LACS PRINCIPAUX I
et risère se creusa le lit qu'elle occupe aujourd'hui au pied des montagnes du Royanez.
L'œil ne peut se lasser de contempler le panorama du Bourget ; pourtant la vue du lac d'Annecy est encore plus séduisante. Ses rives sont encore plus découpées, plus pittoresques, plus verdoyantes, et les masses imposantes du Semnoz (1704"*), du Parmelan (1855"^), de la Tournette(2357"*), qui les dominent, ressemblent à des colosses chargés de protéger cette région merveilleuse ! Un bassin légèrement irrégulier, creusé entre le Semnoz et la Tournette, a recueilli les eaux du lac et les garde précieusement.
La nappe superficielle s'étale à une altitude de 446", 52, et sa profondeur extrême n'est que de 55'",20 à 64^,70. Si le lac du Bourget a une superficie de 44 kilomètres carrés, celui d'Annecy n'en a qu'une de 27 ^ Leur contenance approximative, en gardant la même proportion est, pour le premier, de 3.620.300.000 mètres cubes, et de 1. 123. 500. 000 pour le second. Ainsi que pour les deux grands lacs que nous venons de citer, et tous ceux de la Suisse et de la haute Italie, un immense culot de glace a garanti le lac d'Annecy contre l'envahissement [par les alluvions glaciaires qui en auraient comblé le bassin, s'il avait été libre et ouvert.
Le lac di Aiguebelette est bien plus petit que les précédents. Nous admettrions presque qu'il ait été creusé par l'affouillement glaciaire, comme le lac de Neucbâtel,
^ Cf, A, Delebecque, op, cit,
Falsan, Les Alpes Françaises
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car nous sommes loin de nier la puissance érosive des anciens glaciers ; seulement, il y aurait encore bien des réserves à faire. Ce bassin lacustre, aux rivages couverts de roseaux, a une profondeur de 72 mètres ; il s'étend, à l'altitude de 374 mètres, le long de la montagne de rÉpine, à l'ouest du col de Saint-Sulpice. Il n'a que 4 kilomètres de longueur sur 2 en moyenne de largeur.
Nous ne pouvons passer sous silence le petit lac de Paladru (494*"), situé au nord-ouest de Grenoble, dans les Terres-Froides. Il a une longueur de 5 kilomètres et demi sur 2 de largeur. Avant l'annexion de la Savoie, c'était le plus grand lac de France, si Ton en exceptait la triste et monotone nappe lacustre qui porte, dans les environs de Nantes, le nom de lac de Grand-Lieu, Le lac de Paladru est devenu célèbre par les nombreux pilotis que MM. Fournet, Vallier^ et E. Chantre y ont signalés comme restes de cités lacustres.
M. E. Chantre^ à la suite de fouilles soigneusement conduites, a pu rapporter, avec succès, à l'époque carolingienne, l'âge de cette ancienne cité lacustre qui serait par conséquent infiniment plus moderne que celles de la Suisse et de l'Italie. La présence de cts débris, mal interprétée au moyen âge, a été l'origine de plusieurs poétiques légendes, groupées autour de la destruction de la mystérieuse ville d'Ars, engloutie dans les flots.
1 Vallier, La Légende delà ville d'ÂrSy etc^ Grenoble, 1866.
2 E. Chantre, Les Palafiites ou constructions lacustres du lac de PaladrUy Grenoble, Maisonville, 1871.
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Nous avons déjà cité le beau lac d'Allos (2237"^) (fîg. 21) creusé en forme de coupe dans les hautes montagnes des Basses-Alpes.
