avec l'architecture des montagnes voisines et le faciès orographique de toute la région. Les lacs des régions accidentées sont d'ordinaire assez profonds par rapport à leur surface, et leurs contours sont remplis de sinuosités ; mais c'est au pied des hautes montagnes qu'ils se montrent dans toute leur beauté : tels sont les lacs creusés sur le versant italien des Alpes Centrales.
Dans les plaines d'alluvions, les eaux s'étalent en vastes marécages dont les limites indécises se modifient pendant les crues.
Les grands lacs, si abondants en Suisse et dans le nord de l'Italie, ne sont, dans les Alpes Françaises, que de rares exceptions ; on n'en rencontre que dans la Savoie. Les bassins lacustres des Alpes Cottiennes et des Alpes Maritimes sont plutôt des étangs que de véritables lacs. Le lac de Genève (fig. 20), dont une partie
* Cf. El. Reclus, La Terre, t. I, p. 528 et seq.
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appartient à la France, et que tant de personnes ont admiré, est le plus beau d'une série que complètent le lac du Bourget, le lac d'Annecy, le petit lac d'Âiguebelette, le lac d* Allas (Basses-Alpes), situé à 2237 mètres d'altitude, au milieu des neiges qui recouvrent les bassins supérieurs du Verdon et du Var, etc..
Inutile de répéter ici ce qu'on a écrit sur ces beaux lacs. Nous n'oserions en célébrer les beautés, après tant d'écrivains, tant de poètes ; aussi, pour un instant, envisagerons-nous le Léman à un autre point de vue. Ce vaste bassin (372^,28), d'une surface de 582'*^35 etdont le cube est de 88.920.600.000 mètres cubes, avec une fondeur maximum de 309™, 40, est un excellent modérateur pour le débit des eaux du Rhône, en accumu* lant entre ses rives et en. dépensant, avec autant de lenteur que de régularité, la masse d'eau énorme de iioo mètres cubes par seconde, que lui apportent, au moment de la fonte des neiges, le Rhône supérieur, la Dranse du Chablais et tous ses autres affluents. VArve dont le confluent avec le Rhône est un peu en aval de Genève, échappe malheureusement à ce régime hydrographique, et les 700 mètres cubes que roule ce torrent, pendant ses grandes crues, viennent se déverser brusquement dans le Rhône, dont ils font plus que doubler le volume au moment de la fonte des neiges *.
* cf. A. Delebecque, L'étude des lacs dans les Alpes et le Jura français (Revue générale des sciences, 3® ann., no 7,15 avril 1892, p. 2}})»
* El. Reclus, La France, p. 212.
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