TEMPÉRATURE. CLIMATOLOGIE
— 8 à — 14 degrés centigrades à des hauteurs de 3400 à 4000 mètres. A la même altitude environ, Tété, le thermomètre peut marquer -+- 10 degrés centigrades, mais cette température s'abaisse rapidement à mesure qu'on s'élève. Au mois d'août les frères Schlaginweit ont observé au mont Rose (4638'") — 5 degrés centigrades. Il ne règne donc pas vers les sommets alpins des températures sibériennes, comme on serait tenté de le croire tout d'abord; souvent pendant une partie de l'année le froid est aussi rigoureux dans les plaines. D'après Tschudi *, la température la plus basse qui ait été observée à Berne a été de — 30 degrés centigrades, tandis que, au Saint-Gothard (21 14"*) et au Saint-Bernard (2472'"), la plus grande baisse thermométrique n'a indiqué que
— 30** centigrades et — 32*^,2 centigrades.
D'autres causes peuvent aussi influencer le climat des vallées; telles sont leur orientation, la fréquence des brouillards, la pression atmosphérique, la quantité de vapeur d'eau, la circulation aérienne, la prédominance de tel ou de tel vent d'origine locale ou lointaine. Ces vents ont parfois une action considérable ; ils peuvent sur certains points élevés avoir assez de puissance pour arrêter le développement de la végétation, produire de terribles ouragans, déterminer des avalanches, renverser des forêts et même occasionner de brusques et considérables fontes de neige et de désastreuses inondations. Dans certaines vallées soumises au souffle régulier et
* Tschudi, Le Monde des Alpes, p. 683.
violent des brises de montagnes, qui chaque soir descendent avec force, des hauteurs refroidies, dans les parties basses, où le soleil a raréfié l'air, les arbres prennent une tournure rabougrie et tourmentée, analogue à celle qu'ils revêtent au bord de la mer, sous l'action des vents dominants.
Nous ne pouvons entrer dans plus de détails; pourtant nous ne voulons pas laisser de côté lefôbn ou fœbn, le Favonius des anciens, le vent du sud-ouest, le vent le plus remarquable de ceux qui régnent dans les Alpes. Les montagnards le nomment à juste titre : le Mangeur des neiges, car, pendant les premiers jours de printemps, on les voit fondre presque subitement et disparaître sous le souffle brûlant de ce vent impétueux.
Trompés par la température élevée du fôhn descendu le long des versants nord des Alpes, Desor et Escher de la Linth Tidentifièrent au Siroco d'Afrique et lui assignèrent le désert du Sahara pour lieu d'origine. Bien au contraire, Dove et Helmotz ^ prétendirent que le fôhn était un vent chargé de vapeur d*eau et avec raison le firent venir de l'océan Atlantique. En montant contre les parois méridionales des Alpes, ce vent se dilate et se dessèche, en se refroidissant de 5 degrés par 100 mètres d'altitude.
Lorsqu'il a franchi les sommets, il redescend le long des versants nord, se condense et se réchauffe d'un
4 Cf. Tschudi, Op, cit., p. 25. — El. Reclus, La Terre, t. H, p. 520. — Mohn, Les Phénomènes de l'atmosphère, p. 233.
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demi-degré pour 100 mètres. Bientôt sa température est assez élevée pour faire rapidement disparaître le manteau de neige laissé par Thiver sur les flancs des montagnes, et le phénomène, avec sa suite de ravinements et d'inondations, se produit toujours avec plus d'intensité dans les vallées septentrionales de la chaîne.
Les hautes montagnes favorisent singulièrement les déversements atmosphériques aqueux, en augmentent la fréquence et la masse. Sans entrer dans aucune étude détaillée de ce phénomène, il est néanmoins facile de se rendre compte de sa marche en examinant même rapidement la carte des pluies de l'Europe centrale, dressée des bords de TOcéan jusqu'à la vallée du Danube par Elisée Reclus * d'après Delesse, Hann, von Bebber et la Commission fédérale hydrographique suisse. Les nuages chargés de vapeurs d'eau enlevées à la mer des Antilles et au Gulfstream, en abordant par le sud-ouest les côtes d'Espagne, les Pyrénées et les collines des Landes, subissent une première condensation, puis, au delà, ils vont se heurter contre le Plateau Central et les Cévennes. A chaque massif montagneux s'opèrent d'abondantes précipitations aqueuses.
