PRINCIPAUX GLACIERS DES ALPES CENTRALES I
suspendus au-dessus des vallées de Lauterbrunn et de Grindelwald, de Rosenlauï, de TUrbach et de TOberhasli, du Rhône, de la Lonza, de la Kander.
« Les Alpes d'Uri et du sud de Claris sont proportionnellement moins riches en glaciers, mais celles des Grisons le sont davantage. Le groupe de V Adula, qui entoure les sources du Rhin postérieur, dans un parcours de 5 lieues seulement, envoie dans les vallées voisines plus de trente glaciers. Les trois groupes de glaciers qui descendent des nombreuses cimes du massif du Bernina sont plus considérables ; on évalue sa mer de glaceà i6 lieues de circuit. Sur son glacier de Rosegg, on trouve, ce qui n'est pas très rare, une oasis de rochers recouverts d'un beau gazon émaillé de fleurs, que visitent les bergers et les troupeaux. A Test, le massif dé la Silvretta envoie de trois côtés des glaciers considérables. II en est de même au nord pour le Tôdi. »
Les limites de la Suisse n'existent pas pour les glaciers, aussi les poursuit-on à Test, au delà des Grisons, jusque bien avant dans le Tyrol. Dans cette province, Sonklar* en a compté trois-cent-neuf de toutes grandeurs dans les seuls massifs de YGEt^thal et du Stubay! Les autres groupes les plus importants sont ceux de VOrUer()^o'y^) (fig. 26), la montagne la plus haute de l'Allemagne, sur les frontières de la Lombardie et du Tyrol, de l'Adamello, au sud, des Trots-Seigneurs (3324"), au midi de la vallée de Tlnn, du Gross-Glockner (3797™), entre
4 (Et{ihaler Gebirgsgruppe. — Cf. El. Reclus, La Terrent. I, p. 273. Falsam, Lei Alpes Françaises. 12
les frontières du Tyrol, du pays de Salzbourg et de la Carinthie. Le massif de TŒtzthal présente dés champs de glace d'une étendue totale de 575 kilomètres carrés environ !
Les glaciers tyroliens, quoiqu'ils aient été explorés les derniers, bien après ceux de la Suisse, sont néanmoins fort intéressants à étudier, et présentent des surfaces étendues. Aussi ne doit-on pas être surpris d'en voir échapper de grands courants de glace, comme le Paster^e, le l^ernag, etc., que les travaux des géologues autrichiens, Sonklar, Simony, les frères Schlagintweit, etc., ont fait connaître au monde savant et ont révélé à l'admiration des touristes.
Encore plus à Test, au milieu des Alpes autrichiennes, on ne voit plus que des glaciers isolés, ceux de Dacbstein, de la Marmolata, de Terglou. Puis le niveau supérieur de la chaîne s'abaisse progressivement ; les glaciers deviennent de plus en plus rares , ils finissent par disparaître dans les plaines, loin des sommets élevés. Les hautes vallées ne sont plus assez encombrées par des ; neiges permanentes pour subvenir à leur alimentation -
Dans la chaîne française, le nombre des glaciers est considérable, et, des collines lyonnaises, on les voit se profiler à l'horizon sans discontinuité, sur une longue partie de la chaîne, depuis TAiguille d'Argentière et l'Aiguille- Verte jusqu'au Taillefer, et, lorsque la neige recouvre les sommets moins élevés du Vercors, cette ligne éblouissante de blancheur se prolonge au sud jusqu'au delà du Grand- Veymont (2341 *").
Fi<5, 26, — L'OrtIcr et le glacier de Trafoi, d'après une photographie de M. l'abbé Barrai
l80 LES GLAOERS
En les prenant dans leur ensemble, on peut classer ces glaciers en trois groupes principaux : au nord, les glaciers du mont Blanc et des montagnes qui en dépendent, puis les glaciers de la y'anoise, des Grandes-Rousses et de la chaîne de Belledonne ; enfin ceux du massif du Pelvoux et ceux des Alpes Cottiennes qu'on ne peut apercevoir de Lyon. Au midi de TOisans, les glaciers perdent toute leur importance et deviennent de plus en plus rares. Le glacier le plus méridional des Alpes Occidentales est le Gbiacciajo délia Maledia sur le versant piémontaîs, à une dizaine de kilomètres de la frontière française, sur les pentes nord de la Cima dei Gelas ^ (3^31"^)-
Le nombre et la grandeur des glaciers du massif du Mont-Blanc, ne sont pas en rapport avec la hauteur du géant des Alpes. De chaque côté du Valais, au pied de la Jungfrau et près du mont Rose, les dispositions orographiques sont des plus favorables à l'amoncellement des névés et des glaces; il y a là un système de grandes vallées et de cirques profondément encaissés qui rayonnent autour de plusieurs centres et qui forment un ensemble d'immenses réservoirs, tandis que le mont Blanc et tout son massif ne constituent, pour ainsi dire, qu'une dorsale flanquée, à l'ouest, il est vrai, d'une grande vallée couronnée de vastes cirques. Les flancs extérieurs du massif sont d'ailleurs trop déclives et trop peu accidentés pour retenir d'énormes amas de glace.
