NEIGE. GLACIERS. BROUILLARDS
Ces amas de glace huileuse constituent un ^/o^/^r. Soumis alternativement à la chaleur solaire et constamment aux lois de Tahlation, la surface et le front des glaciers se maintiennent en un certain' état d'équilihre qui, sauf de légères oscillations, s'oppose à leur accroissement indéfini dans les conditions climatériques normales actuelles. Jadis, à répoque glaciaire, il n'en était pas de même. Sous rinfluence d'un ahaissement de température, la vapeur d*eau, ordinairement invisihle, devient apparente et prend un état intermédiaire entre la pluie et la neige ; ce sont des vésicules assez légères pour se soutenir dans Tair, et dont la masse hianchâtre prend le nom de brouillard, dans les parties hasses d'une région où elle forme de longues traînées, chassées par le vent dans les vallées. Un air humide et tiède vient frapper une paroi de rocher froide ou la pente d'une montagne, la vapeur d'eau subit cette transformation et passe à l'état vésiculaire.Ondirait alors qu'une fumée épaisse s'échappe d'une crevasse pour se répandre au loin. La vue de ces longues traînées de brouillard, mobiles, modifiées de mille manières par les brises, est un des spectacles les plus attrayants des vallées alpestres ; mais d'autres fois les brouillards s'amoncellent sur un sommet, dans une haute vallée et voilent tout sentier, tout rocher, toute barrière, sous de monotones ténèbres. Malheur au voyageur qui erre ainsi, sans apercevoir le moindre point de repère, au milieu de précipices, de crevasses ; la fuite ne peut qu'augmenter le danger qui le poursuit ! Il faut au contraire qu'il reste en quelque sorte immobile jusqu'à ce
Falsan, Les Alpes Françaises. 16
que le soleil et le vent ramènent la lumière autour de lui. Nous le savons par expérience !
Souvent dans des conditions particulières d'éclairage, les brouillards présentent des effets de mirage aussi beaux, aussi curieux que les fantômes du Brocken (fig. 50) dans les montagnes du Harz. On en a cité des exemples au Rigi, dans les Alpes Rhétiques, les montagnes d'Appenzel, etc., etc.
Dans les grandes Alpes Françaises et dans leurs chaînes secondaires, nous ne pensons pas qu'il se manifeste des effets fantastiques analogues. Néanmoins les brouillards peuvent produire parfois des phénomènes intéressants et curieux. Ainsi, en automne, du sommet du Molard de Don (1219*"), à Touest de Belley, nous avons vu, par de belles matinées, des masses énormes de brouillards, chassées par un léger vent du nord, s'avancer dans la vallée du Rhône et envahir tout le grand cirque ouvert devant elles, au delà du défilé de Culoz. Lorsque cette vaste dépression était comblée par ces masses de vapeurs aussi blanches que la neige et la glace, les crêtes et les pics les plus élevés des montagnes voisines émergeaient seuls, comme des îles et des îlots, au-dessus de ces nappes humides, comme ils l'avaient fait à l'époque quaternaire, au-dessus de la mer de glace qui avait recouvert presque tout le pays.
Plus au sud, les brouillards s'avançaient dans le bassin du Bourget, et quand ils avaient atteint un certain niveau, ils se déversaient en immenses cascades, en bas des échancrures de la chaîne de la Dent du Chat
FiG, 50. — Spectres du Brocken.
et de la montagne de TÉpiné (1003"), pour se répandre dans les plaines étalées à leur pied, à Touest. A l'époque quaternaire, les glaces delphino-savoisiennes avaient suivi le même chemin pour s'épancher dans les environs de Belley et recouvrir ensuite tout le bas Dauphiné.
Souvent, en Bugey, nous avons contemplé la majestueuse progression des brouillards dans les vallées creusées le long des contreforts des Alpes, et, par une illusion facile à comprendre, nous pouvions nous croire transporté, pour quelques instants, à travers les vieux âges de la période glaciaire * !
Les nuages ne sont que des brouillards suspendus dans les hautes régions de l'atmosphère. Amoncelées paisiblement en masses diversement colorées, ou bien encore chassées violemment par là tempête et sillonnées par les éclairs, ces vapeurs aériennes offrent souvent dans les Alpes de superbes effets de lumière.
Par le soulèvement des montagnes, la croûte terrestre exerce une action sur les conditions climatériques de l'atmosphère ; mais il n'est pas moins vrai que les agents atmosphériques réagissent aussi directement sur le sol. Les roches les plus dures, les montagnes les plus massives sont elles-mêmes soumises sans cesse à leur influence destructive. Tantôt les effets sont considérables et rapides; tantôt leur continuité leur donne une importance en définitive encore plus grande.
Des précipitations aqueuses, des pluies trop abondan-
* Cf. Fnlsan, La Période glaciaire j p. 300.