Enfin après avoir franchi la vallée du Rhône, ces nues viennent de nouveau se heurter contre les Alpes Françaises, Piémontaises et Suisses, plus élevées et plus froides que les montagnes précédentes, et contre les
* Reclus, Géographie universelle^ t. Il, La France^ p. 26.
crêtes ondulées du Jura. En suivant toujours la mênifi direction, elles abordent les Alpes Centrales et mên^celles de l'Autriche. Sur une vaste surface qui comprend les hautes montagnes de la Provence, du Dauphiné, de la Savoie, TOberland bernois, la chaîne qui sépare Tltalie du Valais et de l'Autriche, ainsi que près des massifs du Saint-Gothard, du Bernina, du Gross-Glockner, etc., la quantité de pluie annuelle est très abondante ; elle peut même s'élever de i mètre jusqu'à i"',50 et même 2 mètres.
Pour termes de comparaison nous dirons qu'à Lyon, dans la vallée du Rhône, la moyenne annuelle des pluies est de 776 millimètres, tandis que vers Meaux, Troyes^ Compiègne, le pays de France où il pleut le moins, le minimum s'abaisse à 400 millimètres. Au nord de la chaîne des Alpes, en Allemagne, en Bavière, en Autriche les nuages ne parviennent qu'après avoir perdu la plus grande partie de leur humidité et les pluies sont bien plus rares et moins abondantes.
D'après ce que nous venons de dire, ce serait une erreur de croire que le maximum des précipitations aqueuses se trouve vers les sommets les plus élevés. Il n'en est pas ainsi. Les nuées ne peuvent rester saturées d'eau que jusque dans une zone d'altitude variable, douée d'un certain degré de chaleur ; au-dessus de ce niveau, l'eau se congèle et la précipitation se fait en neige. A 3000 mètres il ne pleut presque jamais ; à 3500 environ, la pluie est pour ainsi dire inconnue, et une épaisse couche de neige remplace la masse d'eau qui
s'y accumulerait, si elle ne s'écoulait pas vers les parties déclives. La neige est plus stable sans pourtant s'amonceler indéfiniment. Au Grimsel à 2000 mètres environ, l'épaisseur moyenne annuelle de la neîgeest de 9 mètres, de sorte que son accumulation finirait à la longue par être énorme ; mais le vent en balaye des sommets une grande partie, et pendant l'été la chaleur du soleil en fait fondre une masse considérable ; d'autres fois elle glisse le long des pentes. Alors cette neige qui était tombée en légers cristaux, ou flocons, se transforme en neige grenue (Firn) qui elle-même devient plus dense, plus compacte, approximativement à 2000-2500 mètres, et fin it par prendre la densité et l'aspect de ce qu'on appelle la glace bleue des glaciers, toujours plus ou moins buUeuse et moins compacte que celle des rivières. D'après Dollfus la glace bleue pèse 909 kilogrammes le mètre cube, la neige grenue 628 kilogrammes, la neige fraîche 85 kilogrammes.
Cette neige durcie ne reste pas immobile; tantôt elle se détache brusquement des pentes sur lesquelles elle était restée comme suspendue, et, sous forme à'ava' lanche (fig. 49), elle se précipite en masse immense au fond des vallées pour les obstruer momentanément, après avoir tout entraîné sur son passage; tantôt elle glisse sur le sol incliné, puis elle se dilate par la regélation et acquiert par diverses autres causes un mouvement lent de progression, dans le sens de la résistance la plus faible, c'est-à-dire vers les parties déclives et ouvertes de la vallée truncale, où viennent aboutir tous les rameaux.