* Carte du service vicinal^ feuille XXVII, 32, Fontan. Carte de la frontière des Alpes au 80.000^ (feuille 213,1/4) Saint-Martinde-Lantosque.
GLACIERS DU MASSIF DU MONT-BLANC l8l
Pourtant, le versant français ou du nord-ouest est moins raide que le versant italien, aussi ses pentes sont-elles sillonnées par des glaciers plus importants que ceux du val Veni et du val Ferret. Ce sont les glaciers de Tréla-Tête, de Miage, de Biofinassay, de Taconnai, des Bossons, des Pèlerins, etc., qui déversent leurs eaux et leurs débris morainiques dans la vallée de TArve et de Chamonix.
Dans la vallée intérieure dont nous venons de parler, et qui est dominée par une ceinture d'aiguilles et de crêtes élevées, de grandes masses de neige et de glace s'amoncellent de toutes parts ; c'est là que convergent les glaciers de la ValUe-Blancbe, du Géant ou du Tacul, de Leschaux, de Talèfre, etc., pour se réunir au pied des aiguilles de Trélaporte et des Charmoz ; et leurs masses conjuguées deviennent les flots solides et bouleversés de la célèbre Mer de Glace.
L'augmentation annuelle et périodique de son volume, par suite de la chute de nouvelles neiges et de la descente des glaces supérieures, contre-balance à peine les effets de l'ablation pour maintenir approximativement toutes ces glaces dans les limites qui les enserrent aujourd'hui. Aussi, la Mer de Glace, tout en subissant, dans sa longueur, des séries d'oscillations peu importantes, il est vrai, ne franchit pas lés dernières moraines terminales du glacier des Bois, dans les conditions climatériques ordinaires.
C'est en suivant les sentiers tracés chaque année au fond de cette grande vallée et de ses cirques que les
l82 LES GLACIERS
Alpinistes parviennent avec peine à aborder le Jardin (2787"), le col du Géant (3362"°) et à s'élever jusqu'au sommet du dôme du mont Blanc. A présent pour atteindre cette cime, on préfère suivre le sentier de Pierre-Pointue et arriver par le glacier des Bossons^ au rocher et au refuge des Grands-Mulets (3050"). C'est l'itinéraire de M. Janssen pendant l'ascension qu'il a faite en traîneau, jusqu'au sommet du mont Blanc.
Des explorateurs plus téméraires ne veulent pas suivre ce qu'on pourrait appeler en toute rigueur des sentiers battus, et ils ont cherché à ouvrir de nouvelles voies sur d'autres versants plus accidentés et encore plus dangereux ! Les anciens itinéraires étaient pourtant assez difficiles à suivre. Du pont de Perrolataz (10 16*"), au bas du glacier des Bossons, jusqu'au sommet du mont Blanc (4810"), sur une distance de 8'''",4 en projection, la pente moyenne est de 45 centimètres par mètre, tandis qu'elle est de 47 centimètres et plus par mètre sur le versant italien sur une distance de 7'*™,8. Un homme ne pourrait pas, sur un si long parcours, monter de pareilles pentes. On les adoucit par des sentiers qui coupent la montagne en biseau ou en lacets ; c'est ainsi que les guides comptent 7 lieues de pays pour aller de Chamonix aux Grands-Mulets, quoique la distance en ligne droite sur la carte ne soit que de 6*'",4 *.
* E. Levasseur, de l'Institut, Étude sur les chaînes et massifs du système des Alpes (Ânn. C. Â. F., XII* année, 1885, p. 380).
La Mer de Glace et les grands glaciers qui en dépendent, ainsi que les glaciers du Cervin et du massif du Mont-Rose (fig. 27), avec leurs nombreux et puissants rameaux, la multiplicité de leurs moraines, sont dès glaciers types, et peuvent être comptés parmi les plus beaux de l'Europe. Mais les grands glaciers du mont Blanc sont les seuls glaciers de premier ordre qui existent dans les Alpes Françaises avec tout un appareil complet de moraines superficielles venant se réunir vers le ^/acier truncal pour cheminer à sa surface. Le long des Alpes Graies, des Alpes G)ttiennes, dans les Alpes du Dauphiné, de TOisans, de la Savoie, il n^y a que de petits glaciers de second ordre, des glaciers suspendtis, sur lesquels on ne peut voir ces longues traînées régulières de débris rocheux, si remarquables sur la Mer de Glace et à la surface des grands glaciers du maissif du Mont-Rose ou de l'Oberland bernois.
Quant aux glaciers de la grande vallée du mont Blanc, ils sont les plus anciennement étudiés. Depuis longtemps déjà, leur développement, leurs oscillations, leur marche en avant, leurs aiguilles, leurs séracs ou cascades de glace, leurs crevasses, la constitution intime de leurs masses profondes, leurs divers groupes de moraines et tous les accidents de leurs surfeces, ont attiré l'attention des savants.
Horace Bénédict de Saussure en fut le premier explorateur scientifique. En 1787,. il passa dix-sept jours au col du Géant {}}62'^), tout occupé à étudier les phénomènes météorologiques [qui se passaient autour de lui.