‹ Les Alpes françaisesChapitre 48 sur 89 · CASCADES · texte numérisé non relu

CASCADES

les débris d'ardoises liasiques qu'elles entraînent avec elles avant d aller se jeter dans la Romanche, en aval de la Grave.

Une des plus belles cascades de TOisans est encore la cascade de' la Sarenne ou Sarènes. C'est un torrent qui, du plateau de la Garde, tombe en flots écum^ux dans une vasque naturelle d'où il rebondit en gerbes éblouissantes jusqu'à la base de la montagne d'Huez, à 40 mètres de profondeur.

. Le long du chemin de Saint-Christophe à la Grave, on voit plusieurs cascades qui se jettent dans le Vénéon; la plus belle de toutes est celle de la Mariande qui est alimentée par les eaux du glacier du même nom.

Les chaînes des Rousses et de Belledonne ne sont pas moins riches en cascades. Les eaux de fonte des névés et des glaces de Belledonne se réunissent dans le lit du Domênon et se précipitent de 100 mètres vers le plateau de VOursîère qui donne son nom à une belle cascade. Après cette chute, le torrent court gaîment entre les chalets et les prairies dont les grandes herbes le caressent au passage. Mais ce n'est pas d'un seul bond qu'il franchit cet espace; tantôt il glisse entre les rochers, en se cachant sous les arbres qui couvrent ses rives, tantôt il bondit en nappes argentées qui retombent avec fracas sur les roches qui le reçoivent.

Au pied des rochers de la Grande-Lance et du Grand- Replomb, à l'ouest du pic de Belledonne, on voit de superbes pâturages qu'embellissent plusieurs cascades. Trois, dit M. Ant. Macé, qui n'ont pas une grande masse

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d'eau, ne sont guère que des cascatelles, quoiqu'elles tombent d'une hauteur considérable; elles sont formées par les eaux qui viennent du Grand-Replomb et des Rochers de l'Homme. Deux se montrent de face et Tune se précipite avec une masse d'eau énorme à travers un rocher qu'elle a profondément creusé, rebondissant de quatre ou cinq bassins étages, en écume, en fumée qui, à certaines heures du jour, offrent les nuances de Tarcen-ciel. Ces cascades du Boulon déversent leurs eaux dans le Graisivaudan. Citons encore la cascade du Rivierd'Allemont ou de Maupas (20 mètres), sur le versant est de la même chaîne; celle du Bréda ou du Fond-de- France (25 mètres), non loin d'Allevard, celle de Couj(^ {50 mètres), près de Chambéry.

De chaque côté de la.vallée du Graisivaudan, les eaux retombent, de distance en distance, des énormes gradins (6 à 700 mètres) qui servent de bases aux montagnes voisines, mais le volume de leurs eaux varie beaucoup, sans être jamais régulièrement considérable; telles sont les cascades de Tencin, de Crolles, de Crapono:(^ ou du Bernin.

Dans les chaînes secondaires du Royans etdu Vercors les calcaires crétacés inférieurs offrent trop souvent de grandes parois verticales pour qu'il n'y ait pas de nombreuses chutes d'eau. Elles y sont assez multipliées, et la belle cascade de la Druise, ou bien celles de la Grande et de la Petite-Pissoire en sont les types les plus remarquables.

En dehors de ce dernier groupe, la plupart des grandes 4:ascades des Alpes Occidentales sont entretenues par la

SOURCES VAUCLUSIENNES l6l

fonte des neiges et des glaciers. II est donc naturel qu'elles soient pour ainsi dire concentrées en Savoie et en Dauphiné, au pied de leurs grands amas de neiges et de glaces. En effet, au midi de TOisans, les montagnes s'abaissent, le climat s'adoucit, les glaciers permanents disparaissent progressivement, et il ne reste près des plus hauts sommets que des névés temporaires ou de petits glaciers qui ne peuvent fournir que des masses d'eau sans importance et d'un débit irrégulier. Sans doute, malgré ces conditions peu favorables, on rencontrerait encore une nouvelle série de cascades, si Ton descendait jusque vers les Alpes Maritimes, mais elles seraient moins belles, moins connues, et en inscrivant ici leurs noms nous ne ferions que surcharger une liste déjà trop longue.

