LACS DE PLAINES I
comblement, de démolition, se fait même si vite que M. le D' Bôhm * a constaté la disparition de plus de cent petits lacs de montagnes dans les hautes régions du Tyrol autrichien, depuis la publication, en 1774, d'une carte remarquable par sa grande exactitude.
Dans les régions basses, abandonnées depuis longtemps par les anciens glaciers, il a fallu une réunion de circonstances, exceptionnelles même, pour m|aintenir un petit nombre de lacs. Au pied de la chaîne des Pyrénées, les 7^5 de plaines ont déjà presque tous disparu, et, sur le pourtour des Alpes, les bassins lacustres ont été souvent comblés ou du moins ils ont presque tous diminué d'étendue. Quand leur capacité n'était pas bien plus considérable que la masse des alluvions qui s'y déversaient, il s'opérait un comblement oui pouvait finir par être total. Aussi, lorsque nous voyons le fond d'une vallée s'élargir et former une plaine horizontale, plus ou moins marécageuse, nous pouvons nous croire sur les bords d'un ancien lac comblé par des alluvions. Les sédiments de toutes grosseurs, entraînés par l'Arve et le Giflfre, ont créé les plaines de Sallanches, de Bonneville, de Taninges, de Samoens, dans la Haute-Savoie. Le lac de Genève, au lieu de s'arrêter à Villeneuve, se prolongerait jusque près de Saint-Maurice, s'il n'avait pas été en partie rempli par les charriages du Rhône. 11 en est de même pour le lac du Bourget, vers l'embouchure du Sierroz. Ce sont les alluvions du Seran et du Rhône qui ont transformé
* D»" Bôhm, Die Hocbseen der Ostalpen^ p. 16.
en marais les grands bassins lacustres de Lavours et de la Chautagne, qui avaient autrefois une existence indépendante ou bien qui se reliaient intimement au lac du Bourget. Ce sont aussi les alluvions de Tlsère, de la Romanche, du Drac qui ont nivelé la vaste plaine qui entoure Grenoble.
Néanmoins, ces comblements ont peu d'importance si on les compare à ceux de la Crau constitués par les apports de la Durance, ainsi qu'à ceux de la Camargue et du delta du Rhône, formés presque entièrement de débris arrachés aux Alpes.
Parfois, l'influence des anciens glaciers s'est manifestée d'une manière différente à Tégard de la formation des lacs. Comme on peut le voir si souvent dans les Vosges, ce sont des moraines transversales qui retiennent les eaux dans les vallées, en leur servant de barrages.
Le lac Combal est également limité en aval, dans l'Allée Blanche, au pied du mont Blanc, par une moraine du glacier de Miage ; il nous servira d'exemple pour les lacs morainiques.
Ailleurs, ce sont des éboulements qui ont barré les vallées et les ont transformées en lacs temporaires. Ainsi, des masses énormes de rochers détachés de la Grande- Voudène, au sud de la chaîne de Belledonne, vinrent combler le fond de la vallée de la Romanche, àLivet, en aval du Bourg-d'Oisans. Ce barrage accidentel, nepermettant'plus aux eaux de s'écouler, transforma la plaine de rOisans en un vaste lac appelé le lac Saint-Laurent.
Ce lac ne fut que temporaire, et, dans la nuit du 1 5