Mentionnons encore le petit lac des Meravigiia, des Merveilles, situé dans le val d'Enfer, au sud-ouest, du col de Tende sur le versant italien des Alpes Maritimes, non loin de notre frontière. Sur les bords de ce lac et en aval jusqu'au lac Lungo, un grand nombre de roches et de blocs à surface polie par les anciens glaciers (fîg. 22) sont couverts de sculptures, faites grossièrement par percussion, avec des galets ou des outils en pierre, et représentant vaguement des armes, des crânes d'animaux et d'autres objets mal déterminés. Quelques archéologues, avec M. Léon ClugnetS ont cru voir dans ces sculptures l'œuvre de bergers d'une époque plus ou moins ancienne; d'autres savants, avec M. Rivière et M. Cartailhac', ne les attribuent pas à des pâtres et leur donnent une importance ethnographique plus sérieuse, sans arriver à une conclusion positive.
Le petit lac de Lauvitel (1800"*), au sud-ouest de Vénosc-en-Oisans, est un des plus jolis lacs de montagnes; nous parlerons plus loin de ses excellentes truites.
Dans la haute vallée de la Matheysine, entre Vizille et
* Léon Clugnet, Sculptures préhistoriques situées sur les bords du lac des Merveilles (Matériaux pour Tbist. print, et nat, de t homme, 2« sér., t. VIII, 1877, p. 379>
* Cartailhac, Inscriptions sur les rochers du lac des Merveilles (Matériaux, etc., 1878, p. 445).
FiG, 22, — Sculptures sur blocs erratiques et surfaces polies près du lac des Merveilles,
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La Mure, en dessous de la Pierre-Percée, s'alignent plusieurs lacs peu profonds, creusés sans doute par l'érosion glaciaire. Ce sont : le lac Mort, les lacs de Laffrey, du Petit-Chat, de Pierre-Chatel. Ce dernier (934""), d'une superficie de 160 hectares, déverse ses eaux dans le Drac, tandis que les autres sont tributaires de la Romanche, au nord.
C'est près du lac de Laffrey que, en 181 5, Napoléon, à son retour de File d'Elbe, à la tête de Tavant-garde impériale, fut acclamé par les Dauphinois et par un détachement de l'armée royaliste envoyée pour l'arrêter dans sa marche triomphale.
L'influence de Térosion glaciaire est encore plus manifeste dans le creusement et la disposition d'un grand nombre de petits lacs dispersés dans toutes les hautes régions des Alpes Occidentales, comme il y en a tant dans les Alpes de la Suisse et de l'Autriche, dès qu'on atteint approximativement le niveau de 2000 mètres. Dans le massif du Mont-Blanc, ce sont les lacs du Bravent, les lacs Cornus, les lacs Blancs, les lacs Jovet S pour n'en citer qu'un petit nombre ; voici encore quelques noms: le lac de la Girotta:^ (1736"), au nord de Beaufort, les trois petits lacs au sud de la Lancebranlette, à plus de 2000 mètres, le lac de Tignes (2088™), et plus d'une trentaine qui s'étalent devant lui au midi et à
1 Cf. Viollet-le-Duc, Le Massif du Moni'Blanc,i^, 158, 160, 1876. — Joanne, Jura et Alpes Françaises, — Faisan, La Période glaciaire^ etc., p. 157, 158.
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LACS DE MONTAGNES içi
l'ouest à une altitude analogue; entre le mont Iseran et la Levanna, il y en a un grand nombre sur les deux versants de la chaîne frontière. Ils sont également très fréquents au-dessus et à Test de Pralognan, vers les glaciers du massif de la Vanôise. Ceux du mont Cenis sont plus connus, et au sud, près de la frontière, tout un groupe de petits lacs entourent le lac Blanc, le lac Noir, à plus de 2000 mètres. Dans la chaîne des Rousses et de Belledonne règne le même régime hydrographique ; les petits lacs sont très nombreux aux abords et au-dessus de la cote de 2000 mètres. Tels sont les lacs du Crou:{et (1968™), de la Sitre, de Af(?r/a/ (1994™), les lacs du Petit et du Grand'Domênon ("2258"), le lac Robert (2 1 70™), les lacs David et Longet (2000™), les onze lacs des Sept- Laux (2182"^), si connus des touristes d'Allevard, etc. On ferait des observations analogues dans le groupe de montagnes qui sépare la Maurienne de la vallée de la Romanche. Nous ne pouvons entrer dans cts détails, ni continuer une nomenclature qui deviendrait fastidieuse. Pourtant, nous voulons citer encore le joli lac de la Madeleine, entouré de prairies et situé à 2000 mètres d'altitude environ, sur le versant italien, près du col de Larche, de la Madeleine ou de l'Argentière. La Stura prend sa source vers ce petit lac (fig. 22).
