LIVRE V. — QUESTIONS DIVERSES
seigner à ceux qui seraient le plus sérieusement atteints par la diminution du communal^ les moyens d'arriver^ grâce aux subventions que la loi autorise, à développer leur industrie pastorale ?
L'administration^ de son coté^ prendra plus aisément son parti des prix excessifs que pourront arrêter certains jurys d'expropriation si elle voit les capitaux versés par elle concourir, suivant ses conseils et sous sa haute direction^ à Tœuvre de la régénération totale du sol alpestre^ en même temps qu'à l'augmentation de la richesse publique?
Reportez-vous, pour être édifié par un exemple, à la carte de Ristolas, chapitre XVI. Supposez qu'il faille exproprier le bassin du petit torrent qui se jette dans le Guil à 600 mètres en amont de la Chalp, vers la cote 1,714. Quoique la Chalp ne soit pas érigée en section officiellement reconnue, il est évident que ce village seul sera frustré de certaines jouissances pastorales; il est non moins indubitable que seul, et à Texclusion de Ristolas et de la Monta, il a profité de temps immémorial des parcours de moutons compris entre le pic de Parroussin et la crête séparant le bassin dont il s'agit de celui du torrent de Nalbert. Sérait-il juste de faire entrer dans la caisse commune aux trois villages le prix d'acquisition de ce parcours, alors que deux d'entre eux n'ont jamais usé de lui, ne sont menacés d'aucune privation, et jouissent ailleurs d'autres pâturages équivalents, et qu'on ne leur enlèvera pas? Le mieux sera donc, au point de vue de la satisfaction de tous les intérêts, de ceux des vendeurs et de ceux de l'État acquéreur, d'affecter le prix d'acquisition à compenser les pertes en nature des habitants de la Chalp, et de l'employer, par exemple, à la prolongation du canal dit Béai Charnier indiqué page 349, en vue de la fertilisation de 30 hectares situés rive gauche du Guil, en face de la Chalp même, et appartenant à ses habitants.
502 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
g II. — Régrime forestier.
Le maintien sous le régime forestier de tous les bois alpins rencontre des difficultés analogues à celles que suscite la création des périmètres. Des réclamations incessantes^ au nom de l'intérêt pastoral, ont souvent contraint l'administration à sacrifier des massifs de bois existants, qui exercent une large part d'influence défensive et préservatrice. C'est encore par la recherche de compensations de toutes natures que l'État doit se préparer à reprendre l'administration de ces bois, et à les soumettre, sinon au pur régime forestier, du moins, comme pâturages boisés, au régime spécial établi par la loi de 1882.
De nombreuses communes comprennent maintenant les graves inconvénients des distractions du régime forestier, qu'on leur a accordées. Au fond, elles voulaient simplement des facilités de parcours, sans que le contrôle et la surveillance des exploitations par l'administration des forêts cessât. On a préféré tout abandonner. Se sentant maintenant impuissantes à empêcher la dévastation dés communaux de ce genre, elles se prêteraient à une réforme nouvelle.
En Savoie, au moment de l'annexion, il y avait à choisir entre deux systèmes à l'égard de certains terrains boisés, pour ne pas froisser d'anciens usages : ou les conserver entièrement soumis au régime forestier, sauf à provoquer, conformément à r article 78 du Code forestier, des décrets autorisant le pâturage des moutons, pour le printemps surtout, ou les distraire complètement. Le second parti l'emporta de 1860 à 1870*.
1 . Voir de nombreux exemples cités par nous dans la Bévue des eaux et forêts d'octobre 1883, pages 465 et suivantes.