Les flancs de nos Alpes laissent sourdre de toutes parts de leurs pentes, une infinité de filets d'eau qui entretiennent cette fraîcheur et cette humidité, qui donnent tant de charme aux paysages ; Teau ruisselle sur tous les versants, murmure au bord de toutes les routes, s'écoule le long des chemins et des sentiers.

Dans les régions calcaires, où chaque fissure dérocher dénudé est rongée par les eaux pluviales, les eaux sauvages disparaissent rapidement dans une infinité de sillons et de canaux souterrains qui se ramifient et viennent au jour sur certains points isolés et largement éloignés les uns des autres. Souvent la masse d'eau qui jaillit à chacune de ces ouvertures est considérable, car elle est toujours proportionnée à l'étendue des bassin^

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de réception. Le plus bel exemple qu'on puisse citer est la Fontaine de Vaucluse si connue, si vantée. Son débit moyen est de 17 mètres cubes par seconde; à l'étiage il descend à 8 mètres cubes et rarement à 5 ^

Les sources du Guiers-Vif tX du Guiers-Mort, alimentées par les eaux pluviales et les eaux des neiges fondues, engouffrées dans les crevasses des calcaires urgoniens de la chaîne du Haut-du-Seuil et de la Dent-de-Crolles, dans le massif de la Chartreuse, ont une semblable origine. Mais .ce sont les eaux sauvages seules qui alimentent la belle fontaine de Dardennes ( 1 46 litres par seconde) qui s échappe des calcaires fissurés du Faron et des montagnes voisines pour abreuver la ville de Toulon, au pied du dernier contrefort des Alpes de Provence.

Les sources de Gémenos près Marseille, de Saint- Zacharie (Var), ainsi que la magnifique source de FontrÉvêque( 536 mètres cubes par seconde), sur la rive gauche du Verdon inférieur, et un grand nombre d'autres, de la Drôme, du Var, des Basses-Alpes, etc., appartiennent au même système. Les calcaires crevassés du crétacé inférieur leur servent de bassin de réception. Pour en finir avec ces fontaines vauclusiennes, nous rappellerons les sources sous-marines de Sanary , près Toulon (au pied de la falaise de VÂigua-Douce (fig. 24), de Por/- Afibw auprès de Cassis, de Bandol, de la Ciotat, de Cannes et celles

1 M. Bouvier, ingénieur en chef, Congrès de V Association pour V avancement des sciences tenu à Montpellier en 1879.

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des environs de Menton, qui, sur quelques points, au bas de la chaîne des Alpes, sont assez abondantes pour affaiblir la salure des eaux de la mer et parfois repousser des barques.

Souvent les cours d'eau souterrains ont fini par se .creuser des lits spacieux, d'une étendue plus ou moins considérable, qu'on peut parcourir et qui offrent, de distance en distance, ou à leur arrivée au jour, des salles grandioses, des grottes.

Dans les Alpes Françaises, on n'a pas encore exploré d'immenses galeries comme celles que les eaux ont creusées dans l'intérieur des Causses de la Lozère et du Lot *. Néanmoins le Dauphiné et la Provence renferment de belles grottes; les plus connues sont celles de la Balme et des Cuves-de-Sassenage (Isère), de la Sainte- Baume (Var); mais il y en a un grand nombre d'autres au milieu des calcaires crétacés inférieurs de laDrôme,de Vaucluse, des Basses-Alpes, du Var; nous les passons sous silence, en ne faisant exception que pour les grottes de Méaille et à'Annot (Basses-Alpes), de la Chapelle en yercors et de Treschenu avec leurs lacs souterrains (Drôme), etc., etc.

Sur les hauts plateaux du Vercors et du Royanez, au milieu des crevasses du crétacé inférieur, le régime des sources est le mérne, au point de vue général ; mais souvent il se complique de quelques particularités. Les eaux sauvages et pluviales s'amassent dans les parties les plus

* Cf, Martel, Gaupillat et de Launay, Rivière souterraine du gouffre dePadirac(Lot) (Ânn. C. Â. R, XVIIe année, 1890, p. 167).