Seulement, on nous permettra d'ajouter que pour mieux nous rendre compte de cette intéressante disposition hydrographique nous avons voulu l'étudier sur les petites feuilles de la Carte de la frontière des Alpes, imprimée en troiscouleurs et extraite, par quart,des feuilles au 80.000*;
les lacs teintés en bleu sont d'une lecture facile. Nous avons compté les lacs de montagnes qui figurent sur la chaîne de partage des bassins français et italien, et nous en avons relevé près de trois cent quatre-vingts, depuis les Alpes Maritimes jusqu a la feuille d'Albertville. Ces lacs sont très inégalement répartis sur ces feuilles. Nous en avons compté soixante-dix-huit sur la seule feuille de Saint-Martin-de-Lantosque ! Tout le long de Ja chaîne, à part de rares exceptions, ces lacs sont toujours situés à près de 2000 mètres d'altitude. Le phénomène du creusement de ces lacs élevés , cette disposition hydrographique, sont donc suffisamment démontrés, sans qu'on poursuive cette recherche jusqu'aux bords du lac de Genève.
L'emplacement et Taltitude de ces petits lacs, dont les plus grands sont ceux de Tignes et de la Sassière (feuille de Tignes), marquent pour ainsi dire le périmètre occupé par les derniers grands glaciers quaternaires ; les limites extrêmes de leurs groupements pourraient, en quelque sorte, se confondre avec la ligne tracée par le dernier retrait de la glace ; on dirait que, pour la région qu'ils occupent, la période glaciaire vient de finir et que le pays a gardé presque intact le cachet topographique qui lui a été imprimé sous son influence. C'est bien là ce que Desor appelait le paysage morainique.
On retrouve dans les Pyrénées les mêmes dispositions
hydrographiques que dans les Alpes . Ainsi, au milieu
des sommets du Haut-Aragon, à l'ouest dû Vignemale,
ur les plateaux élevés (2000"") .qui entourent l'aiguille
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des Batans (2920""), une trentaine de petits lacs figurent sur la carte levée et dressée par M. E. Wallon ^
L'aspect de tous ces lieux rappelle les dispositions du sol de la Suède et de la Norvège, ainsi que le groupement de ces innombrables petits lacs qui donnent leur principal caractère à ces régions restées ensevelies sous les anciens glaciers bien plus longtemps que nos plaines; elles semblent ne s'être débarrassées que depuis peu de temps de ce triste et lourd linceul de glace et de neige.
11 est évident que tous les lacs de montagnes n'ont pas été creusés par Térosion glaciaire ; un petit nombre a pu se former à la suite d'un éboulement ou d'un barrage morainique. Mais ce sont là des exceptions, comme le reconnaît le D' Bôhm qui a fait des lacs élevés, des Hocbseen des Alpes Autrichiennes, une étude particulière^.
D'après le même savant, dès que les grands glaciers se sont retirés et qu'il n'est plus resté que des lambeaux de glace vers les sommets les plus élevés, les lacs de montagnes ont commencé à disparaître assez facilement, parce qu'ils ne se trouvaient plus sous l'influence des actions qui les avaient formés. Tantôt ils ont été comblés par des alluvions ou des éboulements, tantôt les digues qui les retenaient se sont rompues. Ce travail de
* E. Vallon, /^««. du C. A, S., 7© année 1880, p. 304.
* D"" Bôhm, Die alten Gletscber, Capital VII, Kare und Seen, — Die Hocbseen der Ostalpeftj Separat-Abdruck (Mittbeilungen der Kais,~ KônigU Geogr, in IVien, Jahr 1886).