‹ Les Alpes françaisesChapitre 168 sur 212 · LIVRE V. — QUESTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — QUESTIONS DIVERSES

tion^ de réglementation et de surveillance générale de la part de rÉtat, qui les frappe aujourd'hui.

Un second motif : c'est que, malgré les articles à caractère coercitif contenus dans la loi de 1882, des concessions et des renonciations volontaires, de la part des propriétaires du sol, en échange de subventions, seront toujours la solution la meilleure et la plus rassurante pour l'avenir.

D'ailleurs, l'initiative de l'État n'est jamais irrationnelle, lorsque celle des citoyens laisse à désirer. Une épigraphe placée en tête de ce livre le rappelle. Or, l'insuffisance actuelle des efforts locaux est un des traits caractéristiques de l'agriculture alpine ; il ne manque même pas de traditions, ni de documents pour établir que, depuis plusieurs siècles, certaines branches de l'industrie pastorale, non seulement sont restées stationuaires, mais qu'elles périclitent. Exemples, ces grands et nombreux canaux d'arrosage, construits anciennement sur tant de versants, abandonnés et comblés aujourd'hui.

Mais nos populations alpestres, ai-je entendu dire souvent, ne méritent nullement ces égards ni ces faveurs. Si leurs montagnes sont ruinées, et devenues menaçantes, c'est de leur faute. Qu elles en subissent les conséquences.

Erreur profonde, reproche immérité. Ces honnêtes populations n'ont été que T instrument inconscient des dégâts que notre génération est appelée à réparer. La situation d'aujourd'hui est le résultat d'événements sociaux indépendants de leur volonté, dont elles ne sauraient être rendues responsables. Poussées par des guerres dans ces hautes vallées, et forcées d y vivre, les peuplades primitives ont défriché, abusé du pâturage, détruit. Mais elles ne se sont pas enrichies avec les ressources locales : c'est leur excuse. Elles n'ont soutenu que la lutte strictement nécessaire pour l'existence. De très rares individus, parmi elles, sont parvenus à faire fortune sur

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place; mais les masses sont restées pauvres, malgré des travaux opiniâtres, un déploiement d'énergie extraordinaire, et une sobriété constante. On ne s'est jamais résigné nulle part à une vie plus méritoire !

Les communes auraient. pu, sur leurs propres terrains, récolter autant de produits qu'elles l'ont fait, et même davantage, sans abuser autant, en appliquant de sages règlements. Sans doute, maison n'atteint pas ces résultats sans direction, et les diriger dans cette voie rentrait dans le rôle de l'État, la loi nouvelle le reconnaît implicitement. Or, jadis, TÉtat n'y a pas songé. Les anciennes administrations forestières, les premières, ne sont pas sans responsabilité dans les dévastations accomplies. A l'époque où, faute de chemins de fer, il était difficile de maintenir des forestiers étrangers, dans ces départements si éloignés des contrées qui en fournissaient le plus, on supprimait cette difficulté en ne leur en envoyant pas. Ainsi en 1820, tandis que la France entière comptait 830 agents forestiers, les Hautes-Alpes n'en possédaient que 4. Aujourd'hui, le nombre des agents répartis sur tout le territoire national est inférieur de plus d'un dixième au chiffi-e d'il y a soixante-dix ans, tandis que, sans compter les agents du reboisement, on est arrivé à fixer les agents du service ordinaire des Hautes- Alpes au nombre de 13, reconnu indispensable pour une gestion semblable à celle des autres départements.

H est donc juste d'affirmer qu'un des facteurs des déboisements d'autrefois fut la négligence de l'État à l'égard des régions dont les bois et les pâturages étaient exposés aux exploitations les plus abusives de la part de la population.

De tout temps, les hommes d'État sont allés sur place étudier les desiderata des grandes villes industrielles et commerciales. Les années suivantes, les allocations budgétaires affluaient vers ces centres privilégiés. Pour la première fois,

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