LACS TEMPORAIRES I
septembre 1219, la chaussée se rompit sous la pression de Teau. Un torrent dévastateur se précipita avec violence dans la vallée; tout fut brisé, entraîné, et la ville de Grenoble faillit être emportée et détruite !
Comment parler de ces désastres sans rappeler la fameuse débâcle de Bagnes, dont le souvenir est déjà moins intense. A la suite de deux étés froids, la neige et la glace s'étaient accumulées sur le glacier de Gétroz, dans la vallée de la Dranse du Valais. Une partie considérable du glacier, ne pouvant se maintenir en équilibre, glissa au fond de la vallée, obstrua le passage des eaux de la rivière qui affluèrent en amont. Le lac deMauvoisin remplaça alors les anciennes cultures. L'illustre Venetz, appelé sur les lieux comme ingénieur, essaya de donner à ces eaux amoncelées un écoulement artificiel et régulier ; mais la masse liquide une fois en mouvement ne respecta aucun obstacle. Elle emporta toute la chaussée, et une détonation terrible en annonça la rupture. Le désastre fut épouvantable ; la petite ville de Martigny fut presque détruite par ce torrent impétueux de boue noirâtre (16 juin 181 8), qui alla se jeter dans le Rhône et le lac Léman, après avoir franchi, avec une vitesse prodigieuse, l'espace de vingt et une lieues en six heures et demie *.
En définitive, un lac n'est que l'épanouissement en largeur et en profondeur du lit d'une rivière pour former
* Course à Véboulemenl du glacier de Gétro{ et au lac de Mauvoisin y au fond de la vallée de Bagnes ^ i6 mai 1818. — Seconde course à la vallée de Bagnes, 21 juin 1818. Vevey, Laertscher, éditeur.
une cuvette plus ou moins spacieuse, capable de retenir les eaux. Mais la pente normale du lit d'un cours d'eau, ne présente pas que des irrégularités de cette espèce. Il y en a un autre groupe qui consiste en de brusques changements de niveau. Pour racheter ces différences, tout en reprenant leur cours régulier, les eaux font une chute et retombent en cascade. La beauté des cascades est toujours proportionnelle à leur hauteur et au volume de leurs eaux.
Bien qu'elles ne soient pas très remarquables, les cascades des Alpes Occidentales sont du moins très nombreuses, et nous ne pourrons en citer que les plus importantes. Nous parlerons d'abord de la cascade de Barberine, près des frontières de la Haute-Savoie et de la Suisse, dans le vallon de Vallorcine. Elle se précipite d'une hauteur de 100 mètres, et les touristes qui vont de Martigny au mont Blanc l'admirent en passant.'
Dans la vallée de la Romanche, au bas du mont de Lans, près du Dauphin, la belle cascade du Rif-Tord s'élance du haut d'un rocher élevé de 200 mètres, et, au milieu de sa chute, elle se brise contre une saillie pour se diviser en plusieurs filets.
Non loin de là, toujours sur la route du Bourg-d'Oisans à Briançon,au pied de la Meije, la cascade de Fréaux se précipite d'une hauteur de 80 mètres, et le soir, avant le coucher du soleil, les vapeurs qu'elle répand dans l'air laissent voir un arc-en-ciel complet, c'est-à-dire fermé dans le bas. Les eaux de cette cascade appelée le Saut de la Pucelie sont souvent teintées en gris bleuâtre par