VOIES DE COMMUNICATION. ASPECT RUINIFORME DES ALPES I
roches avec du vinaigre ^ Il nous semble encore qu'on pourrait rapprocher ce mot aceium de celui de ascia, sorte de marteau qui se trouve si souvent représenté- sur les Stèles funéraires du Lyonnais ou du bassin du Rhône. Plus loin nous reviendrons sur cette question.
L'ancienne voie romaine de XAlpis Graia^ de Milan à Vienne et Genève, suivait la vallée de la Tarantaise, plus fertile et plus ouverte que celle de la Maurienne, où passe le chemin de fer du mont Cenis. Le parcours de cette ancienne voie est encore jalonné aujourd'hui par des ruines romaines. Une mansio ou grand relais de poste permanent était établi au Petit-Saint-Bernard pour desservir un passage praticable à des chars. Au milieu de cts hautes montagnes, au sein d'un climat rigoureux, ce sont bien là des témoignages éclatants de la puissance et de la grandeur delà civilisation romaine ^! Mais que de progrès réalisés depuis! Toutes les anciennes routes, celles de la Corniche, du mont Genèvre, du mont Cenis, des deux Saint-Bernard, du Simplon, du Splugen, du Stelvio, du Brenner, du Tarvis, pour n'en citer que quelques-unes, sont devenues des routes carrossables et militaires. En outre, des chemins de fer tracés au milieu des plus grandes difficultés ont franchi les cols du Brenner, du Tarvis, de TAdelsberg, pour unir l'Autriche à l'Italie septentrionale. Ce n'est pas encore
* C. A. Ducis : Les Alpes Craies, eicy p. 13. Chambéry, 1872.
* Le général Borson: Étude de la frontière du Sud-Est j etc, p. 87. Paris, Dumaine, 1870.
assez ! D'immenses tunnels ont été forés, à travers le mont Cenis (col de Fréjus), le Saint-Gothard, la chaîne du Voralberg. D'autres traverseront peut-être bientôt le Simplon, le mont Blanc, etc. C'est donc au milieu des flancs mêmes des Alpes que les nations européennes peuvent en temps de paix se tendre une main amie ! Mieux que Louis XIV ne Va fait pour les Pyrénées, elles pourraient se vanter d'avoir supprimé les Alpes!
Depuis des séries de siècles, frappées par la foudre et les orages, rongées par les eaux, désagrégées par les pluies et les gelées, ébranlées par les secousses terrestres, usées et démolies par les anciens glaciers, les Alpes ne sont plus que les ruines d'elles-mêmes.
Les nombreux fragments qui gisent à leur pied, les masses énormes de débris entraînés au loin par les fleuves, puis étalés dans les plaines, les dénudations intenses dont on retrouve les traces dans toute la chaîne, tout nous prouve que les Alpes, aujourd'^hui démantelées et décapitées, s'élevaient autrefois à une hauteur bien plus grande. Cette surélévation qui est toujours allée en se dégradant, a eu néanmoins des conséquences extraordinaires, en unissant son action à celle de causes multiples; elle a pu déterminer ainsi l'extension prodigieuse des anciens glaciers quaternaires, en offrant aux nuées du ciel de larges surfaces réfrigérantes. Puis le condenseur alpin en s'abaissant a perdu de son énergie ; la vaste nappe des névés s'est morcelée, s'est rétrécie, et les anciens glaciers se sont enfermés lentement et progressivement dans les limites