COURS d'eau souterrains, grottes, fontis 165

creuses, et, s'introduisant toujours dans les mêmes crevasses, elles finissent par les agrandir, si bien que tous ces canaux en se ramifiant, en se réunissant les uns aux autres, détruisent la solidité des roches, occasionnent des éboulements, et tout se résume à la formation de vastes cavernes. Parfois les voûtes de ces cavernes s'effondrent elles-mêmes, et il. se produit à la surface du sol des dépressions circulaires en forme d'entonnoir, appelées fontiSy bétoires, embues, scialets. Ces petits bassins finissent par se couvrir de gazon, et lorsque l'ouverture qui reste béante au fond de chacun d'eux n'est plus en rapport avec le volume des eaux qui s'y rendent, ces dernières s'y amassent pour former un petit étang ou mare temporaire, pendant les saisons pluvieuses, et ces eaux momentanément retenues vont s'échapper au loin en sources volumineuses, lorsqu'elles se sont réunies à d'autres courants souterrains et qu'un des canaux où elles circulent arrive au jour sur les flancs ou au pied d'un escarpement de rocher.

Lorsque les plateaux élevés du calcaire urgonien, dans les chaînes extérieures, sont dénudés et qu'ils sont restés longtemps exposés à l'action des agents atmosphériques, leurs surfaces déchiquetées sont sillonnées de crevasses irrégulières et offrent un aspect d'étrange désolation; le parcours en est difficile et dangereux ; aucun espace horizontal pour reposer le pied sur ces immenses plateaux qui couronnent les sommets du massif de la Chartreuse, des chaînes du Vercors, des Alpes de Provence, des environs de Vaucluse et de Toulon. Partout

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ils servent de bassins de réception aux sources vauclusiennes.

En dehors des variations saisonnières, le cours de bien des sources n'est pas régulier et présente des interruptions plus ou moins espacées, des intermittences. A l'origine de chaque fontaine intermittente, il y a toujours une combinaison de canaux souterrains, de cavernes, et l'écoulement alternatif n'est que la conséquence du fonctionnement d'un siphon naturel qui peut vider un réservoir intérieur jusqu'à un certain niveau pour s'arrêter et ne recommencer à couler que lorsque le réservoir est de nouveau rempli. Ce sont donc encore des érosions souterraines qui ont occasionné l'établissement des fontaines intermittentes. En définitive, ce genre de phénomène peut se rattacher, sauf quelques détails, au régime des sources vauclusiennes et des fontis.

La fontaine intermittente de Hautecombe (Savoie) (fig. 25), qu'on appelle aussi Fontaine des Merveilles, jaillit sous un bouquet de châtaigniers séculaires, au pied de la chaîne de la Dent-du-Chat, sur une terrasse au bord du lac du Bourget. A des intervalles irréguliers, on la voit bouillonner dans un petit bassin ; mais elle doit la réputation qu'elle a acquise, autant à l'intermittence de son débit, qu'à son voisinage de la célèbre abbaye qui renferme les tombes des princes de la maison de Savoie.

Cette fontaine n'est pas la seule dans les Alpes Françaises, on en cite au moins une autre qui s'écoule sans régularité d'une fissure ouverte dans des ardoises à Colmars (Basses-Alpes), et nous ne pouvons oublier la

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Fontaine de Lait, source intermittente d'un volume considérable qui se jette dans le Drac de Champoléon et lui mérite son nom de Drac Blanc.

La Fontaine Ardente qu'on voit dans la vallée de la Gresse, au nord de Grenoble, peut servir de transition entre les sources ordinaires et les sources minérales proprement dites ; en effet, elle ne renferme pas de sels minéraux, mais elle entraîne avec elle des gaz combustibles, des fumerolles d'hydrogène carburé qui prennent feu et restent allumées jusqu'à ce qu'un accident quelconque vienne les éteindre. Cette fontaine, une des Sept Merveilles du Daupbiné, était vénérée par les Gallo- Romains comme une divinité. Dans l'église de Vif, près de la Fontaine Ardente, un marbre antique porte cette inscription : Ignibûs œternisJuL Placidianus V, C. prœf. prœtoris ex voto posuit.

De prime abord, on serait tenté de croire qu'un grand nombre de sources minérales doivent jaillir des failles, des cassures, des plissements qui constituent le réseau compliqué des Alpes Françaises. Tantôt ce sont des parties profondes de l'écorce terrestre qui ont été soulevées à de grandes hauteurs; tantôt d'autres se sont effondrées et de grandes parois de roches ont été mises au jour; ailleurs, ce sont des filons métallifères qui affleurent sur de grandes étendues, et, malgré la fréquence de ces bouleversements qui auraient dû favoriser l'apparition des sources minérales, le massif alpin n'occupe en France que le cinquième rang, relativement à ces richesses naturelles. Les régions les mieux dotées sont

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